Georges Rodenbach

Promenade Georges Rodenbach à Bruges. 3/4

Extrait de « Sur les pas des écrivains à Bruges », Ed. de l'Octogone, Bruxelles, 1999.












6. Dyver et Quai du Rosaire

 

Georges Rodenbach a situé les demeures principales de ses deux romans dans le quartier le plus esthétique (et le plus touristique) de Bruges. Ainsi, la maison du carillonneur se dresse sur le Dyver (probablement au n° 7, actuel Hôtel de Tuilerieën), "avec sa façade noircie, ses hautes fenêtres à petits carreaux, en des châssis de bois, d'un verre verdâtre, couleur du canal qui est en face."

Dans un poème, le Flamand Willem de Mérode (1887-1939) la surnomme "la demeure aux croisées de cristal".

C'est au même endroit que Marcel Matthijs (1899-1964) a situé l'intrigue de son célèbre roman Een spook op zolder. Il est également l'auteur d'un très angoissé Schaduw over Brugge, écrit vers 1940, en pleine tourmente.

 

Quant au héros de Bruges-la-Morte, Rodenbach le fait résider au Quai du Rosaire (Rozenhoedkaai). Regardons-le passer, la mine assombrie :

 

Hugues Viane se disposa à sortir, comme il en avait l'habitude quotidienne à la fin des après-midi. Inoccupé, solitaire, il passait toute la journée dans sa chambre, une vaste pièce au premier étage, dont les fenêtres donnaient sur le quai du Rosaire, au long duquel s'alignait sa maison, mirée dans l'eau.

 

Ce dernier détail donne à entendre que la "Maison espagnole", située à l'angle de la Wollestraat et du Quai du Rosaire, aurait inspiré l'écrivain. D'autant que c'est ici qu'en 1584 Perez de Malvenda dissimula dans un "coffret de plomb" la précieuse relique du Saint-Sang alors que les protestants contrôlaient la ville. Poursuivant l'analogie, signalons que le héros de Bruges-la-Morte conserve la chevelure de sa femme dans une chambre-reliquaire et que la procession du Saint-Sang précipite le dénouement tragique du récit ! Une inscription commémorative rédigée par... Guido Gezelle et scellée dans la façade en 1892, l'année de la parution de Bruges-la-Morte, renforce encore cette séduisante hypothèse.

 

Dans une lettre à son ami Ewald, Rainer Maria Rilke confie son admiration pour une Bruges moins éthérée qu'il ne le pensait à première vue :

 

Cette ville n'est pas que somnolente, douillette et d'un silence de rêve; elle n'est pas moins forte, dure et résistante et il suffit de se rappeler Venise perdue dans la pâleur de ses mirages pour constater combien ici les mirages sont frais et dispos. Certes, la ville a ses heures où elle semble se diluer inéluctablement comme une fresque rongée par la lèpre de l'humidité, mais qui la peindrait dans cet état se verrait réfuté par les jours entiers où elle est là, campée dans ses cases, semblable à l'échiquier, pièce serrant pièce, bien burinée, nette et palpable. Ça et là, les couleurs ont passé, mais le modèle se reconnaît partout et le canevas a la solidité des tissus de Flandre.

 

7. Quai Vert

 

Arrivant au milieu du Quai Vert (Groenerei), après avoir contourné le Marché aux Poissons, Camille Mauclair, auteur du Charme de Bruges, a relaté sa première rencontre, sur un des plus vieux ponts de la ville (XIIIe siècle), avec le jeune Émile Verhaeren, le condisciple de Georges Rodenbach au collège Sainte-Barbe de Gand :

 

C'est là que j'ai eu la chance de le rencontrer pour la première fois. Sur le quai Vert il allait lentement, déjà un peu voûté, le grand Flamand aux longues moustaches blondes, au visage ravagé, aux yeux proéminents, bleus et emplis de rêve, - ces yeux de mystiques qu'on voit si admirablement observés dans les masques de donateurs de Van Eyck. Malade, en grand désir d'apaisement pour ses nerfs surmenés, Verhaeren était venu là calmer un orage d'âme et solliciter l'absoute de la solitude. Notre premier entretien, prélude d'une affection brisée trente années après par la plus affreuse des morts, nous l'avons eu sur le parapet d'un vieux pont. Les feuilles d'automne tombaient autour de nous. Pensifs, nous regardions passer lentement quelques cygnes dans le reflet des pignons du Franc. Et, à mi-voix, Verhaeren scandait des strophes qui semblaient s'en aller au fil de l'eau avec les cygnes et les feuilles et rejoindre le silence sans l'avoir pu troubler.

 

Le poète des Villes tentaculaires qui a largement contribué à faire de la Flandre un thème littéraire a confié quelque part le secret de sa poésie :

 

Bruges, Anvers, Van Eyck, Rubens : le mysticisme et la sensualité ont, au cours de mes jours, formé et développé mon être. Je sens en moi tantôt dormir, tantôt s'éveiller cette double force, et c'est elle qui influença ma vie et mon art.

 

Les canaux de Bruges ont inspiré de splendides poèmes à Georges Rodenbach, tout en prolongements inconscients. Dans L'Eau et les rêves, le philosophe Gaston Bachelard estime que les obsessions du poète aboutissent à l'ophélisation de toute une ville. Le premier article du Figaro que Rodenbach a consacré à Bruges confirme cette analyse. Le parcours initiatique dans la ville idéale se termine par ces mots :

 

Et dans le vaste enclos mystique, on se trouve comme surpris d'être seul à survivre à la mort d'alentour; peu à peu on subit le lent conseil des pierres, et j'imagine qu'une âme saignant d'une cruelle et récente douleur qui aurait marché dans ce silence sortirait de là avec l'ordre des choses de ne plus vivre davantage et, au bord du lac voisin, elle éprouverait ce que disent les fossoyeurs de Shakespeare à propos d'Ophélie : ce n'est pas elle qui irait vers l'eau, mais l'eau viendrait au devant de sa peine !

 

Dix ans après, l'écrivain Stefan Zweig n'a pas résisté à la tentation de comparer les appas de Bruges et de Venise :

 

II est à vrai dire difficile d'imaginer quelque chose d'une beauté plus triste que les canaux de Bruges. Ils offrent une vision saisissante et ils sont émouvants dans leur mutisme. On est bien loin du romantisme bavard des canaux de Venise tout bruissants du glissement des gondoles noires la nuit, avec ses poignards scintillant au clair de lune, ses tribunaux secrets, ses portes dérobées, ses sérénades en des lieux retirés - autant d'accessoires défraîchis caractéristiques des nouvelles qu'on écrivait autour de 1830. Quelques vers de Georges Rodenbach célèbrent d'une façon si parfaite leur beauté mélancolique qu'on se les récite lentement en marchant, comme s'ils étaient la mélodie tapie au sein de ces eaux sombres et ombragées.

 

8. Maison de Fernand Khnopff - Langestraat 1

 

"Ces quais de Bruges, combien, dans ma pensive jeunesse, je les ai suivis, confessés, aimés, - avec des coins que j'étais seul à connaître, à consoler, avec des maisons dont les vitres mortes me regardaient !

Et, dans la prison des quais de pierre, l'eau stagnante des canaux où ne passent plus de navires, ni de barques, où rien ne se reflète que l'immobilité des pignons dont les arches décalquées ont l'air d'escaliers de crêpe qui conduisent jusqu'au fond. Et sur les eaux inanimées, des balcons en surplomb, des rampes de bois, des grilles de jardins incultes, des portes mystérieuses, toute une enfilade de choses confuses et déjetées qui sont accroupies au bord de l'eau, avec des airs de mendier, sous des haillons de feuillage et de lierre qui s'effilochent...". Fernand Khnopff (1858-1921), le célèbre symboliste qui influença Gustav Klimt à ses débuts et qui exécuta le frontispice de Bruges-la-Morte, aurait pu écrire ce texte de Rodenbach, lui qui passa son enfance, de 1860 à 1866, au coin du Sint-Annarei et de la Langestraat (actuel Hôtel ter Reien), les yeux rivés sur le Quai Vert.

"A Bruges (qui était alors une réelle ville morte, ignorée des visiteurs) s'est passée mon enfance dont je conserve précieusement les souvenirs lointains, mais très précis" devait-t-il confier sur le tard. Son père, substitut du Procureur du Roi à Bruges, appartenait à une famille de notables de la ville. Marguerite, la sœur admirée, le modèle favori du peintre, est née ici même. Son frère Georges fréquentait assidûment le cercle de La Jeune Belgique. C'est sans doute lui et Verhaeren qui ont permis le rapprochement entre le poète gantois et Fernand Khnopff. Ce dandy solitaire, dont la devise "On n'a que soi" résume toute une esthétique, sera marqué à jamais par les quais langoureux de Bruges. Pas moins d'une trentaine d'œuvres, exécutées de mémoire ou d'après photographies, ont pour thème sa ville d'enfance. Adulte, il y reviendra à de très rares reprises, calé au fond d'un fiacre, portant des lunettes noires pour ne pas subir les changements apportés à son décor de rêve. Fervent admirateur des préraphaélites (William Morris et Dante Gabriel Rossetti ont visité Bruges), il confiera ce paradoxe apparent : " Je n'ai jamais vu et ne verrai jamais les Memling de Bruges." 1902 marque le début de la grande "période brugeoise" du peintre. Est-ce un hasard ? La même année, la première grande rétrospective consacrée à Memling se tient à l'Hôpital Saint-Jean et attire 35.000 visiteurs, chiffre considérable pour l'époque.

L'origine de l'anglomanie de Fernand Khnopff - il était fort lié à Burne-Jones - est sans doute à rechercher dans son enfance brugeoise : vers 1860, la ville comptait 1.200 Anglais (voir promenade Gezelle).

 

Au milieu du Quai Vert, le promeneur aura peut-être remarqué le pavillon à girouette qui semble veiller l'eau inerte. La maison des Khnopff en possède une réplique. Rodenbach y fait-il allusion en écrivant :

 

Tel canal solitaire, ayant bien renoncé,

Qui rêve au long d'un quai, dans une ville morte,

Où le vent faible à son isolement n'apporte

Qu'un bruit de girouette, en son cristal foncé,

S'exalte d'être seul, ô bonne solitude !

 

Fernand Khnopff, le peintre de "la vie secrète des choses" qui, par un étrange paradoxe, a rêvé toute sa vie de s'affirmer comme peintre monumental, a vraisemblablement servi de modèle à Rodenbach pour le personnage de Bartholomeus, le confident du carillonneur.

Plus récemment, Alan Hollinghurst, auteur de The folding Star, s'attarde longuement sur les agissements d'un peintre symboliste belge. Christian Berg, dans Le Monde de Rodenbach, pense que ce personnage, qui n'a pas de lien direct avec le personnage principal, esthète homosexuel descendu à Bruges pour cultiver ses états d'âme, opérerait une synthèse entre Fernand Khnopff et Hugues Viane, figure centrale de Bruges-la-Morte.

Le musée Groeninge possède le Secret-reflet, une des œuvres les plus énigmatiques de Khnopff.

 

Dans la Langestraat, accordons-nous un répit à la Brasserie De Goudenboom (entrée Verbrand Nieuwland) qui propose la célèbre Blanche de Bruges et la Triple Bruges. Paul Vanneste est sans doute le plus grand brasseur du monde puisqu'il mesure plus de deux mètres !

 

9. Église de Jérusalem

 

Le pèlerin littéraire se rend à l'intérieur de l'église de Jérusalem (on y accède par le Kantcentrum contigu, musée de la dentelle) qui a marqué tous ceux qui l'ont visitée. Dans Bruges-la-Morte, Georges Rodenbach contraint Hugues Viane à s'y rendre pour soigner "ses crises de mysticisme" :

 

C'est là surtout que se dirigeaient, au couchant, les femmes en mante... Il entrait après elles; les nefs étaient basses; une sorte de crypte. Tout au fond, dans cette chapelle édifiée pour l'adoration des plaies du Sauveur, un Christ grandeur nature, un Christ au tombeau, livide sous un linceul de fine dentelle. Les femmes en mante allumaient de petits cierges, puis s'éloignaient à pas glissants. Et les cires saignaient un peu. On aurait dit, dans cette ombre, que c'étaient les stigmates de Jésus, se rouvrant, se reprenant à couler, pour laver les fautes de ceux qui venaient là.

 

Dans le Rouet des Brumes, Georges Rodenbach consacre à la famille Adornes, propriétaire du sanctuaire, un très beau récit intitulé L'Orgueil. Anselme Adornes et ses seize enfants (!) logeaient dans les bâtiments qui jouxtent l'église. La mort du Téméraire précipita la disgrâce de la famille...

Le quartier Sainte-Anne avoisinant avait préservé un mode de vie traditionnel qui s'exprimait en premier lieu par le port de la mante : "Elles sont ensevelies en une grande mante à plis raides dont le capuchon relevé leur cache toute la tête. C'est le costume local : une cloche de drap noir aux balancements mélancoliques, et, là-bas, dans le lointain, on croit entendre agoniser leur marche comme un glas."

 

10. Maison du Dr De Meyer - Sint-Annarei 22

 

Revenant par le Sint-Annarei, on découvre une remarquable demeure rococo du début du XVIIIe siècle. À l'arrière, les jardins donnent sur l'estaminet Vlissinghe (voir promenade Ghelderode). Le docteur De Meyer, important collectionneur d'œuvres d'art, reçut chez lui la famille Rodenbach mais aussi Victor Hugo et Émile Verhaeren.

Le poète et Homme d'État Achiel Van Acker a résidé à l'angle opposé, au 23a, de 1964 à 1975.

 

En ce point de Bruges, les canaux dociles semblent se donner rendez-vous pour quelque secrète féerie.

Dans La Vocation, Rodenbach a décrit les réjouissances auxquelles donnent lieu les canaux gelés, phénomène insolite à Bruges :

 

Il y a une vraie kermesse sur la glace : des échoppes où l'on vend du punch, des crêpes; des enfants qui dansent des rondes en chantant : " Les poissons ont chaud sous le plancher blanc de la glace; nous avons chaud en courant dessus "; et des patineurs arrivés de la Hollande voisine, qui se distinguent par un rythme, une cadence alternée, un tangage harmonieux, un art à balancer le corps, à l'abandonner sur une seule jambe et sur chacune tour à tour, comme d'une barque aux deux flancs d'une vague, selon un flux et un reflux du mouvement. Le patinage, pour les Hollandais, est comme une danse.

 

11. Quai du Miroir

 

Au n° 17, le Quai du Miroir (Spiegelrei) conserve un rare exemple de miroir-espion, singularité qui avait déjà frappé Nerval, Hugo, Baudelaire et Rodenbach.

Dans La Maison du Sang-Sang, Marino Moretti (1885-1979) évoque cette pratique apparemment typique de nos contrées :

 

Au-dessus des fenêtres, un miroir brille : périscope à l'usage de la rue. Puis c'est encore un pont, puis des murs pâles, rongés par le temps et l'eau : clôture de jardinets bas. Dans ces jardinets, le lierre enchevêtré, la glycine inculte émergent à peine du canal... Des miroirs, encore des miroirs ! Chemin faisant, de temps en temps, elle y voit le reflet de son visage et ferme les yeux d'instinct. Ellle a l'impression que la ville la pêche au filet, dans ces miroirs, avec sa peine et son secret, cette ville silencieuse et peut-être cancanière qui met des miroirs à ses fenêtres et reste à l'intérieur, limitant sa curiosité au jeu véridique et muet des reflets.

 

Le peintre Henri Le Sidaner (1862-1939) a résidé queques temps au bord de ce canal idyllique. De son séjour, il a rapporté des dizaines de motifs qui égrènent un long chapelet dans une ville propice aux songeries impressionnistes. Ses confrères Seurat, Pissarro, Gauguin et Toulouse-Loutrec ont également découvert la palette nuancée qui sommeillait dans la perle du Nord.

 

12. Jan Van Eyckplein 8 - inscription commémorative

 

Au bout du Quai du Miroir, le n° 8 de la Jan Van Eyckplein fut la première bâtisse rénovée avec les subsides de la ville. Elle abritait le siège de l'association Les Amis de Bruges présidée par le Docteur De Winter, intime de Michel de Ghelderode. En 1948, une plaque commémorative en l'honneur de Georges Rodenbach (mais aux frais de la famille) a été apposée sur la façade. Était présent, sous un méchant crachin, Constantin Rodenbach, le fils du poète (Mallarmé a composé plusieurs pièces de circonstance pour l'enfant que les milieux littéraires parisiens surnommaient... Tintin). L'inscription reprend le premier vers d'un texte majeur (on ne sait pour quelle raison, la plaque semble avoir été enlevée récemment). Pour la première fois, un écrivain s'identifie totalement à la ville élue, au point d'y voir une simple projection de sa sensibilité :

 

O ville, toi ma sœur à qui je suis pareil,

Ville déchue, en proie aux cloches, tous les deux

Nous ne connaissons plus les vaisseaux hasardeux

Tendant comme des seins leurs voiles au soleil,

Comme des seins gonflés par l'amour de la mer.

Nous sommes tous les deux la ville en deuil qui dort

Et n'a plus de vaisseaux parmi son port amer,

Les vaisseaux qui jadis y miraient leurs flancs d'or;

Plus de bruits, de reflets... Les glaives des roseaux

Ont un air de tenir prisonnières les eaux,

Les eaux vides, les eaux veuves, où le vent seul

Circule comme pour les étendre en linceul...

Nous sommes tous les deux la tristesse d'un port :

Toi, ville ! toi ma sœur douloureuse qui n'as

Que du silence et le regret des anciens mâts;

Moi, dont la vie aussi n'est qu'un grand canal mort !

 

13. Le Journal de Bruges - Woensdagmarkt

 

À deux pas se trouve le Woensdagmarkt (Marché du Mercredi). En chemin, dans la Genthof, on admirera une authentique façade en bois du XVIe siècle. Fernand Khnopff a représenté cette place isolée dans l'intrigant pastel La Ville abandonnée. Annonçant la subversion des images chères à Magritte, il évacue Memling de son socle et représente les flots... léchant le couvent des Sœurs noires (à moins que ce ne soit la mer qui se retire "comme un grand amour").

P. Christian et Caroline Popp animaient Le Journal de Bruges au n° 1 de cette même place. Caroline Popp (1808-1891), née à Binche, était tombée amoureuse de la ville médiévale. Cette figure importante du libéralisme en Flandre occidentale a défendu dans ses articles des idées de progrès qui couvraient des notions aussi diverses que la promotion des chemins de fer ou la suppression des octrois. Elle s'est également préoccupée de mieux faire connaître le littoral belge. C'est encore elle qui soutint le développement de Blankenberghe et qui découvrit la beauté du Coq. Caroline Popp encouragea les débuts de Georges Rodenbach et d'Émile Verhaeren qui animaient de leur plume malicieuse de petites revues balnéaires. Pendant l'été 1884, Rodenbach a même logé chez elle.

En 1867, grâce aux relations de Caroline Popp, Charles De Coster (1827-1879) a donné à Bruges une conférence sur Cornelis Adriaensen, prédicateur du XVIe siècle sévissant au couvent des Frères Mineurs. Ce bon père aimait confesser puis flageller les belles Brugeoises qui prenaient un peu trop de plaisir à remplir leurs devoirs conjugaux ! Le romancier a situé ici-même un épisode de sa Légende d'Ulenspiegel :

 

Passant par Bruges sur le marché du mercredi, il y vit une femme promenée par le bourreau et ses valets, et une grande foule d'autres femmes criant et hurlant autour d'elle mille sales injures. Ulenspiegel, lui voyant le haut de la robe garni de morceaux d'étoffe rouge, et portant au cou la pierre de justice, avec ses chaînes de fer, vit que c'était une femme qui avait vendu à son profit les corps jeunes et frais de ses filles; on lui dit qu'elle se nommait Barbe, était mariée à Jason Darue et allait dans ce costume être promenée de place en place jusqu'à ce qu'elle revînt au Grand-Marché, où elle serait mise sur un échafaud déjà dressé pour elle. Ulenspiegel la suivit avec la foule du peuple vociférant. Revenue au Grand-Marché, elle fut placée sur l'échafaud, liée à un poteau, et le bourreau mit devant elle un paquet d'herbes et un morceau de terre désignant la fosse. On dit aussi à Ulenspiegel qu'elle avait été fouettée auparavant dans la prison.

 

Ghelderode a écrit plusieurs articles pour Le Journal de Bruges, titre qui disparut après-guerre.


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