Georges Rodenbach

Le Voyage dans les yeux


VII

Les yeux sont des bassins d'eau changeante qui dort,

Où, parmi des frissons de moires remuées,

Appareille une flotte éparse de nuées,

Voiles blanches qui vont vers un horizon d'or;

Mais parfois certains grands nuages couleur d'encre

S' immobilisent comme en quarantaine, au fond

De tels beaux yeux de qui l'étiage est profond

Et qui portent en eux ces nuages à l' ancre.


"Le Voyage dans les Yeux" 1893.



Le Béguinage de Bruges

Le Béguinage de Bruges, 1984,



Béguinage Flamand

II

Cependant quand le soir douloureux est défunt,

La cloche lentement les appelle à complies

Comme si leur prière était le seul parfum

Qui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !


Tout est doux, tout est calme au milieu de l' enclos;

Aux offices du soir la cloche les exhorte ,

Et chacune s'y rend, mains jointes, les yeux clos ,

Avec des glissements de cygne dans l' eau morte.


Elles mettent un voile à longs plis; le secret

De leur âme s' épanche à la lueur des cierges ;

Et, quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait

Voir le Seigneur marcher dans un Jardin de Vierges !



"La Jeunesse Blanche", 1886.




Entrée du Béguinage de Bruges

Entrée du Béguinage de Bruges.




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