Centres anti-douleur ?…Où sont-ils ?La douleur vaincue par l’hypnoseL’hypnose est de plus en plus utilisée par le corps médical comme un outil thérapeutique naturel…
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Centres anti-douleur ?... Où sont-ils ? Ces derniers mois, il a été beaucoup question de la douleur. « Guerre à la douleur chronique » titrait le journal Le Soir du 26 mars. Dans cet article, le journaliste relate que le ministre des Affaires sociales, Frank Vandenbroucke, a annoncé lors du symposium sur les douleurs lombaires qui s’est tenu le 14 mars à Genval, sous les auspices de la Société Belge de la Douleur – la « Belgian Pain Society », qu’il prévoit de débloquer 144 millions de francs belges pour le développement de centres multidisciplinaires anti-douleur (CMAD). On parle d’une vingtaine de centres multidisciplinaires à ouvrir qui devraient aussi associer à leur activité des généralistes et des pharmaciens.
Cette réunion, nous y étions et nous y avons entendu notre confrère, le psychologue Johan Vlaeyen, débattre de façon convaincante du rôle de la « kinésiophobie », dans la perpétuation des lombalgies, douleurs du bas du dos qui affectent et handicapent tant de personnes… Kinésiophobie ? Simplement la peur du mouvement par crainte d’avoir mal ou de se blesser, c’est-à-dire de s’occasionner une lésion de la colonne vertébrale. Cette crainte fige la personne dans une immobilité anxieuse à son tour source d’invalidation. Cette réaction compréhensible -que ne ferait-on pas pour éviter la douleur- accroît le sentiment d’incapacité : « je suis un invalide » et l’incapacité elle-même, laissant le champ libre à la rumination désespérante voire à la dépression…et à la perception accrue de la douleur qui envahit toute la conscience ! Le mouvement est le remède, la remise en action salutaire, intelligemment dosée, extrait la personne de son invalidité. Couplée à la pratique de la relaxation, elle encourage et permet de reprendre pied dans l’activité et dans la vie. Mais pour mettre cela en œuvre efficacement, il faut, face au malade, avec le malade, des praticiens aguerris qui savent l’informer, le rassurer, obtenir sa coopération et le guider en un véritable partenariat contre la douleur. En matière de maladies chroniques, le comité consultatif de l’INAMI recommande d’ailleurs d’organiser des formations continues visant la prévention et le traitement de la douleur chronique. Le but final est non seulement le soulagement mais l’amélioration de la qualité de la vie de la personne souffrante par une approche intégrée de la douleur chronique, c’est-à-dire la douleur persistante . Vœux pieux ? Nous espérons que non, tout en restant circonspects. En effet, jusqu’à présent, la Belgian Pain Society, la société scientifique qui réunit les praticiens actifs dans la lutte contre la douleur (médecins, psychologues, infirmières, etc…) avec qui nous avons pris contact ne dispose pas de liste des centres pluridisciplinaires ou de traitement intégré de la douleur. C’est uniquement le bouche à oreille qui fonctionne et les médecins eux-mêmes ne savent pas toujours où référer leurs patients atteints de douleur rebelle. Lorsqu’on téléphone aux numéros répertoriés dans le bottin -nous l’avons fait - il arrive plus d’une fois qu’on dérange des infirmières en salle d’opération au lieu d’aboutir dans une structure vouée à la consultation. Au niveau européen, on n’est pas plus avancé. Le lancement récent d’une semaine européenne de la lutte contre la douleur a été organisée à Bruxelles avec distribution de brochures et prospectus pour sensibiliser à ce problème. Le contenu est général, il faut que le patient parle de sa douleur, ne souffre plus en silence, il faut que la douleur soit prise en considération. Parfait mais en parler à qui ? Puisque l’information sur les centres pluridisciplinaires ou les praticiens travaillant en réseau n’est pas disponible, que faire ? Nous étions présents à la réunion. La remarque de notre secrétaire, Jocelyne Paderi, sur la nécessité d’impliquer le patient douloureux en l’informant et en l’éduquant a suscité beaucoup d’intérêt. Mais à la question des crédits, il fut répondu que pas un franc n’était disponible pour cette mission. Alors quid ? On tourne en rond, avec la meilleure volonté du monde. Structurer des activités de lutte contre la douleur qui soient vraiment pluridisciplinaires que ce soit au sein d’une même structure, hospitalière par exemple, ou au sein d’un réseau de professionnels formés qui travaillent en activité intégrée, voilà ce qu’il faut aux malades, aux médecins et aux pharmaciens qui sont souvent dans l’embarras lorsqu’on leur demande une adresse. Assurer une formation de professionnels de la santé dans le domaine de la douleur comme il en existe déjà en France par exemple, favoriser les recyclages mais aussi les groupes de patients en assurant l’éducation de ceux-ci à la gestion de leur problème de douleur comme nous le faisons déjà chez les migraineux, voilà qui est indispensable pour donner du corps aux bonnes paroles et les ancrer dans la réalité. La présidente - Anita Violon Haut de page |
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La douleur vaincue par l’hypnose L’hypnose est de plus en plus utilisée par le corps médical comme un outil thérapeutique naturel… L’hypnose c’est le mystère… Elle attire tout ce qui est occulte, qui se dérobe au savoir simple, au bon sens. Longtemps présentée comme magique, l’hypnose est de plus en plus utilisée par le corps médical comme un outil thérapeutique naturel, notamment dans la prise en charge de la douleur. Les idées qui viennent en tête, quand on évoque l’hypnose, sont bien souvent teintées d’étrange. On imagine le pouvoir d’un individu sur un autre, l’obligeant à obéir à des ordres mêmes insensés. On se représente un patient s’endormant en suivant un pendule… On pense fluide magnétique, magie, music-hall… Bref toute une série de choses qui n’ont qu’un rapport très lointain avec l’hypnose médicale telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. Depuis la nuit des temps… Loin d'être magique la capacité de l'être humain à expérimenter un état dit hypnotique est tout à fait naturelle et peut avoir, pour le patient, d'importantes implications thérapeutiques. L'influence du verbe sur le corps est d'ailleurs utilisée depuis la nuit des temps... sans porter le nom d'hypnose! Le mystère de l'hypnose et de l'état hypnotique est cependant loin d'être élucidé, ce qui ne fait pas obstacle à son utilisation. N'a-t-il pas fallu trois-quarts de siècle pour comprendre la manière dont fonctionne l'aspirine, alors que celle-ci était déjà si largement employée comme médicament de base pour la douleur, l'inflammation et la fièvre? Au fait, qu'est-ce que l'hypnose? De l'hypnose, on peut dire que c'est une forme de déconnexion d'une réalité habituelle. Elle estompe ou abolit les frontières entre le réel et l'imaginaire, elle transforme le vécu et le ressenti, la relation entre la conscience et le corps, entre le corps et la conscience. Loin de réduire la personne hypnotisée à un état de marionnette, elle lui donne accès à ses possibilités latentes. L’hypnose permet en fait au patient de s'absorber dans des sensations intérieures, de telle manière qu'il puisse se déconnecter, se dissocier du monde extérieur et apprendre à développer des possibilités de contrôle de certains paramètres mentaux et physiques. Cela peut paraître théorique, mais les applications pratiques sont, en fait, très nombreuses. Du bon usage de l'hypnose L’hypnose n’est pas de la magie. Il s’agit d’une technique que tout médecin ou psychologue peut apprendre dans un cadre thérapeutique. L'hypnose n'implique pas la prise de contrôle d'un individu sur un autre; le patient ne perd jamais son libre arbitre lors d'une séance. L'hypnose ne permet pas de faire des choses miraculeuses; elle permet juste, dans le cadre de la douleur en particulier, le contrôle de certains paramètres non contrôlables consciemment. C'est l'utilisation de l'hypnose à des fins thérapeutiques qui suscite le plus d'intérêt de la part d'un public de plus en plus large. En effet, si l'hypnose ne peut pas tout, si elle n'est pas une panacée universelle, elle constitue néanmoins un outil solide entre les mains d'hypnothérapeutes compétents, médecins et psychologues universitaires, qui l'utilisent comme méthode thérapeutique pour divers problèmes tant physiques que psychologiques. Hypnose et douleur Dans le domaine de la douleur, l'hypnose trouve un champ d'application particulièrement important. En effet on peut, par l'hypnose et la déconnexion qu'elle entraîne entre les informations provenant du système nerveux périphérique et la conscience, atténuer ou abolir la douleur. Chez une personne bien préparée, l'hypnose, utilisée lors de certaines interventions chirurgicales, bloque ou atténue la perception de la douleur. Elle permet ainsi parfois d'éviter l'anesthésie générale, et de se contenter d'une anesthésie locale ou d'une sédation (administration d'un calmant) couplée à l'hypnose. Ce type d'application est d'ailleurs couramment mis en pratique par le Dr. Faymonville du CHU de Liège, notamment pour des interventions de chirurgie plastique. Les premières utilisations de l'hypnose lors d'interventions chirurgicales ne datent pas d'hier. Déjà au siècle dernier, lorsque les méthodes d'anesthésie en étaient à leurs balbutiements, des chirurgiens anglais et français ont pratiqué avec succès des centaines d'opérations, parfois même lourdes comme des amputations, sous analgésie hypnotique. L'alternative à l'anesthésie générale? Pour peu qu'elle soit réalisée par un spécialiste en la matière, "l'anesthésie" sous hypnose est une méthode naturelle qui présente de nombreux avantages. Le principal est certainement l'absence de risque lié à l'induction d'une anesthésie générale et, ensuite, un réveil immédiat, en pleine forme. Il est en effet surprenant de voir avec quelle facilité le patient se réveille d'une anesthésie sous hypnose, sans nausée, sans malaise. .. En pratique, cependant, rare sont les hôpitaux qui font appel à l'hypnose en salle d'opération. Les raisons sont diverses: l'hypnose, malgré son assise scientifique incontestable, véhicule toujours une odeur de soufre; de plus, les praticiens correctement formés sont rares. Et ce d'autant plus que l'utilisation de l'hypnose, en remplacement d'une anesthésie générale, constitue pour le médecin hypnothérapeute un réel investissement en temps et en énergie. Il doit, en effet, accompagner le patient tout au long de l'intervention en restant attentif à chacun des gestes, des mouvements du visage de ce dernier, de façon à pouvoir moduler à tout moment son intervention hypnotique. Chez le dentiste Des interventions dentaires sont, elles aussi, réalisées avec succès sous analgésie hypnotique, par des dentistes formés à cette technique utilisée depuis belle lurette aux Etats-Unis, et qui couple l'apaisement de la douleur et celle de l'anxiété... aussi confortablement pour le patient que pour le dentiste! Il devient agréable de se faire soigner les dents lorsque, pendant ce temps, notre esprit bien guidé par le praticien s'évade en toute sécurité vers une plage tranquille sous les cocotiers... Depuis deux ans d'ailleurs, la Société (belge) de Médecine Dentaire propose à ses membres une formation à l'hypnoanalgésie. Et si l’utilisation de l'hypnose dans la gestion de la douleur chez l'adulte est très utile et efficace, les résultats obtenus chez l'enfant sont à proprement parler incroyables. Les dentistes formés à l'hypnose décrivent tous le même phénomène : l'utilisation de cette technique chez l’enfant rend l’acte dentaire confortable voire amusant, et venir chez le dentiste devient un plaisir plutôt qu'une contrainte. L'enfant est d'ailleurs un sujet idéal pour l’utilisation de l'hypnose. Son imagination n'a pas été bridée comme celle de bien des adultes. La simple évocation d'une histoire permet aux enfants de s'envoler vers des pays imaginaires, oubliant d'un seul coup le dentiste, ses instruments et la peur qui y est associée La douleur vaincue Dans toute maladie ou blessure qui nécessite des soins pénibles, sources de douleur, l 'hypnose a un rôle à jouer: le changement des pansements chez les brûlés en est un exemple. L 'hypnose peut en fait être utile dans toutes les circonstances où un acte médical douloureux est envisagé. Cela va de la ponction lombaire aux actes dentaires, dont nous avons déjà parlé. Une utilisation tout à fait extraordinaire de l'hypnose est faite, par exemple, par Madame Cudy, psychologue à l'Hôpital Cantonal de Genève. Celle-ci utilise la technique hypnotique avec des enfants cancéreux pour leur permettre de contrôler aisément les douleurs liées soit au cancer lui-même, soit au traitement médical (placement de sondes dans l'estomac...). Il n’y a pas que la douleur momentanée, chirurgicale ou dentaire, qui peut être soulagée par l'hypnose. Dans la douleur persistante, qu'on appelle chronique, elle peut aussi aider substantiellement. Font partie des douleurs chroniques ou récurrentes certaines douleurs dorsales, les migraines ou encore des douleurs associées à des pathologies cancéreuses (douleurs liées à la présence de métastases osseuses, à la radiothérapie...). Ainsi, de nombreux patients présentant des migraines chroniques très invalidantes ont pu être traités par l'hypnose. Cette technique a alors deux buts: apprendre aux gens à maîtriser le stress et l'anxiété souvent associés aux migraines, et gérer la douleur elle-même. Bien entendu, l'hypnose n'a sa place qu'une fois le diagnostic de migraine posé avec certitude et lorsque toute autre pathologie grave a pu être exclue par le médecin. Enfin, dans le domaine des maladies et dysfonctions physiques, l'hypnose peut, à côté du traitement médical, être un adjuvant utile dans les problèmes d'hypertension, d'asthme, de troubles digestifs tels que le colon spastique, de perturbations du sommeil et de la sexualité, etc. Un outil thérapeutique à suivre... En définitive, l'hypnose médicale donne un espoir nouveau à bien des patients dont les douleurs chroniques ou aiguës ne sont qu'insuffisamment contrôlées par les thérapies médicamenteuses classiques. Discipline scientifique à part entière, elle ouvre une voie nouvelle au traitement de la douleur... Anita Violon Auteur des livres : La douleur rebelle (1992) et Vaincre la migraine : médicaments, relaxation, hypnose (1996) parus aux éditions Desclée de Brouwer, Paris Reproduit avec l’aimable autorisation du magazine Ma Santé – n°1, novembre 1999 |