Les
élèves de l’antenne cominoise de l’Académie
de Tournai ont envahi les lieux sur le thème du sac dans tous
ses états.
INSTALLATION
est un mot clé de l’art contemporain. Il s’agit presque
toujours d’investir un lieu et d’y installer des éléments
temporaires meublant l’espace et lui donnant un sens nouveau.
L’objet est un composant essentiel de ce type de démarche.
Le sac
est ustensile familier. Le voici désormais insolite, interpellant,
rigolo, inquiétant. Dès l’entrée, le visiteur
est accueilli par un travail collectif. Des poches de plastic transparent
métamorphosées en récipients flasques se confondent
avec l’eau qu’elles contiennent. Ces paquets saugrenus sont
disposés tels les cailloux du Petit Poucet, invitation à
suivre un chemin bohème.
Sacs cumulés
Albert
Cary, après avoir jaunis des sacoches, les suspend en grappe
de mémoire. Elles ont contenu des choses intimes. Celles-ci sont
étalées sur une table afin qu’on puisse enquêter
sur les souvenirs qu’elles évoquent. Dépassant des
poches, des morceaux de papiers comme tickets, prospectus, des ustensiles
de beauté comme peigne, pinceau de maquillage… indiquent
que les sacs ont été liées à des moments
de vie. Le même créateur, pour passer de la nostalgie à
la fantaisie, laisse pendre un fauteuil-bag, sorte de masse nuageuse
compacte, humide, laissant sortir de son intérieur de facétieux
escargots.
Dans
le translucide, Eve Duriez ensache des outils comme le rabot ou des
extraits de végétaux naturels. Elle établit [rien
de plus normal pour une allusion à la menuiserie, non?] des rapports
entre un arbre si présent qu’il traverse le plancher de
l’étage et l’usage qu’on en fait. Transformer
besaces et cabas en objets archéologiques amène Brigitte
Casier à les mouler dans l’immaculé du plâtre.
Aurélie
Baelen s’en prend au sac à patates. Sa jute sert de support
à une prolifération de tubercules, prélude à
un envahissement du territoire par des pommes de terre désireuses
de se venger d’être sans cesse transformées en frites
par d’ingrats humains. Le plastique jaune d’Audrey Hof se
cristallise en sacs de nœuds, stalagmite à l’assaut
des marches d’un escalier.
Les boîtes
de Madeleine Waryn sont elles aussi des contenants. Ce qui les habite
est de l’ordre de l’inattendu, du poétique, de l’insolite.
Chacune est une sorte de réceptacle précieux susceptible
d’apporter une parcelle de rêve. C’est la même
artiste qui a conçu une chapelle rendant hommage à des
sachets, ex-voto baroques, mêlant recueillement et argent puisqu’ils
représentent les cordons de la bourse.
Sacs à part
Plusieurs
participantes se sont éloignées du thème initial.
C’est le cas du « Labo » de Nathalie Cardon et Claudine
Marichal dont les recherches portent sur l’alchimie du temps:
un art de l’éphémère met des masques en péril
de disparition sous le goutte à goutte d’une eau en rivalité
contre la terre. Christine Declercq évoque le « Passage
» sous tous ses sens: voyage, défilé, trajet, parcours
de vie. Son intervention englobe l’espace entier, se diversifie
en harmonisant signes et matières divers.
Les volutes
métalliques de Dorothée Delahaye forment d’élégantes
arabesques, carillons visuels, rythmes spatiaux, bijoux virtuels. Enfin,
Véronique Vandenbussche symbolise en indices familiers l’image
du renouveau à travers une « Éclosion » colorée
tandis qu’Annie Boizet laisse s’affirmer les formes en une
polychromie gestuelle chère à l’abstraction lyrique.
Michel VOITURIER
En l’Espace Brussin (à côté du Musée
de la Rubanerie), 48 rue du Fort à Comines. Accès libre
de 14 à 18h jusqu’au 5 juin.
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