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Constantin Rodenbach, le
grand-père.
Archives & Musée de la Littérature. Repro.
A. Piemme
Constantin, le père de Georges
Rodenbach.
Archives & Musée de la Littérature. Repro.
N. Hellyn.
Il y a de l'atavisme dans les oeuvres et
l'hérédité ici aussi explique mon amour
pour cette Bruges admirable, que je serais heureux d'avoir
assurée d'un peu de gloire auprès des esprits
artistes de la France.
Georges Rodenbach - Lettre à Arthur
Daxhelet.
Georges Rodenbach enfant
Archives & Musée de la Littérature. Repro.
N. Hellyn.
Douceur de se revoir soi-même enfant
Dans la vieille maison aux pierres trop noircies
Dont le pignon est en forme de mitre;
Douceur de retrouver sa figure amincie
D'enfant pensif, le front aux vitres.
On se revoit l'enfant qu'on fût
Et qui écoutait
Les lointains angélus
Et qui regardait
L'eau que les reflets ont nacrée -
Et les bateaux que nulle aventure ne grée.
La Jeunesse blanche.
C'est là (ndr : chez les Jésuites à
Gand) que mon âme toute jeune s'est déprise de
la vie pour avoir trop appris la mort. C'est elle que les
prêtres qui furent nos maîtres installaient
parmi nous à la rentrée.
Surtout au temps de la retraite annuelle, qui avait lieu
quelques jours après la rentrée d'octobre,
[...] le prêtre, en chaire, nous tenait des
discours lugubres et véhéments sur la
brièveté de la vie, la mort inévitable,
l'horreur du péché...
Le Rouet des brumes.
L'animateur de la revue littéraire
La Jeune Belgique.
Archives & Musée de la Littérature. Repro.
N. Hellyn.
Ce Rodenbach d'alors, cordial, d'élan si
emporté et jeune, avec sa voix de cuivre clair !
Aucun rire n'était plus franc que le sien ; il avait
la gaîté, la candeur, la foi. Un sang vif, aux
heures chaudes, rosissait son profil busqué de jeune
bélier aux yeux fleur de lin, sous une chevelure
d'astrakan blond.
Camille Lemonnier, La Vie
belge.
Tu ne saurais croire combien j'étais
excédé de vivre là-bas dans ce cloaque
à cancans, à petites misères, à
petites bassesses. Ici, c'est la mer, et des crachats on
s'en lave vite.
Lettre de Georges Rodenbach à Camille
Lemonnier
peu après son départ de Bruxelles, 1888.
Georges et Anna Rodenbach
Archives & Musée de la Littérature. Repro.
N. Hellyn
Portrait de Madame Georges Rodenbach (1897) par Albert Besnard (1849-1934) Musée des Beaux-Arts, Toulon
Georges Rodenbach par
Lévy-Dhurmer,
Musée d'Orsay.
Repro. RMP.
Avec sa verve, [Marguerite Moreno] brossait un
portrait de Rodenbach bien différent de celui de
Lévy-Dhurmer. Un Rodenbach jovial, gourmet et
dégustateur de vins.
Charles Oulmont.
Amorcée dès 1877, la campagne en faveur de
Bruges-Port-de-Mer, l'actuel Zeebruges, aboutit au Parlement
en 1895. L'inauguration officielle du port eut lieu en 1907.
Lors de la représentation du Voile à la
Comédie-Française (1894), Marguerite Moreno a
rapporté une anecdote qui en dit long sur la
détermination de Rodenbach à faire
échouer le projet de Bruges-Port-de-Mer :
Léopold II, qui venait d'assister à la
pièce « fit appeler Rodenbach dans
l'avant-scène qu'il occupait, et le félicita
en souverain et en compatriote :
- Je suis heureux, lui dit-il, de votre beau succès,
auquel j'applaudis de tout cur. Et d'ailleurs, je sais
que vous êtes l'auteur d'un très beau livre,
Bruges-la-Morte. Eh bien, soyez tranquille, ce ne sera pas
longtemps Bruges-la-Morte : nous allons mettre des tramways
et de la vie là dedans...»
A ces mots, Rodenbach partit en claquant la porte !
Souvenirs de l'actrice Marguerite Moreno.
Un Parisien nostalgique de la
Flandre.
De la même manière, un amant, qui est
poète, ne fait des vers qu'après l'amour, la
rupture venue. Tel Musset, écrivant ses Nuits,
à la suite de la trahison de Georges Sand.
Auparavant, on vit l'amour. Après, on le songe, on le
regrette; et c'est ici que l'art commence...
Les écrivains de petite patrie obéissent au
même phénomène quand ils ont besoin,
pour la transposer en art, de la quitter et s'assignent le
recul fécond, l'exil fiévreux de Paris afin de
la bien exprimer, toute ressemblante encore
qu'idéalisée par l'embellie et le lunaire
éclairage de l'absence.
Nous-même, n'en avons-nous pas fait la personnelle
expérience ? C'est après avoir
délaissé notre Flandre natale, notre Flandre
d'enfance et d'adolescence pour venir définitivement
nous fixer à Paris, que nous nous mîmes
à écrire des vers et des proses qui en
étaient le rappel.
Et maintenant, nous avons plaisir, parfois, à
reconstituer la manigance, à recomposer comment
l'événement advint et la soudaine orientation
de nos rêves d'art à ne plus évoquer que
cette Flandre.
Qui peut se vanter d'échapper au mal du pays ?
L'absence a des philtres subtils. D'autant plus que le pays
est aussi le passé, les chambres de l'enfance
où dorment, dans les miroirs, les visages
d'aïeules mortes, où fume la cassolette d'encens
de la première ferveur.
Ainsi les souvenirs d'enfance, si obstinés et si
attendrissants reviennent avec ceux du pays. On croyait
pouvoir oublier facilement son pays, on ne peut pas oublier
son enfance. Et parfois, dans la vacuité du dimanche
parisien, il nous semblait nous revoir, tout petit, dans une
ville plus morte. Les cloches qu'on n'entend pas ici, les
jours ordinaires, à cause de la rumeur des passants,
du fracas des voitures, arrivaient distinctes, cette fois
encore un peu vagues et comme exténuées
d'absence. N'étaient-ce pas les cloches du
passé cheminant jusqu'à nous du bout de
l'horizon ? Son récupéré des cloches
flamandes, tristesse des cloches de cette Bruges-la-Morte
originelle qui, à la même heure, tintaient
pareillement ! Et soudain toute la ville s'évoquait :
les rues noyées de brume en ce dimanche odieux, de
rares passants, quelques béguines rapides s'en venant
d'un salut de paroisse, les maisons à pignons, les
quais déserts, les tours enguirlandées d'un
vol de corneilles noires, les fumées incolores
au-dessus des toits, les canaux dont l'eau inerte s'orne de
beaux reflets, vie somnambulique et sous-marine, maquillage
délayé des Ophélies ! Alors, tel que
Vamireh1 gravant la renoncule
cueillie, c'est-à-dire presque quittée; tel
que la fille de Dibutade arrêtant le profil du
fiancé parti, nous nous mîmes comme
machinalement à tracer des mots, des rythmes, des
images, des livres qui fussent la ressemblance de la petite
patrie, cette petite patrie de la Flandre que nous n'avons
recréée et ressuscitée pour nous, dans
le mensonge de l'art, qu'à cause
précisément du recul et de la nostalgie de
Paris.
C'est ainsi. On n'aime bien que ce qu'on n'a plus. Le propre
d'un art un peu noble, c'est le rêve, et ce rêve
ne va qu'à ce qui est loin, absent, disparu, hors
d'atteinte. Pour bien aimer sa petite patrie, - car il faut
qu'on aime ce qu'on va traduire en art, - le mieux est qu'on
s'en éloigne, qu'on s'en exile à jamais, qu'on
la perde dans la vaste absorption de Paris, afin qu'elle
soit lointaine au point d'en sembler morte. Car il n'y a que
les morts qu'on aime vraiment d'un invariable amour, anobli
par l'absence éternelle, sans plus ni heurts, ni
tiédeur, ni malentendus. Il n'y a que les morts qu'on
puisse aimer toujours. [...]
Evocations, Petites
patries
1 Ouvrage
des Frères Rosny.
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