Nouvelles locales - Bruxelles Vendredi (1 mars 1996)
Les marchands du temple sauveront-ils la Trinité ?
Un marché couvert dans la nef de cette église située aux confins d'Ixelles
et de Saint-Gilles ? La polémique devient politique !
Les temps sont plutôt
durs pour les églises bruxelloises. Non seulement les paroissiens ne se
bousculent plus sous leurs voûtes mais l'usure du temps et le manque d'entretien
ont largement miné leurs structures. Les fabriques d'églises se retranchent
derrière leur impécuniosité tandis que les communes renâclent devant le
montant des factures à honorer. Bref, ce patrimoine se meurt (lire notre
dossier, dans " Le Soir " du 16 janvier).
Pourtant, des solutions
originales arrivent parfois à se dessiner. Ainsi à l'église de la Trinité,
près de la place du Châtelain, à la frontière d'Ixelles et Saint-Gilles.
Reste simplement à faire approuver les plans par l'ensemble de la communauté
locale...
UNE LONGUE MALADIE
L'église de la Trinité présente
d'inquiétants signes d'instabilité. Au début des années 80, un arrêté de
démolition fut même délivré, sans être mis à exécution. La commune d'Ixelles,
traditionnellement chargée de la maintenance, procéda à de coûteux travaux
d'étançonnement.
Mais l'état général
de la Trinité demeure précaire. Actuellement, seule une partie de
la nef centrale est encore occupée pour célébrer le culte. De nouveaux travaux
sont nécessaires, mais la commune refuse d'investir encore dans ce bâtiment.
Bon samaritain, l'échevin
ixellois de la culture, Jean Breydel de Groeninghe, parvint à convaincre
la Commission communautaire française de débloquer un petit budget pour
une étude de réaffection du lieu de culte. Un dossier confié à Renaud Dumont
de Chassart.
- Architecturalement,
cette église n'a pas bonne réputation, explique celui-ci. Pour certains,
c'est du stuc sans valeur. Mais pour moi, c'est un chef-d'oeuvre baroque
! Les vitraux, par exemple, sont admirables. Ils sont un argument suffisant
pour sauvegarder les deux pignons et le transept.
L'architecte plaide
pour la conservation de toute la volumétrie du bâtiment. Un point de vue
que la Commission royale des monuments et sites pourrait partager : ce 6
mars, elle doit décider s'il convient de classer ou d'inscrire le lieu sur
la liste de sauvegarde du patrimoine.
EST-CE BIEN RAISONNABLE
?
Mais que faire d'un
tel bâtiment ? Voilà l'idée : le transformer partiellement en marché couvert
!
- La fabrique d'église
serait disposéeà se " replier " dans le choeur, affirme Dumont
de Chassart. On libérerait ainsi la nef pour un restaurant ou une cafétéria
et les bas-côtés pour un marché couvert. Une sorte de prolongement du marché
du mercredi de la place du Bailli...
À combien se chiffrerait
cet aménagement ? L'architecte ne s'avance pas encore. Il insiste cependant
sur le fait que la facture serait réglée par le privé.
Qu'en pense-t-on à
la commune d'Ixelles ?
- Je suis des plus
sceptiques, répond l'échevin des travaux, Willy Decourty. Nous avons
déjà commandé une étude sur cette église. On a ainsi appris que, pour résoudre
les problèmes de stabilité, il faudrait descendre à 15 m de profondeur pour
trouver un sol stable et pratiquement tout reconstruire sur pied. Soit une
facture d'une centaine de millions ! Nous avons clairement dit que c'était
impensable. Je ne comprends dès lors pas pourquoi M. Dumont de Chassart
refait le même travail, qui accouchera d'un projet dont le collège ne veut
pas...
Un collège plutôt divisé,
puisque l'architecte se recommande de Jean Breydel de Groeninghe... Et puis,
ici, la facture serait à charge du privé.
- Que l'on me présente
ce mécène, ironise Willy Decourty.Pour moi, la solution serait de
conserver la façade classée et certains éléments intéressants et remplacer
les autres par une structure plus légère, afin de soulager les fondations.
Dans ce cas de figure, l'église serait totalement désacralisée. Ceci ne
me semble pas insurmontable puisque la communauté chrétienne dispose de
la nouvelle chapelle des pères Servites, rue Washington...
Une réunion entre l'auteur
du projet et les responsables des communes d'Ixelles et de Saint-Gilles
est également prévue le 6 mars.
WILLIAM BOURTON
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