Georges Rodenbach
Georges Rodenbach et La vie parisienne...











« Emile Verhaeren et Stéphane Mallarmé, deux amitiés indéfectibles »

Emile Verhaeren. Ph. Ch. Bernier.Archives & Musée de la Littérature. Repro. N. Hellyn.

Emile Verhaeren. Ph. Ch. Bernier.
Archives & Musée de la Littérature. Repro. N. Hellyn.


J'entendais dire : Bruges-la-Morte n'est point le vrai Bruges que les voyageurs rencontrent en débarquant là-bas.
On ne peut, me semble-t-il, blâmer Rodenbach de n'être point photographe à la manière de Joanne et de Baedeker. Si la réalité brutale diffère de la réalité artistique, tant mieux !...
Bruges fut chantée par Rodenbach parce que, parmi toutes les villes de la terre, il la croyait le mieux d'accord avec sa mélancolie. Il lui importait peu d'être exact, il lui importait beaucoup d'être ému. Son livre est une peinture attendrie et pieuse. Des églises, des places, des palais, des canaux, des quais, des étangs, des ponts de Bruges, il avait la nostalgie, il la communiqua au public.

Emile Verhaeren.

 


Stéphane Mallarmé par Dornac.Repro. Studio Photo Wellens.

Stéphane Mallarmé par Dornac.
Repro. Studio Photo Wellens.



M. Rodenbach est un des plus absolus et des plus précieux artistes que je sache. Son art est un art à la fois subtil et précis.
Je le compare aux dentelles et aux orfèvreries des Flandres, où la délicatesse du point, l'extrême complication des motifs apparaissent nettement grâce au fini du travail, - sont, de par l'habileté de l'artisan, de dessin délié et irréprochable.

Stéphane Mallarmé




« Georges Rodenbach et La vie parisienne, à partir de 1888 »

Georges Rodenbach décoré de la légion d'honneur (1894)Archives & Musée de la Littérature. Repro. N. Hellyn.

Georges Rodenbach décoré de la légion d'honneur (1894)
Archives & Musée de la Littérature. Repro. N. Hellyn.

M. Rodenbach était pour moi un objet de sympathie, d'admiration extrêmement vive.

Marcel Proust.


 

M. Rodenbach, pour moi, c'est presque le seul poète, oui, le seul poète vraiment original d'à présent. Il est parvenu à rendre ce que beaucoup ressentent, mais n'expriment point : l'âme des choses L'âme plutôt triste, dolente. C'est l'atmosphère de ses chambres, des meubles anciens, des étoffes fanées, la vie, l'intimité de la maison qui nous aime, captée comme au reflet des miroirs. Il y a ensuite ses villes flamandes, avec toute la poésie de leur catholicisme du Nord; Bruges, qu'il a décrite, dont il a rendu l'impression poignante de désuétude. J'y ai séjourné. On subit forcément l'impression du milieu; mais traduire cela, c'est l'insaisissable. Rodenbach y est arrivé; c'est là qu'il est personnel; c'est par l'expression du vague, de l'ambiance, de l'âme des choses.

Edmond de Goncourt



Georges Rodenbach par Nadar.Archives & Musée de la Littérature.Repro. N. Hellyn.

Georges Rodenbach par Nadar.
Archives & Musée de la Littérature.
Repro. N. Hellyn.


De la gaîté douce, du comique léger, de la parole joliment malicieuse et de l'entrain communicatif, qui fait tout le monde causant autour de lui : ce sont les qualités de la conversation de Rodenbach. [...]

Aujourd'hui, Rodenbach parle ingénieusement de la page imprimée du livre, qui, avec les combinaisons des interlignes, des à-la-lignes, de l'italique, des capitales, etc., etc., est arrivée à l'arrangement artistique etc, comme il le dit, à l'orchestration de l'affiche. [...]

Au dîner chez Frantz Jourdain, Mme Rodenbach m'apprenait que Bruges était la ville où on comptait le plus de toqués et que ces toquades des cerveaux des autochtones étaient attribuées au silence de cette ville restée moyenâgeuse. [...]

On cause dynamite, on cause moyens de destruction et moyens de défense des êtres et des choses, et j'apprends une chose assez ignorée, c'est que le musée d'Anvers, ville dont la destination est d'être bombardée (sic), a des murs pouvant rentrer sous terre, avec les tableaux qui y sont accrochées. [...]

Puis la conversation s'élève. Il est question de la guerre, qu'avec les sentiments des générations nouvelles de tous les pays, Rodenbach affirme devoir disparaître un jour [...]

Journal des Goncourt, Robert Laffont.
Extraits qui n'ont pas de lien direct entre eux.


 

Rodenbach passe à des anecdotes sur Rops et raconte qu'en Belgique, un mari, fait un certain nombre de fois cocu, avait tué sa femme, à la suite de quoi un tas de correspondances amoureuses avaient été produites par le défenseur du mari. Parmi ces correspondances, une des plus vives était signées : Féli. Or ce Féli, c'était Félicien Rops, et l'avocat si bien exploita le sadisme des lettres de l'infâme Féli que son client fut seulement condamné à dix ans de prison. Et l'avocat avait mis une telle notoriété mauvaise autour du nom du signataire des lettres que Rops quitta Paris, se rendit à Bruxelles, annonça à Picard qu'il venait avec l'intention d'envoyer des témoins à la canaille d'avocat. Mais le soir, il alla au spectacle, apprit là que l' avocat était une fine lame, rentra chez Picard, en disant : « Demain, je repars pour Paris...! je me suis assez montré.».

Journal des Goncourt, Robert Laffont.


Georges Rodenbach en dandy.Archives & Musée de la Littérature.Repro. N. Hellyn.

Georges Rodenbach en dandy.
Archives & Musée de la Littérature.
Repro. N. Hellyn.


Il attribue à l'isolement qu'on ressent à Paris, le développement des facultés d'un artiste. Là seulement on est vraiment seul au milieu de cette grande foule. Là on s'entend vibrer, on écoute son âme. Il a éprouvé, lui aussi, après y avoir été comme avocat, cette profonde attirance et la nostalgie de la Ville Lumière. On est bien seul, on n'est distrait par personne, on ne doit pas faire de visites, on ne connaît personne, et la réflexion intérieure se développe. [...]

Henri Evenepoel, Lettres à mon père (1892-1899).
Ed. Musées Royaux des Beaux-Arts, 1994.


 

Rodenbach n'aime pas la campagne; elle a sur lui une forte impression (je parlais de la Campine), elle l'empêche de produire, elle le tue, le désespère, sa mélancolie s'exaspère et l'anéantit.

Il est cependant, il le sent, des endroits où son cerveau s' esseulerait et où il pourrait parvenir à produire et à suivre ses pensées à loisir, comme en prison, par exemple. Quant à la campagne, il ajoute que peut-être bien sont-ce ses souvenirs de collège et d'enfance qui sont cause de sa répulsion, ces années où, avec les jésuites, on allait se promener tous les dimanches dans de mornes banlieues, les prêtres vous traquant comme des chiens autour d'un troupeau de moutons

Henri Evenepoel, Lettres à mon père (1896-1899).
Ed. Musées Royaux des Beaux-Arts, 1994.




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