Georges Rodenbach








Oui ! c'est la mort, mais c'est aussi l'Eternité...



Oui ! c'est la mort, mais c'est aussi l'Eternité;

Entrez, mon âme irrésolue !

Le portail vous effraie et ses démons sculptés;

Mais l'église est toute bonté,

Et, par les vitraux noirs, un clair de lune afflue.

O mon âme, rien de la vie

Ne vous aura suivie

Dans cette ombre propice et que vous souhaitiez.


Les cierges ont, au loin, des remuements de lèvres

Comme s'ils vous parlaient en rêve...

Oh ! les doigts rafraîchis à l'eau des bénitiers !

C'est le refuge;

C'est l'asile de l'Arche au milieu du déluge;

Et voici devers vous que vole la colombe,

La colombe du Saint-Esprit.


Certes la vieille église a le froid d'une tombe

En qui le vieux pécheur qu'on était meurt sans bruit;

On meurt au monde et on meurt à soi-même;

On est un Lazare blême;

Mais Jésus pleure et nous rescussite soudain !


On renaît à la vie avec une âme neuve;

On se lève, on est comme au milieu d'un jardin.

Qu'importe le monde ! Qu'importe,

Au loin, la ville morte !

Et que sur les vitraux il pleuve,

Et que la nuit descende en ses crêpes de veuve !

Ici, il fait soleil;

L'ostensoir en vermeil

Brille, là-bas, au fond du choeur;

L'encens est un rideau de brume qui s'écarte...

Il semble qu'on soit mort et puis qu'on ait été

Ressuscité...

On sent autour de soi, comme des soeurs;

On a l'air de prier avec Marie et Marthe.




Le Miroir du ciel natal





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