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Les cygnes dans le soir ont soudain
déplié...
Les cygnes dans le soir ont soudain déplié
Leurs ailes, parmi l'eau qu'un clair de lune moire;
On y sent se lever un frisson qui va croître,
Comme le long du feuillage des peupliers.
Frisson pareil à ceux d'un grand vent dans les
arbres;
C'est comme une musique, en pleurs d'être
charnelle;
Musique d'une harpe qui serait une aile,
Car les ailes de cygne ont la forme des harpes.
Ces harpes tout à coup ont déchiré la
brume;
Les nénuphars lèvent leurs voiles de
béguines;
Tout se recueille; tout écoute les beaux cygnes
Qui dressent sur l'eau morte un arpège de plumes.
Concert nocturne où, seul, je m'arrête de vivre
!
Ah ! ces harpes de la musique du silence
Dont on ne sait si elle est morte ou recommence;
Et mon coeur s'est gelé dans ces harpes de givre.
Le Miroir du ciel natal
Les cygnes d'un beau rêve
acquis à ce silence...
Le cygne d'un beau rêve acquis à ce silence
Qui s'effaroucherait d'un peu de violence
Et qui n'arrive à flotter comme une palme
Qu'à cause du repos, à cause du grand
calme,
Cygne blanc dont la queue ouverte se déploie,
- Barque de clair de lune et gondole de soie -
Cygne blanc, argentant l'ennui des mornes villes,
Qui hérisse parfois dans les canaux tranquilles
Son candide duvet tout impressionnable;
Puis, quand tombe le soir, cargué comme les
voiles;
- Dédaignant le voyage et la mer navigable -
Sommeille, l'aile close, en couvant des étoiles !
Le Règne du silence
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