Francine Van Oost  

gestaltiste et ancienne migraineuse

 

Ma famille était une famille de migraineux : mes grands-parents maternels ainsi que ma mère souffraient de migraine depuis que je les connaissais – donc depuis toujours, dans mon chef.

Petite gamine, je me souviens de vacances à la côte belge où j'allais jouer avec d'autres enfants dans les dunes et invariablement je me retrouvais m'abritant du vent, au creux d' une dune plus encaissée, mes mains enveloppant ma tête pour la protéger et essayer de contenir la douleur? J'attendais ainsi de très longs moments que cette douleur diminue, dans l'incapacité de prendre part aux jeux des autres qui s'amusaient de leur côté.

Un jour, grâce à ma mère, je découvris le médicament X = cela coupait la douleur, tant mieux…….

Les années passant, le médicament X étant devenu difficile à se procurer sans ordonnance, je passais au le médicament Y tout aussi efficace.

A chaque début de douleur, hop ! Médicament Y et cela allait vite mieux.

Ma grand'mère et ma mère m'avait donné un espoir : " Tu verras avec ton retour d'âge, cela va disparaître, plus de migraine …..". Il est vrai qu'à 25 ans, cela mettait l'échéance très loin, mais le temps aidant, mon espoir se renforça.

De toute façon les anti-douleurs existaient et par dessus tout le médicament Y.

Étant devenue Maman à mon tour, j'avais pris l'habitude de ne pas me plaindre, de ne rien dire lors de mes migraines, après tout cela faisait partie de ma vie quotidienne : douleur, hop ! … le médicament Y, quelques fois 2 ou 3 ou même plus et 1/2'h. plus tard tout allait mieux.

A quoi bon déranger les autres avec ses bobos.

Mais, quelques fois le médicament X, le médicament Y …. rien n'y faisait.

Après les fêtes, les repas conviviaux accompagnés de vin, de chocolat, de crème, je me retrouvais très souvent avec un casque me vrillant les tempes de douleurs, des nausées, une fatigue immense et un besoin impérieux de me coucher, dans l'obscurité et le silence total (pas très aisé avec trois enfants) – même le drap du lit était trop lourd et me semblait peser une tonne …..

Jouer avec les enfants en baissant la tête vers eux, courir, tourner la tête brusquement, faire quelques exercices de gym, nager, sauter pour attraper une balle, tout ceci pouvait déclencher une migraine.

J'en étais arrivée à avoir en moyenne 3 migraines par semaine. Les boîtes de médicament Y se succédaient à un rythme rapide. Je réalisais que j'étais sur une pente de plus en plus glissante? Où et quand allais-je pouvoir m'arrêter ?

Un soir mon attention fût attirée par l'émission " Pulsation " de Karin Rondia à la télévision belge. Cette émission avait comme sujet " la migraine ". Je suivais cela très attentivement et j'eus envie de prendre contact avec le médecin spécialiste du traitement de la migraine, mais à nouveau il s'agissait de médicaments ……

L'autre partie de l'émission était consacrée au Dr. Violon, psychologue : " Était-ce réel qu'avec de la relaxation et de l'hypnose thérapeutique, une personne pouvait apprendre à gérer ses migraines, à diminuer leur intensité et à ne plus être le sujet dominé par la migraine et son côté envahisseur ? …… ".

Je pris rendez-vous le plus vite possible et me retrouvai quelque temps plus tard devant le Dr. Violon qui me posa beaucoup de questions, me confirma ensuite que j'étais bien une vraie migraineuse et que j'étais arrivée sur une pente relativement savonneuse.

Elle me proposa 10 séances de relaxation hypnotique en m'expliquant ce qu'est la migraine, le pourquoi et le comment de celle-ci et l'effet rebond des médicaments. De plus, elle m'informa de l'interdiction de prendre encore un anti-douleur à partir du moment où je lui donnerais mon accord pour ce traitement.

Malgré ma peur de me retrouver en séance de Gestalt-thérapie, face à un client, avec une migraine se déclenchant et une petite voix intérieure me disant : " jamais je ne pourrai faire face à cela sans médicaments ", je lui donnai mon accord pour les dix séances.

C'est alors seulement que je pris pleinement conscience de ma dépendance au médicament Y. Il fallait que j'arrête cette spirale nocive.

Je suis repartie de cette séance, la trouille au ventre et très vite je fis l'expérience de ressentir une migraine en séance de thérapie ….. dur, dur, même très dur. La seule chose qui m'aidait à tenir, c'était ce que le Dr. Violon m'avait dit : " Sans médicament la migraine finit par s'arrêter d'elle-même à un certain moment ". Oui, mais quand ? après 3h. – 12h. – 24h ou plus ? Cela ne fut pas facile, mais chaque séance de relaxation hypnotique chez le Dr.Violon, me permit de découvrir que, malgré la douleur j'arrivais à écouter mes patients et à travailleur avec eux. Ceci me rendit confiance, de pouvoir peu à peu  " gérer " la migraine : en fait, je devenais plus forte que la migraine.

Les crises diminuèrent d'intensité et de cadence – je pratiquais la relaxation hypnotique à la maison – j'appris à respirer différemment quand une migraine survenait, j'appris consciemment à ralentir ma respiration, à visualiser l'air entrant en moi, se diffusant dans mon corps et rejetant également les toxines, - ce qui empêche la migraine de se déclencher - et ainsi elles s'espacèrent de plus en plus.

Une autre vie commençait à s'ouvrir devant moi : je pouvais jouer librement avec mes petits enfants, sauter, courir, les soulever dans mes bras ….et même si la douleur revenait parfois, il me suffisait bien souvent de respirer lentement et d'évacuer les toxines pour que la douleur reparte.

Alors, je découvris une vie vraiment différente : plus légère, plus gaie, plus détendue, sans douleur -–ou alors très rarement – une vie où je n'étais pas sans cesse à me dire : attention aux courants d'air, pas de vin, pas de chocolat, pas de bruit. Une vie où je ne devais pas continuellement être vigilante à tout facteur de stress et de déclenchement de la migraine.

Anita décida un jour de mettre sur pied un groupe de migraineux et je pus l'assister en partageant mon expérience personnelle.

Ce groupe se mit à travailler sur les différents aspects de la prévention psychologique :

-          éclairage du problème,

-          identification et contrôle des stress,

-          gestion des émotions,

-          la personnalité du migraineux,

-          relaxation,

-          hypnose et auto-hypnose.

Grâce à ce travail, étalé sur plusieurs séances, les personnes du groupe ont pu se partager leur vécu, poser des questions, découvrir des choses sur eux-mêmes, comprendre le mécanisme de la migraine, se relaxer pour enfin arriver à l'auto-hypnose, tout ceci dans un cadre chaleureux et convivial.

Ce travail fut très riche en permissions, en découvertes par chacun de son propre potentiel et nous avons fini par nous dire que " oui, la prévention de la migraine est une réalité bien tangible et qui continue à porter ses fruits ".

Je resterai toujours une migraineuse, mais avant de rencontrer Anita et son travail, j'avais en moyenne 2 à 3 migraines par semaine – faite le compte il ne me restait guère de jour  sans souffrance – aujourd'hui j'en suis à 2 à 3 migraines par an et de temps en temps une céphalée.

Je suis sortie de l'enfer de la douleur pour vivre une vie qui en vaut la peine et qui est souriante.  

 

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