Gueuler, mordre, déchirer, ne pas se résigner… Actions physiques éprouvantes et vite noyées dans l’indifférence…

Rapidement, il ne reste rien. Des souvenirs, des regrets, des rancœurs et les moulins à vents n’en cessent pas pour autant de tourner. Mais vous êtes jeune encore. Votre capacité d’écoute n’est en rien altérée, vous êtes apte à observer et votre volonté de comprendre est intacte. Cœur à vif toujours, quelques estafilades en plus…

Vous lisez certes, mais un manque vous taraude : témoigner encore, DIRE…

Comment dire ?

 

Le groupe du Studio – théâtre m’entoure : Jean Louvet, les comédiens-camarades, les amis…

Il ne s’agit pas de refaire le monde. Ni de suivre une ligne : nos chemins convergent, les sensibilités aussi.

Veines qui retrouvent une artère, le cœur bat, l’organisme se défend de l’individualisme ou du cynisme ambiant.

Ancrés dans notre société, nous l’observons, nous nous y observons aussi et parfois, vient le déclic.

Témoigner…Mes élèves m’ont fait le cadeau de me confier leurs appréhensions face à leur avenir… Dire…

Non, mieux ! Ecrire ! Le virus est contracté, j’ai trouvé une voix.

 

Seuls les mots gardent ce pouvoir de dénoncer. Les mafias, la crise du couple et de l’engagement. Ce qui vous heurte, vous écœure. Pas d’eau de rose, non, elle coule déjà de tant de textes officiellement consacrés qui…ne disent rien…

 

Théâtre de combat, théâtre-action, qui va à la rencontre des gens. Parce qu’il doit aller les chercher, pas les attendre à prix fort…

 

 

 

Exercice astreignant qui ne vous laisse plus en repos : lectures, réflexion – surtout ne pas se tromper, nous n’en avons pas le droit dans le théâtre-action – insomnies, manque de souffle parce que la plongée se fait en apnée et, enfin, le texte, les comédiens qui s’en emparent, votre langue égrenée, décortiquée… Les personnages prennent corps et parole. Traces.

 

Confrontation. Avec les autres, le public, les lecteurs ; la vie prend le dessus, encore et c’est heureux.

 

Les moulins à vent continuent de tourner, d’accord…

 

Mais je ne briserai plus de lances… Puisque je sais qu’on peut mettre ses pas dans d’autres traces…

 

 

 

Emmanuel Loretelli,

 

1er mars 2003.