Georges Rodenbach

Promenade Georges Rodenbach à Bruges. 1/4

Extrait de « Sur les pas des écrivains à Bruges », Ed. de l'Octogone, Bruxelles, 1999.












 

Si Bruges est devenue un des endroits les plus visités d'Europe, c'est un peu à Georges Rodenbach qu'elle le doit... Et pourtant l'auteur de Bruges-la-Morte n'a jamais vécu dans la ville dont il a assuré la renommée littéraire. À ceci près que son grand-père y avait pignon sur rue et que son père est né à deux pas du beffroi...

 

En plein midi, j'ai quelquefois traversé six rues sans voir deux hommes.

Hippolyte Taine.

 

Bruges la Morte, comme on dit jusqu'à dix-huit ans.

Pierre Mac Orlan.

 

L'infini supplément d'âme des villes traversées de canaux.

Marcel Proust.

 

Dans chaque touriste flânant le long des canaux de Bruges, il y a un peu de Rodenbach qui sommeille.

François Vermeulen.

 

Le gris du ciel du Nord dans mon âme est resté.

 

Les rêves sont les clés pour sortir de nous-mêmes.

Georges Rodenbach.

 

Tournaisien de naissance, Georges Rodenbach (1855-1898) passe une enfance morose à Gand où il s'initie à la poésie des canaux, des beffrois et d'un moyen âge idéal... Son cousin n'est autre que le poète nationaliste flamand Albrecht Rodenbach (1856-1880).

Après de brillantes études de droit, le dandy Georges Rodenbach s'installe à Bruxelles où, avec Max Waller, il enflamme La Jeune Belgique. La revue d'avant-garde s'est donné pour mission de traquer les "vieilles perruques de la Littérature".

Monté à Paris en 1888, Georges Rodenbach (et Bruges, serait-on tenté de dire) devient célèbre du jour au lendemain grâce à Bruges-la-Morte (1892) publié tour à tour dans Le Figaro et dans Le Journal de Bruges. En un siècle, le roman a fait l'objet d'adaptations dans tous les domaines artistiques. Retenons en particulier l'opéra de Korngold, Die tote Stadt.

Selon Ana Gonzalez Salvador, Vertigo (Sueurs froides), le célèbre film d'Alfred Hitchcock, serait un démarquage de Bruges-la-Morte.

Le récit conte l'histoire d'Hugues Viane, homme faible et névrosé, veuf inconsolable, qui s'est fixé au Quai du Rosaire. Il y mène avec Barbe, sa pieuse servante, une vie calme et retirée, cultivant soigneusement sa douleur et ses souvenirs. Ce n'est pas au hasard qu'il a choisi cette ville. Personnage principal et omniprésent, Bruges s'associe à son chagrin, s'assimile même à l'épouse morte. Un soir, sortant de Notre-Dame, Hugues rencontre une jeune femme dont la ressemblance avec la défunte le frappe de stupeur. Une liaison s'ensuivra au grand scandale d'une cité moralisante. Le récit se termine en tragédie sur fond de Procession du Saint-Sang.

Stéphane Mallarmé, qui le reçoit rue de Rome, Alphonse Daudet, Auguste Rodin et le jeune Marcel Proust, comptent parmi les inconditionnels du poète.

Malade depuis de longues années, Georges Rodenbach trouve encore la force d'écrire Le Carillonneur (1897) que le succès de Bruges-la-Morte continue d'occulter de nos jours. Le soir de Noël 1898, le poète meurt à 43 ans d'une banale appendicite. Le chantre de Bruges est inhumé au Père-Lachaise.

Bruges-la-Morte figure au programme d'agrégation des Lettres... en France.

 

Très vite, un comité Rodenbach, sous la conduite d'Émile Verhaeren, propose à la ville de Bruges un monument pour honorer la mémoire du poète. Le nom d'Auguste Rodin est cité. Mais certains milieux catholiques brugeois mènent une campagne sournoise et farouche. Le poète Guido Gezelle (1830-1899) rejoint les opposants. Ceux-ci ne voient en Rodenbach qu'un "fransquillon", un "décadent" qui décrit la ville et ses habitants "sous un jour faux et maladif " dans l'unique but de mieux séduire son public parisien.

De guerre lasse, le comité se tournera vers Gand et le sculpteur Georges Minne.

 

Si Georges Rodenbach n'a pas suscité l'École de Bruges dont il rêvait (ses "disciples" diront plus tard que le Maître avait "tout glané sur son passage"), son œuvre a profondément marqué quelques écrivains majeurs de ce siècle. Pensons à Mort à Venise de Thomas Mann qui reprend le thème de la ville délétère et envoûtante, aux Neue Gedichte de Rainer Maria Rilke, à l'École crépusculaire italienne, (Lionello Fiumi et Marino Moretti), à l'univers de Ghelderode. Dans son adolescence, Constantin Cavafys, le poète d'Alexandrie, a traduit des poèmes de Rodenbach. Plus étonnant encore, Yukio Mishima, peu avant son suicide spectaculaire, aurait achevé la relecture de Bruges-la-Morte.

Dans les années trente, Maxence Van der Meersch a écrit Maria, fille de Flandre, qui reprend la plupart des thèmes favoris de Rodenbach.



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