Le plaisir au juste prix. 

  Croissance, décroissance, inflation, déflation…. Ces mots résonnent à nos oreilles, noircissent les pages des journaux. Est-il utopique d’espérer simplement la stabilité ? N’existe-t-il pas, pour chaque objet de consommation, un prix juste, qui assure à l’homme la dignité, sans l’obliger à « tuer » son voisin, et qui l’encourage à respecter les éléments naturels autour de lui ?

 

  A trop tirer vers le bas, on parvient très vite à la médiocrité généralisée et l’on trouve toujours quelqu’un pour  abaisser davantage. L’élevage en batterie des volailles et porcs, fleuron de l’agriculture moderne et spécialité bretonne, ne nourrit plus son homme, dégrade gravement la nature, et se trouve maintenant battu à plates coutures par des élevages produits à moindre prix encore, sur d’autres continents.  Il semble qu’il n’existe pas de limite vers le bas.  A trop tirer vers le haut, vers le prestige qui attire et aveugle, on casse la corde parfois. Le prix-plaisir, c’est celui que l’on accepte de payer sans arrière-pensée parce que c’est un donnant-donnant équitable.

 

  Parlons vins. Quand un hypermarché français propose un Bergerac à un euro la bouteille, il ne faut pas être devin pour comprendre que ce prix se bâtit sur la faillite d’une région, d’une appellation. Quoi de moins festif pour un vin que de participer à un enterrement ? Quand le vin se prend pour une œuvre d’art, quand il préfère le silence des coffres-forts au joyeux tintamarre des tables animées, il perd sa joie et devient sérieux, ennuyeux, cérémonieux comme un croque-mort. Quand le prix commence à peser sur le plaisir, il est peut-être temps de regarder ailleurs. Un bon vin, comme tout produit intéressant, représente une somme d’histoire, de ténacité, de dignité et de respect qui concerne autant le consommateur que le producteur.

 

  Des bons vins, dans une fourchette de prix raisonnable, il y en a beaucoup. Ils s’invitent à nos tables en joyeux compagnons pas prétentieux, ils partagent leur bonne humeur sans chichis, ils détendent sans se pousser du col. Ensemble, nous trinquons à notre santé, à celle de nos amis, jouissant, en toute simplicité, d’une pause-bonheur.

 

  Les jolis rosés de l’été, les blancs frais et vifs, les rouges subtils qui nous viennent des bords de Loire, les Beaujolais gouailleurs, les vins gorgés de soleil de la vallée du Rhône, les crus languedociens à l’accent rocailleux, tous nous convient, en ces mois d’été, à profiter de leur franc compagnonnage. Découvrons-les, redécouvrons-les. Légèrement rafraîchis, les Bourgueil et Chinon font pétiller la vie comme Rabelais lui-même la vénérait. Fleurie et Morgon, tous deux de la meilleure origine, portent en eux l’essence même de la joie.

 

  Bonne soif !

 

  QUINCY.

  Sur la rive gauche du Cher, au sud-est de Vierzon, un peu plus de 170 hectares de sauvignon forment l’appellation Quincy. Ce vin blanc sec possède des propriétés semblables aux vins de Menetou-Salon et de Sancerre dont il est proche géographiquement. Ensemble, ils se rattachent aux vins du Centre de la Loire.

  Le Quincy se boit frais dans les cinq premières années de son existence. Il raffole du fromage de chèvre mais il affectionne aussi les coquillages comme les moules et les huîtres ainsi que toutes les préparations à base de poissons.

  Céréalier par tradition, vigneron par passion, Bruno Lecomte pratique la culture raisonnée. Il utilise le matériel de vinification acheté avec quelques autres viticulteurs. Soucieux de développer le vin de Quincy, ils ont créé ensemble un outil commun à Brinay. Chacun garde cependant son indépendance et cultive sa différence. Toujours en recherche, Bruno Lecomte a essayé en 2001 d’appliquer la macération pelliculaire (la peau et le jus restent en contact pendant un certain temps) sur la plus belle partie de sa vendange. Nous avons goûté cette cuvée, baptisée Vieilles Vignes, au Salon des Vins de Loire et l’avons beaucoup appréciée. Nous vous invitons à la découvrir aussi.

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