Georges Rodenbach








 J'entre dans ton amour comme dans une église...



J'entre dans ton amour comme dans une église

Où flotte un voile bleu de silence et d'encens :

Je ne sais si mes yeux se trompent, mais je sens

Des visions de ciel où mon coeur s'angélise.


Est-ce bien toi que j'aime ou bien est-ce l'amour ?

Est-ce la cathédrale ou plutôt la madone ?

Qu'importe ! Si mon coeur remué s'abandonne

Et vibre avec la cloche au sommet de la tour !


Qu'importent les autels et qu'importent les vierges,

Si je sens là, parmi la paix du soir tombé,

Un peu de toi qui chante aux orgues du jubé,

Quelque chose de moi qui brûle dans les cierges.




Vers d'amour


C'est tout là-bas, parmi le Nord où tout est mort...



C'est tout là-bas, parmi le Nord où tout est mort :

Des beffrois survivant dans l'air frileux du nord;


Les Beffrois invaincus, les Beffrois militaires,

Montés comme des cris vers les ciels planétaires;


Eux dont les carillons sont une pluie en fer,

Eux dont l'ombre à leur pied met le froid de la mer !


Or, moi, j'ai trop vécu dans le Nord; rien n'obvie

A cette ombre à présent des Beffrois sur ma vie.


Partout cette influence et partout l'ombre aussi

Des autres tours qui m'ont fait le coeur si transi;


Et toujours tel cadran, que mon absence pleure,

Répandant dans mes yeux l'avancement de l'heure,


Tel cadran d'autrefois qui m'hallucine encor,

Couronne d'où, sur moi, s'effeuille l'heure en or !




Le Règne du silence





page précédente début de page le sommaire accueil page suivante