Homélie de la semaine en cours:
15e dimanche ordinaire:
La parabole du semeur, du grain semé, comporte des aspects de mise au jour, d’enfantement par une fructification des dons reçus. Elle présente aussi son contraire, qui peut aller jusqu’à fermer la porte à la Parole du Seigneur, comme un terrain rocailleux qui étouffe la semence: mais en fonction des moments de la vie et des situations, la plupart des humains n’expérimentent-ils pas dans leur vie personnelle les divers aspects de la parabole? Entendre la Parole, la comprendre et porter du fruit (Mt 13,23) c’est un travail de laboureur. Après sa récente libération, Ingrid Betancourt témoigne: Au début de ma captivité, je me suis dit: "Bon, tu vas passer des mois et des mois ici, alors autant lire la Bible", que je ne connaissais pas. En l’ouvrant, je tombe sur les épîtres de saint Paul. Je le cite de mémoire, c’est à peu près cela: "Tu peux solliciter ce que tu veux, de toute façon le Saint Esprit sollicitera mieux car il sait mieux que toi ce dont tu as besoin". La lecture de la Bible qui lui était inconnue devient la rencontre de Quelqu’un: Ingrid témoigne comment cette découverte, cette imprégantion va porter du fruit, avec les résultats que l’on sait.
La notion d’enfantement est également au centre de la 2e lecture: (Rm 8,18-23): "La création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore". (contexte de persécution) Douleurs d’un enfantement avec des forces à la fois opposées et reliées, des forces de souffrance et de joie: dans les forces obscures qui font souffrir, il y a la haine, la division, l’aliénation, la marginalisation. Au plus bas, les pratiques de torture et d’esclavage révèlent ces attitudes destructrices: parfois il n’y a pas de limites à la violence avec laquelle un humain s’en prend à un autre humain. Pensons au fratricide, à la trahison, avec ces expressions malheureusement trop connues: crimes contre l’humanité, purification ethnique, actes génocidaires.
De l’autre côté, des forces de joie qui révèlent ceci et que saint Paul appelle "la gloire que Dieu va révéler en nous": la foi en la Résurrection du Christ, qui est foi en l’amour et foi en notre propre résurrection, qui a tout à voir avec cet abîme du mal. Jamais il n’est possible de sonder jusqu’au bout cet abîme, ni de décrire tout ce mal. Mais la foi en La Résurrection de l’Amour jaillit de l’expérience que le bien qui vient du Seigneur est plus fort que la violence et la mort, que le mal, même s’il nous touche de près, s’il nous concerne personnellement, si injustifiable et inexplicable soit-il, que ce mal n’est jamais le dernier mot de l’histoire.
Confrontés à l’extrême non-sens, au cours de l’histoire personnelle ou collective, des hommes et des femmes ont témoigné d’un surplus de sens. Ce surplus de sens se révélant face à l’absurdité du mal, plus fort que lui, il est présent en bien des passages de la Bible, notamment dans le livre de l’Apocalypse qui clôture la Bible. Au ch.5, Jean décrit sa vision du Christ, l’Agneau immolé, dont nous chantions un passage hier soir au cours des Vêpres, comme toutes les deux semaines: Et je vois dans la main droite de Celui qui siège sur le trône un livre roulé, écrit au recto et au verso, et scellé de sept sceaux (...) Mais personne n’était capable, ni dans le ciel, ni sur la terre (...), d’ouvrir le livre et de le lire. Et je pleurais fort de ce que personne ne s’était trouvé digne d’ouvrir le livre et de le lire. L’un des Anciens me dit alors: "Ne pleure pas. Voici: il a remporté la victoire, (...) le Rejeton de David; il ouvrira le livre aux sept sceaux". (...) Quand il (Jésus-Christ) l’eut pris, les 4 Vivants et les 24 Anciens se prosternèrent devant (lui) l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, les prières des saints; ils chantaient un cantique nouveau: "Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus immolé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation" (...) J’entendis la voix d’une multitude d’anges (...) - ils se comptaient par myriades de myriades et par milliers de milliers - et criant à pleine voix: "Digne est l’Agneau immolé de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange" (Ap 5,1....14). Amen
Fr. Jos Nijskens.