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Le brouillard indolent de l'automne
est épars...
Le brouillard indolent de l'automne est épars...
Il flotte entre les tours comme l'encens qui rêve
Et s'attarde après la grand-messe dans les nefs;
Et il dort comme un linge sur les remparts.
Il se déplie et se replie. Et c'est une aile
Aux mouvements imperceptibles et sans fin;
Tout s'estompe; tout prend un air un peu divin;
Et, sous ces frôlements pâles, tout se
nivelle.
Tout est gris, tout revêt la couleur de la brume :
Le ciel, les vieux pignons, les eaux, les peupliers,
Que la brume aisément a réconciliés
Comme tout ce qui est déjà presque
posthume.
Brouillard vainqueur qui, sur le fond pâle de l'air,
A même délayé les tours
accoutumées
Dont l'élancement gris s'efface et n'a plus l'air
Qu'un songe de géométrie et de
fumées.
Le Miroir du ciel natal
Le jet d'eau s'est levé sur
la vasque d'eau morte...
Le jet d'eau s'est levé sur la vasque d'eau morte;
Il a l'air dans le soir de quelqu'un qui exhorte
Et porte au ciel, dans un bouquet, une supplique.
Le parc s'empreint d'une douceur évangélique
Et les feuilles vont se cherchant comme des
lèvres.
Seul le jet d'eau s'afflige; il insiste, il
s'enfièvre
Dans cette solitude où son élan se brise.
Ah ! que n'a-t-il plutôt humblement accepté
Le sort calme d'avoir pour soeurs des roses-thé,
Et de ne se crisper qu'à peine sous la brise.
Et d'être un étang plane au niveau du jardin
?
Orgueil ! Il a voulu toucher le ciel lointain,
S'élever au-dessus des roses, ô jet d'eau
Qui se termine en floraison de chapiteau,
Comme pour résumer à soi seul tout un
temple.
Ah ! l'effort douloureux, toujours inachevé !
Il est debout, encor qu'il chancelle et qu'il tremble;
Il est celui qui tombe après s'être
élevé;
Il rêve en son orgueil l'impossible escalade
De l'azur, où planter son frêle lys malade;
Il est le nostalgique, il est l'incontenté;
Il est l'âme trop fière et que le ciel
aimante.
- Ah ! que n'a-t-il vécu du sort des
roses-thé
Parmi l'herbe où leur vie est heureuse et dormante
!
- Il est le doux martyr d'un idéal trop beau;
Il espérait monter jusqu'au ciel, le jet d'eau !
Mais son voeu s'éparpille ! Et sa robe retombe
En plis agenouillés comme sur une tombe.
Le Miroir du ciel natal
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