En cours d'étude, il nous est apparu que le Parvis de l'église de la Trinité illustre bien la déchéance de l'espace public dans ce quartier. Des voitures stationnent régulièrement sur la bande de desserte réservée à l'église, plaçant deux roues sur le trottoir devant le porche du bâtiment. L'espace du parvis est partagé en deux zones: la plus importante, consacrée à la circulation, est un tourniquet à voitures aux heures de pointe. La portion centrale, congrue, est agrémentée d'un espace gazonné, de 4 bancs et d'une poubelle sur un espace empierré. Deux arbres ceinturent la vue sur les côtés. L'herbe est souillée par les déjections canines, l'ensemble, qui pourrait donner une image "proprette" correspond presque à un espace déchet.
Cet espace n'est nullement à la hauteur de la façade qui lui fait front; elle ne s'est pas retrouvée là par hasard, les édiles de l'époque l'ont placée là comme monument, au temps de la croissance rapide de ces nouveaux quartiers il y a près d'un siècle. Cet esprit a été perdu.
Nous proposons de revaloriser cet espace, en procédant à divers aménagements de surface.
Pour la philosophie générale, retrouver l'idée d'un parvis d'église comme place frontale. Un pavement en pierre (marbre, pierre bleue) est proposé, qui dessine la géométrie de l'espace.
Par un aménagement approprié, assurer un même niveau de passage pour piétons, trams, bus.
Augmenter l'emprise de cet espace, en redessinant les contours de celui-ci afin de réduire l'espace dévolu aux voitures à une seule bande de circulation, tout en maintenant le parking le long du trottoir, comme actuellement. Ce type d'aménagement supprimera le parking en double, voire triple file.
Placer des éléments physiques pour empêcher les véhicules de s'installer sur l'espace du parvis, redessiné.
Prévoir la possibilité d'y placer des tables de restaurateurs.
Penser à la desserte du tram.
Les problèmes évoqués dans le dossier de présentation en vue de réécrire l'espace public sont particulièrement sensibles dans notre quartier. Beaucoup d'habitants (internationaux) se demandent comment il est possible de laisser faire la voiture de manière aussi scandaleuse.
L'envahissement de la ville par les voitures qui l'enlaidissent s'est accentué ces dernières années, mais l'habitant est démuni contre cette situation. Finalement, on s'habitue rapidement à la dégradation d'un environnement de qualité, car il faut bien vivre... Mais par contact avec les anciens, on découvre une autre ville, un autre quartier, une autre rue, qui existaient il n'y a pas si longtemps encore.
Nous ne sommes pas restés inactifs, puisque nous avons déjà réalisé plusieurs activités de sensibilisation, voire de redécouverte de l'espace de la rue (Fête Amazone du 12 octobre 1990, participation à Parcours d'artistes pendant trois week ends en mai 1992 avec le projet "A la recherche de l'Amazone" et une intervention sur l'espace de la rue dégagé de ses voitures).
En tant que comité de quartier fonctionnant depuis les grands projets immobiliers des années septante (deux tours sur des ilôts voisins), qui purent heureusement être jugulés (restauration des maisons par le promoteur CEI), nous sommes fort intéressés par cette campagne. La pression du bureau est forte dans le quartier (ainsi que la pression sur les loyers), et la qualité de l'habitat s'en trouve fortement diminuée, du fait d'une occupation anarchique des voiries par des véhicules privés.
De "nouveaux habitants", redécouvrant la ville, parfois, ou plus souvent des fonctionnaires ou intervenants internationaux, ont choisi ce quartier pour sa qualité globale: proximité de la ville centrale, agrément de l'habitat dans des maisons uni-familiales ou partagées, tranquillité. Aujourd'hui, ces qualités sont battues en brèche par un afflux immodéré de véhicules privés, pour deux raisons fondamentales: le bureau, et la consommation de la ville par des "extérieurs" (snobisme tournant autour de la Place du Châtelain).
Nous nous étions nous-mêmes habitués à cette occupation anarchique, et c'est par un reportage photo et les enquêtes que nous avons pris conscience de la gravité des problèmes, tant les situations se répètent dans tous les lieux étudiés, de la même manière: parking anarchique, rapidité du trafic auto, dégradation globale de l'espace public.
En 1992, nous nous sommes penchés sur un périmètre "quartier" défini dans le premier document, englobant notre intervention de comité de quartier, soit les rues Defacqz, Amazone, du Bailli, Aqueduc, et le Parvis de la Trinité.
Cinq zones ont ainsi été définies: la rue du Bailli (commerce + résidentiel + transit auto, tram, bus), la rue de l'Amazone (résidentiel), la rue de l'Aqueduc (résidentiel, commerce, + transit auto, tram, bus), la rue Defacqz (résidentiel, bureau, transit auto). Quant au parvis de la Trinité, on espère qu'un Saint-Esprit nouveau puisse lui redonner un aspect autre que celui de tourniquet à voitures ...
La qualité des trottoirs a été remarquée par tous, avec l'espoir que les travaux de réaménagement des trottoirs effectués par la commune n'imposent pas dans le quartier les immondes briquettes de ciment.
Pour toutes ces voiries notées ci-dessus, et donc l'ensemble du quartier, il nous semble que l'on peut avoir trois actions:
1. Une action "en amont", soit au niveau de la rue Franz Merjay, par laquelle déboulent les autos en un trafic parallèle à l'avenue Brugmann, depuis que cette artère a été rénovée. Une fraction en sens interdit pourrait constituer la solution. Toujours est-il que nous sentons les engorgements d'un trafic de transit venant de l'extérieur de la ville, et voulant éviter les voiries principales Brugmann et Defacqz.
2. Un traitement généralisable sur la plupart des trottoirs serait de constituer des "oreilles" aux carrefours afin d'augmenter les zones où le piéton est en sécurité, de diminuer les traversées de voiries, mais aussi d'augmenter la visibilité des automobilistes sur les voies latérales. Un traitement différencié, et des aménagement physiques réduiraient la vitesse, tandis que des protections physiques (potelets bas en font) empêcheraient les véhicules de stationner dans les tournants.
3. Une troisième action serait de favoriser les riverains en leur donnant des cartes de stationnement (gratuites bien sûr). Les navetteurs se verraient orienter vers des parkings spécifiques.
En 1994, nous ne faisons qu'amplifier les remarques de 1992. Les propositions ci-dessus sont toujours valables, bien sûr. Néanmoins, nous avons voulu mettre l'accent sur deux aménagements qu'il serait judicieux de poursuivre, le parvis de la Trinité et le croisement Simonis/Defacqz.
Pour le Parvis, nous avons demandé l'aide d'un architecte, Monsieur Vincent NEVE, qui a réalisé les différents plans et dessins en perspective que vous trouverez en annexe. Qu'il soit ici remercié pour ses longues heures de patience.
La Trinité nous semble être un témoin particulièrement symbolique de ces endroits qui pourraient être (et qui étaient souvent) des "lieux", et qui sont devenus de simples égoûts à voitures, où l'habitant a reculé devant les impératifs d'une modernité automobile.
Le carrefour Defacqz/Simonis est un exemple de mauvais aménagement. Dans notre proposition de 1992, pour réduire la vitesse du trafic, nous avions suggéré un aménagement physique. Au lieu de quoi le carrefour sur cet axe régional a été aménagé avec des feux. Conséquence: stationnement sur les voies directionnelles, blocage du trafic, non respect des feux pendant la nuit. D'autre part, quand le feu est vert, les voitures gardent, voire augmentent, leur vitesse. La traversée par les piétons n'a en rien été sécurisée ni diminuée en temps. Aménagement inutile.
Une première remarque concerne le flot de voitures. Celui-ci s'est accru depuis les travaux avenue Brugmann. Un itinéraire bis est ainsi emprunté par les automobilistes, qui ne trouvent par le circuit de la rue Merjay qu'un feu sur leur passage. Il s'agirait donc d'agir d'abord en amont, à Uccle, en établissant une boucle de circulation interne aux quartiers, ou en plaçant un sens interdit qui viendrait casser la linéarité de cet itinéraire alternatif à l'avenue Brugmann (qui reste la voie prioritaire).
Nous sommes devant une des plus belles façades baroques de la ville, visitée par de nombreux touristes dans leur itinéraire vers le musée Horta. Nous sommes en présence d'un espace qui pourrait constituer une vraie place, rassemblant une identité de quartier. Mais cet espace est devenu un égoût à voitures, où les piétons n'ont pas leur place (sans jeu de mots).
Nous proposons donc d'aménager celle-ci en augmentant la superficie du parvis, en élargissant les trottoirs, en établissant des "oreilles" sur ceux-ci afin d'empêcher tout stationnement intempestif des véhicules, en établissant un jeu de petites plantations, en empierrant le parvis avec un dessin en pavés de grès, en plaçant des bancs, en améliorant l'éclairage de proximité
Pour l'instant, cet espace est étriqué. Coincé entre la façade de l'église, les circulations automobiles, trams et bus, il offre peu de qualité. Et pourtant, nous voyons beaucoup de monde s'asseoir sur les bancs; c'est que ce lieu est attractif.
Nous proposons d'en élargir l'aspect visuel, en réalisant un empierrement qui inclurait les rails de tram. Seul celui-ci pourrait franchir cet espace, ainsi que les bus qui empruntent le même site. Une délimitation serait obtenue par la différenciation des matériaux, un léger accotement, des bacs en grès accueillant des arbustes, marquant la courbure de l'espace.
Le niveau de cet espace serait identique jusqu'à la limite du stationnement piéton le long des arrêts de tram et de bus.
Le sol serait constitué de pavés de grès de teinte claire, disposés en arc de cercle, parcourus de rayons (en éventail), constituées de petits pavés de marbre blanc ou de pierre bleue. L'accès latéral à l'église serait contrôlé par un dispositif (potelets bas et chaînes, par exemple) pour empêcher tout véhicule d'y pénétrer. Les parties latérales le long des flancs du bâtiment seraient consacrées à des jeux d'enfants et d'adolescents, un bac pour chiens, des rangements pour vélos, entre autre.
Les trottoirs le long des maisons seront élargis, et des élargissements protégeront également la traversée piétonne de la rue du Bailli, des deux côtés de la rue de l'Amazone, de la rue Africaine. Toutes ces traversées piétonnes se font en surélévement, soit au même niveau que celui du trottoir. Des "oreilles" empêchent les véhicules de franchir les trottoirs.
Il faut particulièrement veiller à la protection du virage du tram roulant en direction de Saint-Gilles, à hauteur du carrefour de la rue Africaine et de la rue de l'Aqueduc. Il faut y placer un véritable élargissement du trottoir, qui "revienne" sur la rue Africaine jusqu'à hauteur de l'entrée du premier garage de maison. Trop souvent des trams sont bloqués à cet endroit par l'indiscipline et le laxisme d'automobilistes inconséquents.
L'ensemble des trottoirs formant l'arc de cercle du parvis est jalonné d'arbustes de petit gabarit pour créer une lecture cohérente de cet espace. Un éclairage bas terminera la lisibilité de la configuration ainsi adoptée.
L'espace dégagé sur les trottoirs permettra le placement en journée de quelques tables et chaises des salons de thé proches. Il faut rappeler que l'ensoleillement est agréable, à la bonne saison.
L'espace réservé à la circulation automobile garderait ses pavés de porphyre, et l'aspect des voies de circulation automobile tout autour de l'église devrait être caractérisé par ce même aspect pavé, afin de bien délimiter une zone réservée, protégée, autour du monument. Cette zone devrait s'étendre du passage piéton de la rue du Bailli, jusqu'à l'arrière de l'église, en passant par les divers passages piétons des rues annexes, qui en fixeraient les limites extérieures.
D'autre part, un traitement particulier sera réservé à la statue en hommage aux héros de la guerre située à l'angle de l'église vers les rues Africaine/Aqueduc.
Il est gardé un stationnement parallèle aux trottoirs en demi-cercle, afin de mieux marquer la courbure de la place. D'autre part, cette disposition dégage l'espace, et permet malgré tout une desserte locale, par rotation du stationnement. Il faudra néanmoins veiller à ce que ne s'installent pas de "voitures ventouses".
D'autre part, il faut signaler que les emplacements perdus par rapport au stationnement perpendiculaire actuel, sont reportés à l'arrière de l'église, en stationnement perpendiculaire à celle-ci (cfr plan).
Cette disposition ne nuit en rien ni au passage du tram ou du bus, ni à la circulation, à sens unique sur cette portion, dans la direction Saint-Gilles/Ixelles.
Celles-ci feront l'objet d'un traitement similaire: réduction de la vitesse du trafic par des aménagements physiques (stationnement alterné, rétrécissement, déviation, chicane, etc.), mais surtout les entrées se feront par des goulets d'étranglement, donnant largement la place aux piétons. Un traitement particulier sera étudié pour les rues à sens unique, où la vitesse des voitures est automatiquement plus élevée. Une mesure de simple police pourrait constituer à mettre ces voies en double sens de circulation cycliste, avec avertissement spécifique.
A cet égard, les véhicules venant de la rue du Bailli, et prenant la rue de l'Amazone, se croient souvent sur un circuit automobile, et prennent de l'élan sur le parvis. Il est donc particulièrement indiqué de mettre en place les dispositions sur le parvis même, ainsi qu'à l'entrée de la rue de l'Amazone. Il faudra néanmoins prévoir d'autres dispositifs dans la rue elle-même, les gens se plaignant quotidiennement de la vitesse des automobilistes, pour qui cette rue constitue bien souvent un itinéraire de déviation pour la rue de l'Aqueduc.
Comme il a été dit plus haut, voici un exemple d'aménagement récent de carrefour, tout à fait inefficace, aussi bien pour la circulation automobile que pour les piétons.
On constate que la circulation automobile est entravée, et qu'aucune facilité supplémentaire n'en découle pour les piétons. Ceci provient de l'inadéquation des aménagements, eu égard à la réalité du trafic et des circulations.
Nous proposons donc, comme nous l'avions signalé il y a deux ans, des aménagements physiques et pas de feux de circulation. Le passage protégé pour les piétons se fera par surélévement de la voirie et changement de matériaux à cet endroit (klinkers en béton?), mais aussi par l'élargissement des trottoirs, afin de constituer des "oreilles", à la fois garantes des piétons et de l'espace, mais aussi de la vue des automobilistes vers les voies latérales. De multiples accrochages entre autos proviennent de ce que les automobilistes ne perçoivent pas les autres utilisateurs de la voie publique venant prioritairement sur leur droite.
Ces dispositions pourraient utilement s'appliquer à toutes les rues perpendiculaires à la rue Defacqz. Complémentairement, il faudra également empêcher les véhicules de stationner sur les arrondis ainsi créés, peut-être au moyen de potelets bas en fonte.
Des arbres peuvent être plantés dans les angles arrondis ainsi créés: ils participent ainsi à une impression de rétrécissement de la voie publique, incitant au ralentissement, sans obturer la visibilité sur les rues latérales.
Enfin, dernière disposition pour protéger ces passages surhaussés, un éclairage bas à hauteur d'homme stimulerait, pour la nuit, l'attention à porter à ces endroits.
Tôt ou tard, il faudra réfléchir à la question du stationnement pour les habitants. Nous proposons d'étudier la possibilité de mettre en place un système de cartes de stationnement de riverains, qui assurerait à ceux-ci priorité de stationnement sur tout autre utilisateur de la voirie publique.
Pour le soir, il existe une énorme réserve de stationnements sur l'ère de l'Avenue Louise, à 5 minutes à pied du quartier étudié. Le secteur Horeca n'est donc nullement lésé.
Le problème est plus aigu de jour, où les commerçants veulent à la fois pouvoir garer leur véhicule devant chez eux, et que des acheteurs potentiels puissent également stationner à proximité immédiate. Ce qui semble quelque peu paradoxal. Une solution serait à trouver dans la création d'un parking spécifique pour eux, peut-être, mais surtout dans la mise en place de la rue du Bailli, au moins dans son tronçon entre la rue Simonis et le Parvis, en piétonnier partiel. Mais ceci est une autre histoire ...
Nous espérons que ces quelques propositions sur ces deux espaces mal définis aident les autorités à prendre des mesures adéquates. Mais si celles-ci veulent effectivement attirer en ville de nouveaux habitants, et garder ceux qui s'y trouvent, il n'y a pas 36 solutions. Comme le disait cette jeune mère de famille de la rue de l'Aqueduc, lors de l'une de nos récentes réunions, "si l'on veut garder des gens en ville, il faut d'abord penser aux habitants comme piétons, et pas aux voitures".
Pour le Comité Bailli-Defacqz
Michel RENARD Décembre 1994