Georges Rodenbach









Le Coffret.

Collections du Musée de la Littérature, Bruxelles



Le Coffret.

Ma mère, pour ses jours de deuil et de souci,

Garde, dans un tiroir secret de sa commode,

Un petit coffre en fer rouillé, de vieille mode,

Et ne me l'a fait voir que deux fois jusqu'ici.

 
Comme un cercueil, la boîte est funèbre et massive,

Et contient les cheveux de ses parents défunts,

Dans des sachets jaunis aux pénétrants parfums,

Qu'elle vient quelquefois baiser le soir, pensive !

 
Quand sont mortes nos sœurs blondes, on l'a rouvert

Pour y mettre des pleurs et deux boucles frisées !

Hélas ! nous ne gardions d'elles, chaînes brisées,

Que ces deux anneaux d'or dans ce coffret de fer.

 
Et toi, puisque tout front vers le tombeau se penche,

O mère, quand viendra l'inévitable jour

Où j'irai dans la boîte enfermer à mon tour

Un peu de tes cheveux..., que la mèche soit blanche !




Les Tristesses, 1879.






La mère de Rodenbach perpétuait la coutume familiale vieille de deux siècles qui consistait à conserver dans un coffret les boucles de cheveux des parents défunts.




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