L'auto ça gaze !
OK on le sait. Mais comment estimer
la pollution bruxelloise due au trafic et ses dangers ?
"L'auto ça gaze !" disait le GRACQ, il y a plus de trois ans lors d'une action diffusant ce message en distribuant des masques de chirurgiens aux automobilistes et des tracts explicatifs montrant que les concentrations de benzène, COV, CO, étaient trois à quatre fois plus importantes dans l'habitacle des voitures qu'à l'air libre. Ok, mais en temps que cycliste respirant 2 x plus pour me déplacer à vélo (le vélo nécessite quand même un petit "effort physique", surtout dans les côtes), je constate que j'ai de plus en plus de mal à respirer, surtout en hiver. Si les concentrations importantes d'ozone en l'été ne me font pas peur (malgré que médiatisées), la pollution hivernale m'inquiète. Mais là aucun message "public" n'est diffusé. Où sont les informations sur la pollution bruxelloise ? A chaque fois que l'on parle de pollution à Bruxelles, on minimise en disant que Bruxelles n'est pas Paris ou Londres.
En juin 99, l'OMS déclarait "La pollution tue plus de personnes que les accidents de voitures" :et que "l'exposition à long terme des adultes âgés de plus de trente ans à un air pollué par le trafic automobile entraîne 21 000 morts prématurées par an par maladie respiratoire ou cardiaque. C'est plus que le nombre de morts par accidents de la route dans les trois pays étudiés (France, Autriche, Suisse)" (Le Monde du 16 juin 1999). Pour ce qui concerne les seuls enfants, 162 000 crises d'asthme sont imputables chaque année à la pollution dans l'ensemble des trois pays (dont plus de 135 000 en France). L'altération de la qualité de l'air est directement responsable de 300 000 cas de bronchites (plus de 250 000 dans l'Hexagone). Les hôpitaux français doivent faire face chaque année à 18 000 admissions supplémentaires pour des malaises cardiovasculaires et respiratoires. Et ne parlons pas du coût sanitaire estimé à plus de 27 milliards de FF". Et à Bruxelles ? Le nombre de morts prématurés est lui estimé à 3.000 pour la Belgique.
Voici un début d'explication trouvé sur le site web de l'IBGE. A l'adresse suivant : http://www.ibgebim.be, vous trouverez deux indices de pollutions : l'indice général et l'indice trafic gradué de 0 à 10 (0 = excellent, 5 = moyen, 10 = exécrable).
L'indice général est calculé à partir des concentrations d'Ozone (O3), d'oxyde d'Azote (NOx), d'oxyde de souffre (SO2). Des directives européennes rendent obligatoires les mesures de ses polluants et l'alerte en cas de dépassement des seuils maximales. C'est pourquoi, on parle souvent de l'ozone en été, les seuils d'alerte pour les autres polluants étant pratiquement jamais atteints.
Pour calculer l'indice trafic, on ajoute aux trois premiers polluants la concentration en monoxyde de carbone (CO) et les PM10 (particules fines). L'indice trafic est mesuré grâce à deux stations situées dans le trafic (Art-Loi et avenue de la Couronne), les 5 autres stations de la Région bruxelloise étant, elles plutôt situées en zone résidentielle. Le CO provient directement de la mauvaise combustion des moteurs, le catalyseur n'etant efficace qu'après 5 km lorsque celui-ci atteint une température suffisante (> 50% des trajets en ville font moins de 5 km). Les particules fines proviennent essentiellement des voitures roulant au diesel (plus de 50% des voitures neuves).
Indice trafic |
Appréciation de la qualité de lair par l'IBGE |
< 7 |
situation normale |
7 |
forte pollution par le trafic |
8 |
très forte pollution par le trafic |
9 |
très très forte pollution par le trafic |
10 |
pollution exceptionnellement élevée par le trafic |
Si l'indice général ne dépasse pas une moyenne de 3-4, l'indice trafic lui dépasse souvent la valeur 6 (médiocre). Le message téléphonique journalier ne mentionne pas l'indice trafic et lappréciation qualitative nest donnée que lorsque la pollution due au trafic est anormalement élevée (dépassement de la valeur 6). L'IBGE considère d'ailleurs qu'une valeur de cet indice inférieure à 7 comme une situation normale (voir tableau) alors que le 7 réfère déjà à une situation très médiocre dans l'échelle graduée de 0 à 10. Allez comprendre.
Le rapport 99 sur l'état de l'environnement disponible aussi sur le siteweb de l'IBGE) montre un graphique (janv98 - fév.99) reprenant le nombre mensuel de dépassements de la valeur 6 pour lindice trafic (nombre de jours ou l'indice >6). La période hivernale concentre les jours de dépassements de la valeur 6 (novembre 99 : 14 jours avec un indice > 6), tandis que la période estivale (juin-juillet-août), les dépassements de la valeur 6 sont faibles. Enfin, je comprends pourquoi j'ai tant de mal à respirer en hiver sur ma selle alors que l'été la pollution ne me marque pas.

L'IBGE calcule aussi les
concentrations en benzène. En effet, les composés organiques volatils (COV)
interviennent également dans la formation de lozone troposphérique (O3).
Parmi les composés organiques volatils présents dans latmosphère et mesurés à
Bruxelles, le composé le plus toxique est le benzène. Il est cancérigène. Si l'ozone a
besoin de l'action du soleil pour être formé, le benzène est clairement un polluant de
proximité lié au trafic routier. Il sort directement du pot d'échappement. 
La nouvelle directive européenne en préparation relative au benzène et au CO propose pour le benzène une limite de 5 µg/m3 (valeur moyenne annuelle). L'IBGE estime que cette limite sera à respecter à partir de lan 2010 (date en application de la directive européenne). L'IBGE dans son rapport 99 montre le graphique indiquant les teneurs moyennes en benzène par mois (janv98 - fév99). On constate que la moyenne annuelle en zone de trafic (stations de Art-Loi et de l'avenue de la Couronne) dépasse les 9-10 µg/m3. Dans son étude sur le plan de circulation, le Groep Planning donne comme mesure pour le bd Anspach : 23 µg/m3. On comprend pourquoi monsieur Gosuin (sans doute bien informée de la situation) puisse lâcher à la presse que certaines artères bruxelloises sont plus cancérigènes que de vivre à Neder Over Hembeek sous les fumés filtrés de son cher incinérateur. Par contre, diffuser une information sérieuse à destination du grand public (pour qu'il prenne conscience de la pollution engendrée par le trafic), cela c'est pas demain que celle-ci passera sur les ondes bruxelloises. Pour le benzène, l'IBGE espère surtout que dans les 9 ans qu'il reste avant l'entrée en application de la directive européenne que les mesures limitant les concentrations de benzène dans l'essence vont solutionner le problème (le benzène a été introduit dans l'essence pour remplacer le plomb), à moins que les stations de mesure soient mises plus en hauteur (sur les toits des immeubles) afin de profiter du vent pour diminuer les concentrations.
Comprendre la pollution est utile pour argumenter afin de pousser les pouvoirs publics à prendre des mesures pour diminuer cette pollution (réduire la voiture en ville). Mais de ce monde de sous-information, la pollution a encore de beaux jours à Bruxelles. Les plans de déplacements d'entreprises sont une obligation aux Pays-Bas depuis plus de 10 ans. A Bruxelles, M. Gosuin refuse toujours de les rendre obligatoires pour les entreprises de plus de 200 personnes en faisant appel à leur bonne volonté. On sait que cela ne marche pas. Nos ministres préfèrent donc des mesurettes plutôt d'avoir le courage de prendre des vraies mesures de limitation du trafic auto : diminution des places de stationnement dans le centre-ville, création de bandes bus réservés, itinéraires cyclables, obligation des plans de déplacement d'entreprises, fermeture du centre-ville au trafic de transit,...
Et la santé dans le centre de Bruxelles ? Là, je n'ai pas de données à ma disposition. Mais le futur échevin bruxellois de la Mobilité, Philippe Decloux nous déclare dans Le Soir de mardi 5 décembre que "La pollution dans certains quartiers du Pentagone est plus importante qu'à Neder-Over-Heembeek aux abords de l'incinérateur. Les problèmes pulmonaires sont en augmentation. Et que pour s'en persuader, il suffit d'aller faire un tour dans les cliniques du centre de Bruxelles..." Ah ! C'est à cause de cela qu'il n'y a plus de place dans les hôpitaux. Cela, la presse en a parlé (sans faire le rapprochement avec la pollution de cet automne).