Le quartier est ainsi appelé en raison du théâtre édifié au début du XIXème siècle et devenu en 1967 l'Opéra royal de Wallonie.

Le théâtre vers 1910.
En 2013.
Cliquez ICI pour découvrir le site officiel de l'ORW (Opéra royal de Wallonie).

SÉRIE 1 : topographie d'antan.

Sur ce plan dressé en 1780, la croix rouge représente la situation du théâtre, près du rivage Saint-Jean (1), à l'emplacement des jardins de l'ancien couvent des Dominicains (2). Entre cet établissement religieux et la place aux Chevaux (3), devenue la place de la République française, coule le canal de la Sauvenière (4), un bras de la Meuse qui se ramifie avant de passer sous le pont d'Île (5), donnant naissance à plusieurs rivières plus étroites, aujourd'hui voûtées ou comblées. Constituée d'alluvions déposés au cours des siècles, l'île des Prêcheurs (6) porte ce nom vu la proximité du couvent des Dominicains, aussi appelés frères prêcheurs.
Concrétisons l'aspect des lieux en comparant les vues ci-dessous, datant de 1800 et 2006. Le bras de la Meuse (1) et la place aux Chevaux (2) constituent aujourd'hui la place de la République française. Les locaux de la Société littéraire, créée en 1779, existent toujours (3). De nos jours, la galerie commerçante Opéra empêche de voir la basilique Saint-Martin à l'horizon (4) et le théâtre construit en avant de la collégiale Saint-Jean (5).

On parle de « place aux Chevaux » parce que cette esplanade, sous l'Ancien Régime, comporte un manège où les nobles viennent entraîner leurs montures et s'exercer aux arts équestres. Elle est aussi un des premiers ports de Liège, grâce au bras de Meuse de la Sauvenière, et en ces temps où la place Saint-Lambert n'existe pas (puisque cet emplacement est occupé par une immense cathédrale dédiée à Notre-Dame et Saint-Lambert), elle constitue un lieu public important, où se déroulent bien des événements marquants de l'histoire liégeoise, heureux ou douloureux.

Ce détail d'une gravure de Julius Milheuser nous montre la place aux Chevaux (1) dans son environnement au milieu du XVIIème siècle, avec de gauche à droite : le bras de la Sauvenière à la hauteur de la porte fortifiée des Bégards (2), la collégiale Saint-Jean (3), le quartier de l'Île (4), le couvent des Dominicains (5), le pont d'Île (6), la collégiale Sainte-Croix (7), l'Official (tribunal religieux)(8), la place Verte (9), la cathédrale Saint-Lambert (10).

 

SÉRIE 2 : le Pont d'Île.

Cette appellation provient tout logiquement du pont qui enjambait autrefois les bras de la Meuse qui passaient là. Probablement construit dans la première moitié du XIème siècle, cet ouvrage a été conçu pour relier le centre de la Cité et le quartier de l'Île en plein développement.

 

Le pont d'Île au XVIIème siècle. Composé de onze arches, il commençait à la hauteur de la rue de la Wache et couvrait presque toute la rue dite aujourd'hui Pont d'ïle (anciennement la partie du pont bordée de maisons).

Le symbole des deux roues indique la présence de moulins sur ces biez de la Meuse. La pointe de terre, juste à côté, forme l'angle des actuelles rues de la Régence et de l'Université.


Le pont d'Île au XVIIème siècle, vu depuis la place aux Chevaux.
 
Les dernières à subsister, ces trois arches seront démolies en 1826. La fontaine Roland, érigée au milieu du XVIIIème siècle, disparaîtra en 1848.
 
En 1975.
 
En 2013.
 
     
 

 La rue Pont d'Île au tout début du XXème siècle. Certaines caves conservent toujours des vestiges des anciennes arches du pont.

En 2006.



SÉRIE 3 : les origines du théâtre.

Un projet de théâtre sur la place Verte (actuel îlot Saint-Michel) existe déjà à l'époque napoléonienne, parallèlement à celui d'aménager une grand-place à l'emplacement de ruines de la cathédrale Saint-Lambert, mais l'empire français s'effondre avant que ne soit décidée la moindre réalisation.

L'idée de créer une salle de spectacle renaît en 1815, au début de la période hollandaise. Une commission est constituée par le conseil communal pour étudier le dossier et trouver des souscriptions. Le choix de l'endroit se porte cette fois sur l'ancien couvent des Prêcheurs dominicains, à l'abandon après avoir servi de magasin militaire sous le régime français.

En 1817, le gouvernement hollandais cède à la Ville le terrain et les matériaux à récupérer de l'ex-établissement religieux, qu'on détruit dès la même année. C'est en juillet 1818 que Mademoiselle Mars, actrice parisienne de la Comédie française, pose la première pierre du futur édifice. Les travaux vont durer un peu plus de deux ans, conformément aux plans de l'architecte Auguste Dukers. Le théâtre sera inauguré en novembre 1820 avec l'opéra « Zémire et Azor » de Grétry.

À l'avant-plan : la place aux Chevaux en 1803. De l'autre côté du bras de la Meuse venant de la Sauvenière, on aperçoit l'ancien couvent des Dominicains et la collégiale Saint-Jean en Isle. À droite, c'est la collégiale Saint-Martin qui domine la colline du Publémont.
Parallèlement à la construction du théâtre, il est prévu d'aménager une place publique pour que le nouvel édifice bénéficie d'abords de qualité. Vont ainsi disparaître l'île aux Prêcheurs et les diverticules de la Meuse, devenus il est vrai de véritables égouts à ciel ouvert. Voici le site en 1827, avec le théâtre précédé d'une place grâce à la canalisation et au voûtage des passages d'eau.



SÉRIE 4 : la place du théâtre.

Avec la canalisation en souterrain des diverticules de la Meuse, la place aux Chevaux s'élargit fortement. Au départ, elle prend le nom de place de la Comédie, puis de place du Spectacle. Au milieu du XIXe siècle, l'expression place du Théâtre se généralise et finit par être officialisée en 1866. L'endroit est enfin renommé place de la République française en 1918, en hommage au rôle victorieux tenu par ce pays voisin au cours de la première guerre mondiale.

Depuis 1998, la partie en face du théâtre est différenciée de la place de la République française et s'appelle la place de l'Opéra.

Fragment d'un plan de Liège en 1838, plan publié par Avanzo & Cie. Identifions les lieux en situant la place de la Comédie (1), l'ancien bras de Meuse devenu le boulevard de la Sauvenière (2), la rue Basse-Sauvenière (3), la rue Haute-Sauvenière avec au sommet la collégiale Sainte-croix (4), la place Saint-Lambert, la place Verte (6), les actuels grands magasins (7), la rue du Pont d'Île (8), le Vinâve d'Île (9) et la cathédrale Saint-Paul (10). Le tracé rouge délimite l'actuel îlot Saint-Michel et une partie des extensions modernes du palais de justice :

La place de la Comédie, pavée dès 1820, vue depuis l'actuelle rue Joffre
(le trait vert sur le plan ci-dessus).
La place du Théâtre en 1911, même perspective.
En 1981.
La place de l'Opéra en 2011, pendant les travaux de rénovation et de
modernisation du théâtre.

La place du Spectacle vers 1850, vue depuis le Pont d'Île.
La place du Théâtre au tout début du XXème siècle.
La place de la République française en 2010.
Le marché aux fleurs en 1925.
 
En 2013.
 
Les fiacres en attente le long du terre-plein de la place du Théâtre (carte postée en 1904).
 
Les arrêts de bus, place de la République française, en 2003.
 
La place du Théâtre en 1907, du côté du Pont d'Île, des rues de la Régence et de l'Université.
 
La place de la République française en 1981.
 
Sur cette carte postale de la fin du XIXème siècle, la place du Théâtre a nostalgiquement conservé une appellation rappelant son nom originel de place aux Chevaux.
 


Le même endroit pendant les terribles inondations de l'hiver 1925-1926.

 
En regardant vers les places Verte et Saint-Lambert dans les années 1880-1890, à l'époque des trams à traction chevaline.
 
Au milieu des années 1970, avant que ne soient détruits la plupart des immeubles situés au premier rang.
 
En 1913, du côté du boulevard de la Sauvenière. Le bâtiment blanc, à gauche, est le café « Le Vénitien », existant depuis 1855. La flèche désigne le café du « Point de Vue », qui était au XVIIème siècle une taverne avec relais de diligence.
 
Le Vénitien a laissé place à un complexe bancaire moderne. La flèche désigne toujours l'établissement « Au Point de Vue », devenu brasserie-restaurant. Depuis 1999, une grande partie de l'espace est occupée par l'îlot Saint-Michel, vaste ensemble commercial et résidentiel.
 
En 1976. À nouveau, la flèche montre la brasserie-restaurant « Au Point de Vue ». Les immeubles à l'arrière-plan, aujourd'hui disparus, se trouvaient au pied de la rue Haute-Sauvenière.
 


En 2013.
 



SÉRIE 5 : la statue de Grétry

 

Au centre du square situé devant l'opéra royal, s’élève la statue d'André Ernest Modeste Grétry, datant de 1842. Le piédestal renferme une urne en plomb contenant le cœur du célèbre compositeur liégeois.

Conçue par le sculpteur belge Guillaume Geefs, l'œuvre en bronze a été coulée à la fonderie de canons de Saint-Léonard.

André Ernest Modeste Grétry (1741 - 1813) naît à Liège dans une famille de musiciens (son père est violoniste d'église à Saint-Martin). Sa première formation musicale, à Liège, est suivie d’études à Rome. En 1776, c'est à Genève qu'il produit son premier opéra-comique («Isabelle et Gertrude»); il y rencontre Voltaire, qui l'encourage à tenter sa chance à Paris. Il enchaîne dès lors des opéras et des opéras-comiques (« Richard Cœur de Lion », « Zémire et Azor »...) sans interruption jusqu'en 1803. Pensionné par Napoléon, qui en fait l'un des premiers chevaliers de la Légion d'honneur, il se retire couvert de gloire à Montmorency, dans l'ancienne propriété de Jean-Jacques Rousseau, où il finit ses jours. Son cœur, selon son désir, est transporté à Liège.

La statue de Grétry a d'abord été installée place de l'Université (illustration de gauche), devenue la place du XX août, avant d'être déménagée en 1866 devant le théâtre royal (illustration de droite)
 
La place de la Comédie en 1830, sans la statue de Grétry.
La place du Spectacle devient la place du théâtre en 1866 quand on y aménage le petit square avec la statue de Grétry (la vue proposée date probablement des années 1880).
La place avant 1866.
 
À l'aube du XXème siècle.
 

En janvier 1944, l'occupant allemand fait enlever la statue de Grétry pour aménager un fortin au centre du petit parc. Un ouvrier qui participe au chantier emballe dans sa veste l'urne contenant le cœur du compositeur ; le précieux colis est mis à l'abri dans un coffre de la Générale de Banque toute proche.

Le blockhaus après la Libération.
 
La démolition du fortin (septembre-octobre 1945) et le retour de la statue de Grétry.
 
1945 : la remise en place de la statue et de l'urne renfermant le cœur de Grétry  
 



SÉRIE 6 : l'évolution du site

À l'origine, les façades du théâtre sont recouvertes d'un crépi blanc, qui sera enlevé lors de la restauration du bâtiment en vue de l'Exposition internationale de 1930.
 
C'est aussi à cette occasion, en 1930, que la façade principale jugée trop sobre sera surmontée d'un fronton sculpté (allégorie due à Oscar Berchmans).
 

En 1905.
 
La rénovation du bâtiment, de 2009 à 2012, lui a rendu son aspect laiteux d'antan.
 
Le théâtre a été construit en partie avec des matériaux de récupération, provenant notammant de l'ancienne cathédrale Saint-Lambert et de l'ancien couvent des Dominicainses. Les huit colonnes en marbre rouge qui ornent la façade principale proviennent du couvent des Chartreux de Cornillon.
Du côté de l'hôtel de Suède avant 1930.
 
En 1977.
 

La circulation automobile autour du rond-point que constituait le petit parc de la statue Grétry
dans les années 1950.
 
dans les années 1960.
 
Vue aérienne (André Drèze) de 1979, pendant les grands travaux affectant la place Saint-Lambert et ses alentours.

La place du Spectacle et le boulevard de la Sauvenière en 1900.
La place de la République française et le boulevard de la Sauvenière en 1994.

 


Le bâtiment en cours de rénovation et modernisation en 2011


« Dinner in the sky» le 12 septembre 2013 (autres vues en cliquant ici

 



Dos au théâtre royal devenu opéra de Wallonie, on découvre la perspective de la rue Joffre,
qui mène à la place Saint-Lambert :


Au début du XXème siècle.
 
Dans les années 1960.
 
Contenu du rectangle rouge ci-dessus, en 1967.
En 1982.
 
En 2003.
 

Un dernier petit coup d'oeil du côté de la place de la République française :
Au début du XXème siècle (après 1919).
 
En 1929.
 
En 2003.

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