Georges Rodenbach








On ne peut, me semble-t-il, blâmer Rodenbach de n'être point photographe à la manière de Joanne et de Baedeker. Si la réalité brutale diffère de la réalité artistique, tant mieux !...
Bruges fut chantée par Rodenbach parce que, parmi toutes les villes de la terre, il la croyait le mieux d'accord avec sa mélancolie. Il lui importait peu d'être exact, il lui importait beaucoup d'être ému.
Son livre est une peinture attendrie et pieuse. Des églises, des places, des palais, des canaux, des quais, des étangs, des ponts de Bruges, il avait la nostalgie, il la communiqua au public. L'histoire d'amour qu'il y développa ne sert de prétexte qu'à lui rappeler la douce et impérieuse domination du silence, le repos de choses calmantes et vieilles, la vie aisée et ouatée des béguinages. Bruges est, comme il le dit lui-même, le principal personnage du livre et rien n'explique mieux le roman et rien ne renseigne mieux sur le poète lui-même... Dans Bruges-la-Morte et Le Carillonneur, on conserve, après lecture, le souvenir d'une Flandre nouvelle, d'une Flandre belle et triste comme un reliquaire, d'une Flandre sur laquelle volaient, comme une nuée d'anges blancs, les esprits de Memling, de Van der Weyden, de Juste de Gand et de Pierre Christus. Au XVe siècle, cette Flandre vivait de toute son âme. Georges Rodenbach en a recueilli, en notre temps, le dernier soupir. Et la voici morte, à côté de celle qui vit toujours, et de siècle en siècle ressuscite. Je veux dire la Flandre des Van Eyck, de Rubens, de Jordaens, de Leys, de Louis Artan, et de Constantin Meunier. Celle-là, loin d'être trépassée, exige à cette heure si impérieusement sa place au soleil, qu'on est quelque peu inquiet de ses exigences et de ses revendications bruyantes. [sic]




Emile Verhaeren à propos de Bruges-la-Morte



M. Rodenbach était pour moi un objet de sympathie, d'admiration extrêmement vive.




Marcel Proust



Oui, c'est à Georges Rodenbach, il sied de le proclamer, que Bruges doit la sorte de résurrection qui est sa survie. Il l'a proclamée morte, et de ce mot, l'a recréée en cette sorte de lapidaire nirvânâ qui est l'immortalité de l'âme des pierres. Quel fut le salaire de ce rachat ?



Robert de Montesquiou




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