Le premier pont des Arches :
Le
chroniqueur liégeois Jean d’Outremeuse (1338-1400) situe
en 811 la construction d'un premier pont de bois sur la Meuse. Il
en attribue le mérite à Ogier le Danois, baron de Charlemagne.
Mais on connaît la fantaisie de l'écrivain, dont les
oeuvres mêlent histoire et légende, et son héros
épique préféré n'est qu'un personnage
imaginaire !
De façon avérée, le premier pont des Arches date du début du XIème siècle, sous le règne du prince-évêque Réginard (1025-1038). Il se situe alors à la hauteur de la rue du Pont, qui lui doit son nom, pour mener à la chaussée des Prés en Outremeuse. L'ouvrage « tout de pierre », construit en grès houiller, est composé de sept arches, qui expliquent son appellation.
Le tableau intitulé « La Vierge d´Autun »Sur le dessin ci-dessus, on remarque une tour crénélée participant au système défensif de la cité, ainsi qu'une arche en bois facilement démontable en cas de menace d'invasion. Ce qui n'apparaît pas, c'est que le pont, à cette époque, est bordé latéralement de maisons destinées à l'artisanat et au commerce.
Ce
premier pont, après avoir résisté quatre siècles,
a été emporté en 1409 à la suite d'une
débâcle excessive.
Le deuxième pont des Arches :
La construction du deuxième pont des Arches, sous le règne de Jean de Heinsberg, traîne de 1424 à 1446, à la suite de nombreux problèmes financiers. Le nouvel ouvrage est établi cette fois à la hauteur de la rue Neuvice. Endommagé lors du sac de la cité, en 1468, par les hordes de Charles le Téméraire, il sera réparé vers 1477.
Gravure
de 1574 (« Leodium » par Braun et Hohenberg, collections artistriques
ULg)
![]()
Le pont est protégé religieusement par une chapelle dédiée à sainte Barbe, patronne des bateliers, et militairement par le «Mâle Governe », fortin flanqué de tourelles et tenu par la compagnie des arbalétriers.
Des immeubles sont construits sur le le pont, qui devient « une espece de rue, par les maisons qui bordoient ses deux costez ».
Le « Mâle Governe » est démoli en 1612 parce qu'il entrave la circulation et nuit à la solidité de l'ensemble. Mais de plus en plus de constructions surchargent le tablier et fragilisent les piles, dans lesquelles on creuse des caves. En 1643, une importante crue de la Meuse inonde la ville basse et emporte l'édifice.
Une passerelle de bateaux est provisoirement installée, mais on envisage une reconstrruction dès 1645.
Le troisième pont des Arches :
Pour
financer le troisième pont des Arches, on lève de nombreuses
taxes, dont des impôts sur les foyers et sur la bière.
Les
travaux commencent en 1648 pour se terminer en 1657 ; ils rétablissent
le pont à son emplacement initial.
La ville envisage d'établir un péage sur le pont afin
de rembourser les sommes engagées. La colère populaire
fait oublier cette intention, mais les buveurs de bière, encore
eux, sont remis à contribution par un nouvel impôt.
La leçon du passé interdit toute construction sur le pont, à l'exception une chapelle à sainte Barbe.
Cette interdiction est toutefois bafouée en 1685 par le prince-évêque Maximilien-Henri de Bavière, qui y fait bâtir une tour fortifiée pour se prévenir des mouvements insurrectionnels en provenance des Grignoux* d'Outremeuse.
* Les Grignoux désignent les gens du peuple réclamant davantage de libertés, par opposition aux Chiroux partisans de l'autorité du prince-évêque. La tour fortifiée est surnommée « Dardanelle » par les Liégeois, parce qu'elle rétrécit le passage, du nom du détroit célèbre entre l'Europe et l'Asie ; cette construction militaire sera supprimée en 1790.Quand la principauté de Liège est réunie à la France (1795), le pont va s'appeler le pont de la Victoire, pour commémorer la victoire française sur les troupes autrichiennes appelées en renfort par le prince-évêque Hoensbroeck. Il gardera cette appellation jusqu'en 1815, quand la défaite de Napoléon à Waterloo puis les décisions du Congrès de Vienne entraînent le rattachement de la Belgique aux Pays-Bas.
À
remarquer le profil du pont en dos d'âne. Dans le sens de la montée,
il faut parfois l'aide de chevaux pour hisser les lourdes charrettes ; en descente,
ce sont des gamins qui ralentissent les véhicules en leur « mettant
des bâtons dans les roues ».
Le quatrième pont des Arches :
De 1853 à 1863, on entreprend de gigantesques travaux pour rectifier le tracé de la Meuse et créer la Dérivation (cf. la rubrique « Grands boulevards »).
C'est
dans le cadre de ces
importantes modifications que les autorité communales décident
également de remplacer le pont des Arches par un ouvrage mieux adapté
au trafic fluvial et routier.
Démolition du troisième pont des Arches en 1859
C'est le 29 octobre 1860 que le quatrième pont des Arches est inauguré par la roi Léopold 1er (une tentative de le rebaptiser « pont Léopold » a d'ailleurs échoué). Le nouvel ouvrage est composé de cinq arches, et huit statues ornent les piles : quatre représentent la Meuse et ses affluents ; les quatre autres constituent des allégories de l´agriculture, du commerce, de l´industrie et de la navigation.
Dans l'axe du pont, la rue Léopold est percée dès 1876. Cette élégante artère rectiligne remplace le « fouillis de rues étroites, tortueuses, malsaines pour la plupart » que constituait le quartier de la Madeleine (cf. la rubrique « place Saint-Lambert »).
Le cinquième pont des Arches :
Un pont provisoire établi après guerre,L´ouvrage, une structure métallique composée de trois arches, est achevé pour l´exposition internationale de 1930. Sur ses piles, on dispose des statues récupérées du pont précédent.
En 1940, ce pont est détruit dans l'espoir, à nouveau, de ralentir l'invasion allemande. De 1940 à 48, il sera remplacé par un pont de bois provisoire installé à la hauteur du quai de la Goffe.
Le sixième pont des Arches :
Le
sixième pont des Arches est ouvert à la circulation depuis 1947
(retour la page « Quais
de la Batte »).
Voici deux liens extrêmement intéressants à consulter : le cahier du MET « Liège au fil des ponts » et un article du CRAF (Centre de Recherches Atchéologiques Fluviales).