Pas de panique

 

Les mots pour le dire. (1/03/02)

Ca va faire 10 ans que je j’ai obtenu ma carte de membre officielle du club des paniqueurs.  Je ne sais pas comment réagissent les autres paniqueurs, mais en ce qui me concerne j’ai toujours eu du mal de me confier. En tout, je crois que seulement 10 personnes sont au courant de mes problèmes, corps médical inclus. Mes parents ne sont au courant de rien, j’ai toujours tout assumé moi-même, y compris financièrement et même quand j’étais étudiant.
C’est pas que je suis gêné, au contraire, ce sont plutôt les autres qui sont gênés. Il sont déstabilisés par mes comportements sociaux parfois bizarres, mais ne veulent pas comprendre. Prenons ma mère par exemple, elle me croît stressé, c’est tout. Alors que j’ai essayé de lui parler, mais rien n’y fait. Si elle savait que je vais au psy et que je dois prendre pas mal de médicaments pour pouvoir vivre presque normalement, elle en ferait une maladie. Elle ne l’accepterait pas… dès que je parle de quoique ce soit, je reçois en retour un «arrête de te plaindre, à ton âge on ne se plaint pas. Qu’est-ce que tu diras quand tu auras 50 ans»?
En plus je crois que les gens qui se rendent compte de ma maladie constatent juste mes symptômes, mais ils sont incapables de cerner le vrai fondement des choses. Et on est très vite catalogué, comme un ours asocial, on reçoit une étiquette de mal-propre transpirant en public, ou encore de taré! C’est ça qui fait le plus mal, c’est cette fausse idée qu’ont les gens de nous.

Avant j’en souffrais autant que ma maladie en tant que telle, mais j’ai mûri. Je commence à apprendre à reculer par rapport à la situation et à me foutre de la réaction des gens. Alors je deviens critique envers eux, parfois un peu trop d’ailleurs… on se défend comme on peut.  Et je crie en moi-même «va te faire foutre connard! t’as jamais vu un paniqueur en pleine crise?»… je suppose que non, j’oublie parfois que c’est moi qui suis différent. Mais que faire, je ne vais pas commencer à expliquer à la caissière qui me voit en train de trembler et suer, un truc du genre «excusez-moi mademoiselle, ne craignez rien je ne fais pas une crise cardiaque, j’ai juste une attaque de panique, ça va passer… combien je vous dois au fait?»… Non vraiment c’est pas possible de se faire comprendre. De toute façon, je m’en fous pas mal, chacun sa vie, personne n’a envie de savoir, personne ne peut s’intéresser à ce que je ressens. Et je ne guérirai pas plus vite si je le crie haut et fort. D’autant que je sais que je ne guérirai pas. Alors je garde mon petit mal pour moi, voilà… enfin je le partage un peu avec toi et ça me fait au fond beaucoup de bien.

A+.