Cointe
Les origines du plateau de Cointe. La chapelle Saint-Maur, la place du Batty, le boulevard Kleyer, les laiteries, le café Kleyer, l'école communale Kleyer, la parc privé de Cointe, l'observatoire d'astronomie, l'Exposition Universelle de 1905, le couvent et le pensionnat des Filles de la Croix, le Chanmurly, le mémorial interallié, la basilique du Sacré-Coeur.
Au Moyen Âge, la forêt couvre la rive gauche de la Meuse et toute la colline de Cointe. On l'appelle la forêt d'Avroy ( le mot « Avreû », en dialecte wallon, vient du latin « arboretum » , lieu couvert d'arbres).
C'est dans ces « bois d'Avroy » que les princes-évêques de Liège aiment chasser le gibier à plumes, le lièvre, le renard et même le sanglier. La rue du Bois-l'Évêque nous rappelle cette circonstance.
Au pied de la colline de Cointe, le quartier des Guillemins se développe dès le XIIIème siècle, non loin du quartier Sainte-Véronique, qui tire son nom d'une église fondée au XIème siècle et consacrée à sainte Vérone, patronne des lavandières, appellation qu'il faut mettre en rapport avec le quartier voisin du Laveu (« lavoir »).
Dans les quartiers
des Guillemins et de Sainte-Véronique, passe le Grand Jonckeu (bas-latin
signifiant
« planté de joncs »), artère importante de l'ancienne
cité de Liège, qui correspond aux actuelles rues Louvrex et
Varin pour relier le bas de Saint-Gillles à Fragnée.
On connaît l'existence, au début du XVème siècle, de chemins qui partent du Grand Jonckeu (du côté de la rue Varin) pour rejoindre le plateau Saint-Gilles. Ces chemins passent par « Quinte » dans la forêt d'Avroy.
Selon certaines
sources, « Quinte» (devenu « Cointe »)
viendrait d'un mot latin signifiant « banlieue ». Selon d'autres,
il s'agirait, en ancien français, d'un terme évoquant le calme,
la joliesse.
SÉRIE 1 : la chapelle Saint-Maur.
L'actuelle rue Saint-Maur serait-elle le vestige d'un des chemins évoqués ci-dessus ? En tout cas, c'est là qu'on signale la présence, dès 1402, d'un oratoire construit en l'honneur de la Vierge et de l'apôtre saint Mathieu, mais mieux connu sous le nom d'ermitage de Fragnée. Cet oratoire se trouve sur la paroisse de Sainte-Véronique, qui dépend de l'abbaye de Saint-Laurent.Ce sont d'ailleurs les moines bénédictins de Saint-Laurent, au XVIème siècle, qui placent l'ermitage sous le patronage de saint Maur.
| Le saint Maur en question est en réalité saint Mort, l'orthographe ayant évolué vers un nom plus facile à porter, probablement par analogie au saint Maur du VIème siècle, disciple de saint Benoît à Rome, envoyé en Gaule où il fonde l'abbaye de Glanfeuil, le premier monastère d'Anjou. Au VIIème siècle, une femme pieuse d'Andenne accouche d'un enfant mort-né. Elle le présente sur l'autel de Notre-Dame de la Vignette (l'actuelle église Saint-Mort à Huy), et le miracle se produit : le nourrisson s'agite et revient à la vie ! À son baptême, il reçoit le prénom de Mort, en souvenir du prodige de sa naissance. Adulte, il se met à vivre en ermite dans les bois, consacrant son existence à prier et secrourir les déshérités. La légende raconte qu'il est proche de sainte Begge, grand-mère de Charles Martel et fondatrice du monastère d'Andenne. Quand l'ermite est assassiné par des brigands, les habitants d'Andenne disposent son corps sur un chariot pour lui donner une sépulture près de leur église, mais les chevaux, guidés par la volonté divine, ramènent la dépouille à Huy, dans l'église où a eu lieu sa résurrection ! Saint Mort devient l'objet d'un véritable culte qui attire les pélerins ; on le prie pour guérir les maux de dents, les problèmes de jambes et les maladies d'enfants. |
L'édifice actuel date de 1673, si l'on en croit le millésime visible sur la façade. Il constitue probablement le plus ancien bâtiment de Cointe.
À la suite de la révolution liégeoise et du rattachement à la France, la chapelle est désacralisée et vendue. Différents particuliers acquièrement successivement le bien, jusqu'à ce que son propriétaire, en 1911, en fasse don à la fabrique d'église Notre-Dame de Lourdes (telle est , depuis 1910, l'appellation de la paroisse de Cointe).
Au début du XXème siècle, nombreux sont toujours les pélerins qui se rendent à la chapelle Saint-Maur pour prier ou déposer des ex-voto en remerciement de grâces obtenues ; cannes et béquilles sont abandonnées sur place pour témoigner des guérisons accordées. On parle même d'une source miraculeuse dont l'eau sert à lotionner les bras et jambes malades ! Cette ferveur religieuse s'accompagne s'accompagne du commerce habituel : boissons, nourriture, flacons d'eau bénite...
C'est en 1969 que la chapelle est à nouveau désacralisée et achetée par la commune. Elle est fort délabrée, vingt ans plus tard, quand le comité de quartier réussit à la faire classer comme monument historique.
En 1996-97, d'importants travaux de restauration ont lieu grâce notamment à l'ASBL « Chapelle Saint-Maur ».
Le bâtiment revit en accueillant les réunions de diverses associations locales, des expositions, des récitals, des conférences... |
SÉRIE 2 : l'évolution du plateau de Cointe.
La vue aérienne ci-dessous, obtenue grâce à Live Search Maps de Windows, permet de visualiser certains des endroits qui seront cités par la suite : 1. le boulevard Gustave Kleyer, 2. l'avenue de l'Observatoire, 3. le complexe du Chanmurly, 4. la place du Batty, 5. La rue du Chéra, 6. le parc privé, 7. l'avenue de Cointe, 8. l'observatoire d'astronomie.
Le moulin à vent de Cointe en 1735 (gravure de Remacle Le Loup). L'artiste a dessiné des ailes délabrées ; la légende veut que ce moulin n'ait jamais fonctionné, une tempête l'ayant endommagé avant même qu'il ne commence à servir !
Au XVIIIème siècle, le plateau de Cointe n'est pratiquement pas peuplé. Sur la carte de Ferraris (carte militaire des Pays-Bas autrichiens établie à la fin du XVIIIème siècle par le comte Joseph de Ferraris), n'y figurent que six maisons.
L'endroit est essentiellement champêtre, couvert de bois et de prairies, avec des vignobles sur les pentes méridionales descendant vers Sclessin (l'actuelle rue de Bourgogne rappelle bien sûr ces cultures d'antan). Les quelques premières maisons sont situées à l'emplacement de l'actuelle place du Batty.
C'est
à la fin du XIXème siècle que le hameau commence à
se développer, quand sont créés le parc privé
et l'observatoire d'astronomie.
LE PARC PRIVÉ
Le parc privé de Cointe est créé dès 1876 sur un domaine appartenant à la famille HAUZEUR, riches industriels ayant contribué, dès le début du XIXème siècle, au développement économique de la région de Sclessin.
Ce domaine privé permet aux bourgeois de l'époque de faire construire leurs belles villas dans un environnement verdoyant, paisible. La photo colorisée ci-dessous, datant de l'extrême fin du XIXème siècle, nous montre le parc encore peu bâti, avec du bétail paissant dans de vastes prairies aujourd'hui urbanisées. Dans le fond, on aperçoit les bâtiments de l'observatoire astronomique, récemment inaugurés ; à droite, il s'agit de la villa « Les Tamaris », séparée par un étang de serres où l'on cultive des orchidées :
Quelques villas dans le parc privé de Cointe. Cartes postales datées de 1903 et 1911
La villa « L'aube », réalisée en 1903 (et habitée à l'époque) par l'architecte Serrurier-Bovy, précurseur liégeois de l'art nouveau.L’observatoire a été construit en 1881-82 sur les plans de l’architecte liégeois Lambert Noppius. Avec sa tour octogonale crénelée et ses deux tours circulaires coiffées d’une coupole d’observation, sa silhouette évoquerait volontiers un château médiéval.
Il a abrité l’institut d’Astrophysique de l’université de Liège jusqu’à son déménagement en 2002 dans le campus du Sart-Tilman. Le grand télescope installé en 1957, ainsi que la lunette méridienne, sont restés sur place.
Dans le domaine de l'observatoire de Cointe, sont implantés un planétarium et une bibliothèque spécialisée. Davantage de renseignements à ce propos peuvent être obtenus sur le site de la Société Astronomique de Liège.
LA PLACE DU BATTY
L'orthographe ancienne « bati » viendrait du verbe « bâtir », car c'est la que les documents anciens signalent les premières constructions.
Depuis 1885, l'endroit est relié à la vallée par l'avenue de l'Observatoire, financée par les propriétaires des terrains traversés. Dix ans plus tard, cette avenue est empruntée par les premiers trams électriques qui assurent la ligne place Sainte-Véronique - place du Batty.
La place du Batty en 1898, avec le terminus du tram qui vient de Sainte-Véronique.Le bâtiment marqué d'une flèche rouge, sur les deux vues ci-dessus, est l'actuel café « Le Kleyer ».
À côté du café du « Point de vue », est située la laiterie du « Champ des Oiseaux » (marquée d'une croix sur la photo ci-dessus). Cette appellation, au tout début du XXème siècle, désigne la zone boisée où se trouvent aujourd'hui le Chanmurly, les terrains de tennis et l'école communale.
LES LAITERIES
Au tout début du XXème siècle, les laiteries sont à la mode dans les alentours champêtres de Liège, à Embourg, Kinkempois et aussi à Cointe.
Il s'agit de lieux chics de consommation et de distraction, où les familles de la bonne société viennent se restaurer (la tarte au riz est à l'honneur), jouer au tennis ou danser...
L'avenue de la Laiterie, dans le parc privé de Cointe, rappelle l'existence à cet endroit d'un autre établissement de genre.
La laiterie du Parc, en effet, est une des plus célèbres de l'époque, avec ses tables de jardin, ses jeux pour enfants, ses courts de tennis et sa piste de danse couverte. Au début des années 1930, un orchestre de jazz attire les jeunes danseurs de toute la région.
LE
CHANMURLY
L'appellation « Chanmurly » désigne aujourd'hui (depuis la fin des années 1990) tout un complexe de commerces, appartements et maisons unifamiliales, complexe attenant à la place du Batty qui a été réaménagée par la même occasion :
Le site du Chanmurly tire ses origines dans un couvent des Filles de la Croix, établi là dès 1904.
Le couvent des Filles de la CroixLes bâtiments qui séparent le couvent de la place du Batty sont finalement acquis par la communauté religieuse, qui les transforme, dès 1910, en école maternelle et bibliothèque paroissiale. En 1912, les Filles de la Croix ouvre une école primaire pour filles, puis agrandissent leurs installations pour loger des élèves pensionnaires.
Après
la seconde guerre mondiale, les internes se font plus rares, et les religieuses
manquent de ressources financières pour entretenir leur pensionnat.
Elles accueillent alors des « enfants du juge »,
et la tradition locale voudrait que l'appellation « Chanmurly »
provienne de la contraction des prénoms Chantal, Murielle et Lily,
assistantes sociales de l'institution.
Cette activité sociale se termine en 1977. Les bâtiments vont rester abandonnés pendant plus de quinze ans. Complètement délabrés, ils commenceront à être démolis dès 1992, à l'exception d'une partie du couvent d'origine, dans le cadre d'un vaste projet de réaménagement de quartier : l'ensemble commercial et résidentiel du Chanmurly actuel.
L'EXPOSITION
UNIVERSELLE DE 1905
À l'occasion de cette prestigieuse manifestation, le site verdoyant de Cointe est choisi pour accueillir les activités horticoles et sportives. Cliquez ICI pour davantage de renseignements à ce sujet.
LE PARC PUBLIC et LA PLAINE DES SPORTS
Après 1905, les espaces consacrés à l'Exposition Universelle servent de terrain de manoeuvre pour l'armée, avant d'être aménagés en parc public, avec création d'une vaste zone à vocation récréative et sportive, comprenant des pistes d'athlétisme, des courts de tennis, un hall omnisports, une école maternelle et une plaine de jeux pour enfants...
L'ÉCOLE
COMMUNALE DU BOULEVARD KLEYER
En 1911, une école communale est créée dans un chalet provisoire, dans l'ex-pavillon des Eaux et Fôrets de l'Exposition Universelle de 1905 ; elle sera remplacée en 1914 par le bâtiment imposant que l'on connaît de nos jours.
Cette réalisation de style néo-mosan est l'oeuvre de l'architecte Joseph Lousberg, celui-là même qui a conçu le palais de la Ville de Liège pour l'Exposition de 1905, dans le parc de la Boverie.
Liège, première ville à avoir résisté à l'invasion allemande en 1914, est choisie en 1925 par la Fédération Internationale des Anciens Combattants comme lieu d'édification d'un mémorial interallié.
Le projet est soumis à concours, et ce sont les plans de l'architecte anversois Joseph SMOLDEREN qui sont finalement retenus. Les travaux commencent en septembre 1928.
L'édifice
religieux est béni et consacré au Sacré-Coeur en 1936
(tout le monde emploie le terme
« basilique » pour désigner cette église, vu probablement
ss taille imposante et sa conception particulière, mais ce titre ne
lui a jamais été attribué officiellement) ; le monument
civil, lui, est inauguré en 1937 en présence du roi Léopold
III.
Le site du mémorial est ouvert au public à certaines occasions, lors des journées du Patrimoine par exemple. Des ascenseurs permettent aux visiteurs d’atteindre le sommet de la tour et de découvrir un superbe panorama de la ville et de ses environs.
La tour du mémorial est actuellement (2007) en cours de restauration :
LE TUNNEL AUTOROUTIER SOUS COINTE
La colline de Cointe est également connue par le double tunnel qui la traverse pour assurer la liaison autoroutière E-40-E25.
L'entrée du tunnel quand on descend par l'A602 ou qu'on y accède par l'avenue de l'Observatoire.
Le pont du « Pays de Liège », sur le Meuse, à la sortie du tunnel dans le sens Liège-Ardennes.
Le
percement du tunnel, qui sera inauguré en juin 2000 après des
travaux aussi longs que pharaoniques.
Les débuts de circulation. L'infrastructure draine actuellement un trafic de plus de 60000 véhicules par jour.