Xavier Forneret 

Avec Xavier Forneret (1809/1884), on a également un poète puissamment original. 
Les pièces de Forneret sont d'une inspiration orinique, ce qui est évident dans son Un rêve c'est, et cela n'a rien d'un hasard si ce sont les surréalistes qui, au vingtième siècle, ont redécouvert son oeuvre.

Un pauvre honteux
Il l'a tiré
De sa poche percée,
L'a mise sous ses yeux ;
Et l'a bien regardée
En disant : « Malheureux ! »

Il l'a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D'une horrible pensée
Qui vint le prendre au cœur.

Il l'a mouillée
D'une larme gelée
Qui fondit par hasard ; 
Sa chambre était trouée 
Encor plus qu'un bazar.

Il l'a frottée,
Ne l'a pas réchauffée,
A peine il la sentait ;
Car, par le froid pincée
Elle se retirait.

Il l'a pesée 
Comme on pèse une idée,
En l'appuyant sur l'air.
Puis il l'a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l'a touchée
De sa lèvre ridée. -
D'un frénétique effroi
Elle s'est écriée :
Adieu, embrasse-moi !

Il l'a baissée,
Et après l'a croisée
Sur l'horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
De mats et lourds accords.

Il l'a palpée
D'une main décidée
A la faire mourir. -
- Oui, c'est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l'a pliée,
Il l'a cassée,
Il l'a placée,
Il l'a coupée,
Il l'a lavée,
Il l'a portée,
Il l'a grillée, 
Il l'a mangée.

Quand il n'était pas grand, on lui avait dit :
Si tu as faim, mange une de tes mains.

Malgré ce que peut laisser croire ce poème, Forneret ne vécut pas, malgré la solitude, une existence misérable. Il n'empêche que cette pièce est assez typique du ton grinçant qui valut à Forneret une place de choix dans l'Anthologie de l'humour noir de Breton.

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vers romantiques