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Petite histoire des stèles funéraires

 

 

Il faut se reporter aux tombes privées de l'Ancien Empire, aux environs de 2700 avant J.-C., pour trouver l'origine des stèles funéraires.

 

A cette époque, seule une catégorie de personnages très privilégiés, composée de nobles et d'officiels, avait la possibilité de se faire construire une tombe et d'entretenir un culte funéraire, à proximité des pyramides royales, alors que la majorité de la population se contentait d'une simple fosse.

 

Ces tombes étaient composées de deux parties : un caveau souterrain qui accueillait le sarcophage, et une superstructure, visible de l'extérieur, formant un rectangle de pierre cerné de murs inclinés.  Les deux niveaux étaient reliés par un puits, dont l'ouverture se situait au niveau supérieur de la superstructure, et servant à l'acheminement du sarcophage vers le lieu de repos définitif.

 

L'aspect extérieur de ces tombes leur a valu le nom de mastaba, terme arabe traduisant "banquette".

 

C'est au niveau de la superstructure que se déroulait le culte du défunt sous la responsabilité du fils aîné.  En pratique, un prêtre funéraire (appelé "serviteur du Ka") était désigné et rétribué pour assurer cette mission basée sur des invocations et des offrandes régulières, nécessaires à la survie du défunt dans l'Au-delà.

 

Les offrandes se composaient des mets généralement appréciés par les égyptiens : viandes et volailles, pain, bière, vin, ainsi que "toute chose bonne et pure".  Ces offrandes étaient déposées sur un autel, face à une niche très tôt intégrée dans une chapelle funéraire.  C'est par cette niche, appelée stèle fausse-porte (car elle représentait une porte de maison stylisée, avec montants, linteau et natte enroulée) que l'esprit du défunt revenait dans le monde des vivants pour bénéficier des offrandes.  Plus exactement, l'esprit du défunt, son Ka, traversait la stèle fausse-porte, véritable passage entre l'Au-delà et le monde réel, afin de bénéficier de l'énergie vitale des offrandes, ces dernières étant en définitive emportées et consommées par les prêtres.

 

Sur la stèle fausse-porte, bien souvent offerte par le souverain à ses courtisans (tout comme la concession et les domaines servant à pourvoir au culte funéraire), était représentée la scène du repas funéraire : le défunt était présenté assis face à une table chargée d'offrandes.  Il pouvait également figurer debout sur les montants de la stèle.  Celle-ci était recouverte d'inscriptions hiéroglyphiques indiquant le nom du propriétaire de la tombe, les fonctions qu'il exerçait dans le monde des vivants et la nature des offrandes devant être présentées.

 

Le fait de citer dans le texte la nature des offrandes, ou de les représenter en image, n'était pas innocent.  De par la portée magique des hiéroglyphes et leur valeur performative, le simple fait de lire les inscriptions et d'énoncer la nature des offrandes suffisait à rendre ces offrandes effectives.  Pour les égyptiens, c'était en sorte une mesure efficace destinée à pallier une éventuelle négligence ou carence des prêtres funéraires, en s'assurant que, même si le culte devait être interrompu, la subsistance du défunt dans l'Au-delà ne serait jamais menacée.  Il en est d'ailleurs de même pour le nom du défunt, souvent reproduit à plusieurs endroits de la stèle. Sa simple évocation orale assurait sa pérennité.

 

Plus tard, dès le début du Moyen Empire (vers 2000 avant J.-C.), les égyptiens de couche sociale plus modeste eurent également accès aux rites funéraires destinés à assurer leur survie dans l'Au-delà.  Les stèles funéraires furent alors fabriquées en série et prirent une forme caractéristique qu'elles garderont pendant près de 2000 ans, avec quelques rares variantes : elles s'inscriront désormais dans un rectangle aux dimensions variables, avec le sommet cintré.

 

Alors que les stèles de type fausse-porte de l'Ancien Empire sont principalement issues de la nécropole de Memphis, la capitale de l'époque, la plupart des stèles du Moyen Empire proviennent d'Abydos, principal centre de culte du dieu funéraire Osiris et ville sainte à partir de la XIIe, XIIIe dynastie.  A l'instar des notables de l'Ancien Empire qui aimaient à se faire inhumer à proximité de leur roi, les égyptiens du Moyen Empire voulaient reposer à Abydos, la ville où, selon la légende, la tête d'Osiris fut ensevelie.  S'ils ne savaient pas se faire inhumer à Abydos, ils tenaient au moins à s'y faire ériger une stèle, qui prenait alors la valeur d'un cénotaphe (c'est-à-dire d'un monument en forme de tombeau élevé à la mémoire d'un mort et qui ne contient pas son corps – du grec kenos : vide, et taphos : tombeau).

 

 

Nombre de ces stèles nous sont parvenues, plus ou moins bien conservées, certaines tellement bien conservées qu'elles présentent encore des traces de polychromie. 

 

En général, les sculpteurs réalisaient les stèles sur du calcaire, un matériau qui se prête particulièrement bien à ce type de travail.  Plus rarement, ils travaillaient sur des pierres plus dures ou sur du bois.

 

La réalisation d'une stèle devait sans doute être assez coûteuse, ce qui explique que certaines sont d'exceptionnelle facture alors que d'autres sont nettement plus grossières.  Cette différence de qualité est également à mettre en rapport avec l'époque à laquelle elles ont été sculptées.  Ainsi, il est visible que les périodes historiques dites "intermédiaires", qui correspondent à des périodes de récession ou de décadence, ont eu une répercussion sur l'art en général, l'art funéraire n'étant bien sûr pas épargné.

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