La Trinité menace-t-elle de tomber ? Les experts se divisent. Le curé et le bourgmestre s'apostrophent.
La hache de guerre est déterrée entre les autorités civile et temporelle ixelloises ! Casus belli : l'église de la Trinité, au chevet de laquelle se sont penchés le bourgmestre Yves de Jonghe d'Ardoye et le curé de la paroisse, Philippe Dupriez. Leur diagnostic et l'estimation du coût du traitement à administrer sont pour le moins divergents !
Hier, le curé Dupriez, entouré par plusieurs représentants de la fabrique d'église, a tenu une conférence de presse à l'intérieur même de l'église. Son dessein : démentir les propos alarmistes du bourgmestre sur l'instabilité du bâtiment.
- Dès 1895, année de la construction de l'église, des fissures sont apparues dans le bâtiment, affirme-t-il.
Selon l'abbé, ces défauts centenaires n'ont ni empêché la construction de la seconde partie de l'église, en 1908, ni perturbé la célébration du culte. Il y a une vingtaine d'années, la commune d'Ixelles plaça cependant une paroi de séparation entre la nef et le reste de l'édifice : le transept et le choeur. On construisit aussi une voûte intermédiaire pour éviter les chutes de matériaux...
- Aujourd'hui, intervient le curé, on trouve de la poussière sur ces voûtes, mais rien qui ne puisse provoquer une alerte !
COUP DE FORCE COMMUNAL ?
Selon Philippe Dupriez, la fabrique d'église étudia, avec le bourgmestre Albert Demuyter, puis avec son successeur, Yves de Jonghe d'Ardoye, diverses possibilités de restauration-reconversion de l'église. Les clefs d'analyse : la moitié des 1.200 m² de l'îlot pour la communauté paroissiale, le reste à des affectations culturelles.
- On en était là lorsque, soudainement, le bourgmestre prit la décision de fermer l'église, intervient le curé. La fabrique ne pouvait rester indifférente à ce coup de force !
Elle fit appel à des spécialistes en pathologie des bâtiments : le bureau PMD.
- Leurs conclusions sont formelles : rien d'anormal ne s'est passé depuis quatre ans. Le bâtiment est globalement sain. Pour ce qui est des tassements antérieurs, c'est réparable à frais raisonnables, en l'occurrence dans la tranche de 20 à 30 millions et cela en retrouvant tout le volume d'antan !
Aujourd'hui, la fabrique demande trois choses. Que le bourgmestre " retire sa décision de fermer l'église pour le début du mois de juin ", qu'il " s'engage résolument dans la mise en chantier de réfection globale de l'édifice " et enfin, " qu'il reconnaisse les droits imprescriptibles de l'Eglise à disposer de ses lieux de culte ".
Place Fernand Cocq, Yves de Jonghe ne fléchit pas :
- Je n'ai jamais eu connaissance de ce rapport de PMD, affirme-t-il. Je ne peux que rappeler ce que j'ai déjà dit : j'attends une contre-expertise du bureau B-Groupe. Si elle ne contredit pas les conclusions des spécialistes de Stesco (à savoir que la fréquentation de l'édifice est devenue dangereuse), je prendrai mes responsabilités. Car, à la différence d'un curé, un bourgmestre est personnellement responsable de la sécurité des gens dans les lieux publics !
Mais, on le sait, la jurisprudence belge oblige les communes à suppléer l'éventuelle impécuniosité de la fabrique d'église si celle-ci décide de maintenir ou de reconstruire son église...
- Cinq mille Ixellois émargent au CPAS : nous avons d'autres priorités que de restaurer une église où une centaine de paroissiens à peine assistent aux offices, coupe le mayeur, en guise de fin de non-recevoir...
WILLIAM BOURTON