Les Vikings

Les origines.

Contrairement à la réputation que leur firent les chroniqueurs médiévaux, qui les nommaient Normands (" hommes du Nord "), les Vikings étaient porteurs d'une civilisation millénaire qui s'exprimait dans des structures sociales et politiques originales, dans un art évolué, une écriture à base de runes, et une compétence technique remarquable pour ce qui concernait leurs bateaux. Quant à la mythologie, elle fut consignée dans l'Edda, du Xe au XIe siècle. Les épopées nordiques, ou sagas,rédigées au XIIIe siècle, ont décrit les mœurs et la conception de la vie des Vikings.

Peuples de Scandinavie, pratiquant le commerce maritime, qui entreprirent de nombreux raids sur l'ouest de l'Europe dès la fin du VIIIe siècle, s'installant notamment en Frise, en Angleterre, en Irlande, en Normandie, en Islande, et atteignant même le Groenland et le Labrador (Canada).

Les origines de la conquête.

L'étymologie du mot viking n'est pas établie. Du Ve au VIIIe siècle, c'est-à-dire à l'époque de l'invasion de l'île de Brittania par les Angles, les Jutes et les Saxons, les Vikings apparaissent rarement dans les sources occidentales. L'expansion scandinave ne se produisit que plus tard, et débuta avec la mise à sac d'Iona, en 793. Elle devait durer plus de deux siècles.

On a beaucoup discuté de causes de ce brusque déferlement. Elles semblent avoir été multiples, et incluent un surcroît de population que la faible surface des terres arables en Scandinavie ne suffisait plus à nourrir, ainsi que le refus des petits chefs de se soumettre à l'autorité croissante des rois qui se partageaient la Scandinavie.
La piraterie constitue une tradition pour les envahisseurs. Cependant, ce peuple, piégé entre montagnes et mer, n'a d'autres desseins que de coloniser — plutôt que de piller — les terres qu'ils occupent.

Les navires et la navigation.
 
La facilité apparente avec laquelle les hommes du Nord sillonnèrent les mers n'a cessé d'étonner, jusqu'au jour où des fouilles nous ont restitué des modèles de leurs bateaux en assez bon état, qu'on a pu restaurer sans peine.
Au VIIIe siècle, les Vikings mettent au point de robustes vaisseaux permettant de traverser d'une traite la mer du Nord. Excellents marins, ils maîtrisent le système des latitudes, réussissant ainsi à fixer leur route grâce à des repères terrestres et à l'observation des astres. 
Ils disposaient aussi du landnamabok, sorte de précis de navigation où étaient portées toutes les observations utiles sur les constellations, les vents, les côtes, etc.
Le bateau viking permet à la fois la navigation fluviale (le tirant d'eau du bateau de Gokstad, qui mesure 23 m de long, n'est que de 95 cm) et hauturière (la souplesse de l'ensemble permet au bateau de ne pas affronter d'un coup la lame). Il se déplace au moyen de rames, que l'on peut rentrer dans l'embarcation, mais aussi grâce au vent (le mât haut de 10 à 13 m, est fixéà la coque par un dispositif qui lui confère de l'élasticité, et il porte une voile rectangulaire environ deux fois plus large que le bateau). Ainsi, les Vikings pouvaient se déplacer quel que soit le temps.
En 1957, on a découvert à Roskilde, au Danemark, deux sortes différentes de bateaux de guerre et trois de cargos. La plus belle pièce, le knarr, a 18 mètres de long. Pontéà l'avant et à l'arrière, pour recevoir un équipage de 40 à 70 hommes, il garde toute sa profondeur au centre pour le logement de chevaux et de marchandises, mais pas en grandes quantités cependant, ce qui explique l'intérêt des Vikings pour les trésors des églises et des abbayes, peu encombrants en comparaison de leur valeur. La largeur de ces bateaux, effilés aux extrémités, était de 3 à 5 m, selon la longueur, ce qui assurait à la fois leur logeabilité et leur stabilité. On les appelle souvent par erreur drakkars, sans doute à cause de la tête de dragon que portait parfois la proue de ces bateaux. Mais le terme est inconnu en vieux-norrois, la langue des Vikings.

Les Vikings à la conquête de l'Europe.
 
Les Vikings attaquent Lindisfarne, en Écosse, en 793, l'île d'Iona avec son monastère fondé en 563 par saint Colomba, Lambey Island, en Irlande, en 795 ; ils apparaissent sur la Loire en 819. 
L'offensive devient générale, de la Somme à la Garonne, vers 830-850, mais aussi dans les îles britanniques. Ainsi, en 832, Thorgestr entreprit la conquête de l'Irlande. En 845, il avait conquis la moitié de l'île et fondé des villes nouvelles : Limerick, Cork, Wexford, Dublin.
Les Normands apparaissent sur la Seine en 835. Ils remontent bientôt le fleuve et, à partir de 845, ils multiplient leurs attaques sur Paris, le Vexin, le Beauvaisis et Chartres. Les Vikings lancent désormais leurs raids à partir de bases comme celles de Quentovic, au sud de Boulogne, ou de Noirmoutier, d'où ils saccagent Nantes. 
En 844, ils sont au Portugal, en Andalousie. En 859, ils s'emparent de Luna, près de Pise. Dans le Nord, ils occupent la Frise (les Pays-Bas) et pillent Hambourg. 
Enfin, la grande invasion de 865, au cours de laquelle sont dévastées Canterbury, Londres, Winchester, entraîne la ruine de plusieurs royaumes anglo-saxons ; seul Alfred le Grand parvient à sauver le royaume de Wessex, grâce à sa victoire à Edington (878). 
Une pareille expansion n'avait été possible, quelle qu'ait été l'audace des conquérants, que grâce à leur supériorité militaire : les Vikings avaient en effet pour eux la possibilité d'attaquer par surprise, en s'assurant une supériorité numérique momentanée sur le point choisi, grâce à leur grande mobilité sur mer. Ainsi les invasions des Vikings favorisent-elles la constitution de pouvoirs locaux, plus aptes à réagir rapidement que les armées royales. Elles furent donc l'un des facteurs d'émergence de la féodalité. 
Cependant, des réactions puissantes contre leurs exactions étaient inévitables. Repoussés d'Anjou par Robert le Fort, en 866, les Vikings parviennent cependant à s'installer dans les basses vallées de la Loire et de la Seine. Défaits devant Chartres qu'ils assiègent, les Vikings obtiennent toutefois un territoire, dès lors appelé Normandie, confié au chef normand Rollon par le roi des Francs Charles III le Simple (traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911). Il règle ainsi la question des invasions vikings. En échange de la Normandie, Rollon rend en effet hommage au roi et défend son territoire contre les Vikings eux-mêmes. En outre, il se convertit au christianisme dès 912.
 
De leur côté, les Varègues (venus de Suède) avaient pénétré dans les pays baltes et slaves, et fondé la ville de Novgorod, en 860. 
Surtout marchands, ils échangeaient les fourrures, l'ambre, l'ivoire du Nord contre les produits les plus divers des civilisations orientales. Helgi (Oleg) établit à Kiev, en 882, la capitale d'un rudiment d'État qui deviendra la Russie.

Enfin, l'expansion des Vikings s'exerce également vers l'ouest : après avoir conquis les îles Féroé (vers 800), ils s'emparent de l'Islande (870) et du Groenland (982), et s'installent au début du XIe siècle sur les côtes de Terre-Neuve et à l'embouchure du Saint-Laurent.

L'apogée et le déclin.

Refoulés de Bretagne (936-939) et d'Irlande (bataille de Clontarf, 1014), les Vikings réussissent à se maintenir dans le nord-est de l'Angleterre, où leurs lois s'appliquent à un vaste territoire qui va de la Tamise à York, le Danelaw. Puis, profitant de la faiblesse du roi Ethelred, le Danois Sven Ier fait la conquête méthodique de l'Angleterre de 1004 à 1014. Son successeur, Knut le Grand, se fait reconnaître roi d'Angleterre, du Danemark, de Norvège et d'une partie de la Suède (1017/1035). Son règne représente l'apogée de la puissance danoise. 
Dès 1042, le roi saxon Édouard le Confesseur parvient à chasser les Danois d'Angleterre.

C'est finalement en Normandie que la présence scandinave se révèle la plus solide. Les noms de personnes et de lieux témoignent de l'implantation des Vikings dans la région. Cependant, dès le début du XIe siècle, le duché de Normandie est devenu une principauté féodale dont les maîtres ont adopté le christianisme et la civilisation française. Comparer aux expéditions des VIIIe et IXe siècles la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant (1066) ou l'installation d'aventuriers normands en Italie du Sud et en Sicile serait donc extrêmement simpliste : à cette époque, les traditions et la langue des Vikings ont en effet quasiment disparu sur le continent.

La société et les hommes.
 
La société scandinave comprenait trois classes d'hommes : les anciens, qui étaient détenteurs de la sagesse, chargés de transmettre les traditions et de faire respecter les usages ; les guerriers, qui faisaient alterner leurs fonctions belliqueuses avec les travaux de leur ferme ; les esclaves (ou thralls), auxquels étaient laissées toutes les tâches inférieures.

L'épouse pouvait se séparer de son mari si elle le désirait, et le mari amener une concubine sous son toit. La notion de bâtard était inconnue, et tous les enfants étaient égaux en droits.

Les hommes libres se réunissaient dans une assemblée, la Thing, pour prendre les décisions intéressant la communauté. Lorsqu'ils avaient décidé une entreprise extérieure, ils y élisaient leur chef.

Aventuriers hors pair, les Vikings étaient aussi de grande commerçants. Là où ils se fixaient, ils se révélèrent d'excellents organisateurs. Habiles artisans, ils furent, après leur fusion avec l'indigénat de Normandie et d'Angleterre, les premiers architectes de l'Europe du Nord.

Les réalisations Vikings.

Le bilan de ce qu'ont accompli les Vikings est loin d'être négligeable. Ils naviguent sur des eaux inconnues à une époque où les explorations ont été mises en sommeil en Europe. Ils établissent des relations commerciales entre l'Europe et l'Extrême-Orient, alors qu'il n'existe pas de route praticable. Leurs expéditions conduisent à la colonisation permanente de l'Islande. Enfin, en Normandie, ils assimilent les coutumes locales pour créer une culture hybride qui, à travers la conquête militaire des îles Britanniques, modifie profondément le visage de la société anglaise.

Cependant, pendant longtemps, leur contribution à la connaissance géographique et l'étendue de leurs réalisations sont restées dans l'ombre, ce pour trois raisons. D'une part, leurs explorations les plus lointaines n'ont pas débouché sur une colonisation durable. Même les colonies du Groenland qui s'étaient maintenues pendant plus de quatre siècles ont fini par s'éteindre (le Groenland et les Amériques ont été redécouverts par les explorateurs espagnols et portugais des XVe et XVIe siècles). D'autre part, la connaissance de l'emplacement géographique de leurs découvertes n'a été ni conservée, ni communiquée au reste de l'Europe. Enfin, un dernier facteur explique cette ignorance : l'association fréquente entre « Vikings », « pillages » et « violence ».


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