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LE COURRIER - LE COURRIER DE L'ESCAUT
vendredi 3 juin 2005
Michel Voiturier

COMINES – Installation
Mise à sacs de l’Espace Brussin
 

Les élèves de l’antenne cominoise de l’Académie de Tournai ont envahi les lieux sur le thème du sac dans tous ses états.

INSTALLATION est un mot clé de l’art contemporain. Il s’agit presque toujours d’investir un lieu et d’y installer des éléments temporaires meublant l’espace et lui donnant un sens nouveau. L’objet est un composant essentiel de ce type de démarche.

Le sac est ustensile familier. Le voici désormais insolite, interpellant, rigolo, inquiétant. Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par un travail collectif. Des poches de plastic transparent métamorphosées en récipients flasques se confondent avec l’eau qu’elles contiennent. Ces paquets saugrenus sont disposés tels les cailloux du Petit Poucet, invitation à suivre un chemin bohème.
Sacs cumulés

Albert Cary, après avoir jaunis des sacoches, les suspend en grappe de mémoire. Elles ont contenu des choses intimes. Celles-ci sont étalées sur une table afin qu’on puisse enquêter sur les souvenirs qu’elles évoquent. Dépassant des poches, des morceaux de papiers comme tickets, prospectus, des ustensiles de beauté comme peigne, pinceau de maquillage… indiquent que les sacs ont été liées à des moments de vie. Le même créateur, pour passer de la nostalgie à la fantaisie, laisse pendre un fauteuil-bag, sorte de masse nuageuse compacte, humide, laissant sortir de son intérieur de facétieux escargots.

Dans le translucide, Eve Duriez ensache des outils comme le rabot ou des extraits de végétaux naturels. Elle établit [rien de plus normal pour une allusion à la menuiserie, non?] des rapports entre un arbre si présent qu’il traverse le plancher de l’étage et l’usage qu’on en fait. Transformer besaces et cabas en objets archéologiques amène Brigitte Casier à les mouler dans l’immaculé du plâtre.

Aurélie Baelen s’en prend au sac à patates. Sa jute sert de support à une prolifération de tubercules, prélude à un envahissement du territoire par des pommes de terre désireuses de se venger d’être sans cesse transformées en frites par d’ingrats humains. Le plastique jaune d’Audrey Hof se cristallise en sacs de nœuds, stalagmite à l’assaut des marches d’un escalier.

Les boîtes de Madeleine Waryn sont elles aussi des contenants. Ce qui les habite est de l’ordre de l’inattendu, du poétique, de l’insolite. Chacune est une sorte de réceptacle précieux susceptible d’apporter une parcelle de rêve. C’est la même artiste qui a conçu une chapelle rendant hommage à des sachets, ex-voto baroques, mêlant recueillement et argent puisqu’ils représentent les cordons de la bourse.
Sacs à part

Plusieurs participantes se sont éloignées du thème initial. C’est le cas du « Labo » de Nathalie Cardon et Claudine Marichal dont les recherches portent sur l’alchimie du temps: un art de l’éphémère met des masques en péril de disparition sous le goutte à goutte d’une eau en rivalité contre la terre. Christine Declercq évoque le « Passage » sous tous ses sens: voyage, défilé, trajet, parcours de vie. Son intervention englobe l’espace entier, se diversifie en harmonisant signes et matières divers.

Les volutes métalliques de Dorothée Delahaye forment d’élégantes arabesques, carillons visuels, rythmes spatiaux, bijoux virtuels. Enfin, Véronique Vandenbussche symbolise en indices familiers l’image du renouveau à travers une « Éclosion » colorée tandis qu’Annie Boizet laisse s’affirmer les formes en une polychromie gestuelle chère à l’abstraction lyrique.


Michel VOITURIER


En l’Espace Brussin (à côté du Musée de la Rubanerie), 48 rue du Fort à Comines. Accès libre de 14 à 18h jusqu’au 5 juin.


Les yeux dans les rétroviseurs du passé, Albert Cary explore les souvenirs intimes trouvés dans les sacs oubliés.
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