Georges Rodenbach








M. Rodenbach, pour moi, c'est presque le seul poète, oui, le seul poète vraiment original d'à présent. Il est parvenu à rendre ce que beaucoup ressentent, mais n'expriment point : l'âme des choses L'âme plutôt triste, dolente. C'est l'atmosphère de ses chambres, des meubles anciens, des étoffes fanées, la vie, l'intimité de la maison qui nous aime, captée comme au reflet des miroirs. Il y a ensuite ses villes flamandes, avec toute la poésie de leur catholicisme du Nord; Bruges, qu'il a décrite, dont il a rendu l'impression poigante de désuétude. J'y ai séjourné. On subit forcément l'impression du milieu; mais traduire cela, c'est l'insaisissable. Rodenbach y est arrivé; c'est là qu'il est personnel; c'est par l'expression du vague,de l'ambiance, de l'âme des choses.



Edmond de Goncourt





Le vieil axiome du père Gautier sur les écrivains qui doivent, qui peuvent rendre avec des mots, s'ils sont réellement écrivains, l'inexprimable, se vérifie nettement, fermement, dans vos livres où tout le ténu, tout le fugitif, tout l'intangible nous apparaît, surpris que ces sensations puissent être précisées et fixées dans le moule définitif d'un vers.




Joris-Karl Huysmans





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