Le château-ferme et la chapelle sainte Apolline de Wartet

 

Le château-ferme est situé à l'entrée du lieu-dit "Bayet". Il comprend la ferme, la chapelle et l'ancien cimetière.  Découvrons ce lieu en quatre étapes :

 

Son origine

Le document le plus ancien que nous avons pu retrouver date de 1265. Il fait mention d'un cens payé par le seigneur de Wartet au comte de Namur. Ce cens était de 23 sous par an.   En outre, ce document nous permet de découvrir les droits du seigneur .   Ceux-ci sont : la mortemain, le formariage, les corvées, le service d'Ost, la chevauchée et de rendre justice.

De plus, ce document nous apprend l'existence de deux autres fermes. L'une à Marche-les-Dames (la ferme de l'abbaye), qui avait un moulin et l'autre à Heubeumont, bois au nord de la commune.

Un élément semble donc sûr: la ferme est de construction antérieure à 1265.   Actuellement, rien ne prouve que cette "antique" ferme ait été construite à la place du château-ferme actuel, mais tout porte à le croire.

La construction du château daterait de la Renaissance mosane (17-18ème siècles) comme l'atteste le style du bâtiment. Le contexte de l'époque veut qu'il ait eu un rôle défensif avant tout. Comme preuves, les tours percées de meurtrières et les douves qui devaient les devancer.

A partir de 1612, le gouvernement des Pays-Bas vend ses droits régaliens. Ceux-ci sont achetés par les seigneurs ou par des riches bourgeois qui agrandissent leurs demeures et les fortifient.  Ainsi, Wartet comprenait trois fiefs à cette période : la Tour de Wartet (le château) fut acheté en 1638 par Guillaume d'Aux Brebis.  Jusque là, ce fief avait été tenu, c'est-à-dire loué plus que probablement par son père, Michel Aux Brebis.  La famille Aux Brebis est d'origine dinantaise.  Nous en reparlerons en même temps que la chapelle.  Le deuxième fief est la seigneurie de Wartet et de Ville-en-Warêt.  Elle fut vendue en 1671 à Philippe de Pinchart, l'époux de la fille unique de Guillaume d'Aux Brebis.  Par héritage, les deux fiefs deviennent donc la possession de la famille de Pinchart.  En 1685, Guillaume-Charles de Pinchart, deuxième fils du précédent, épousa Marie-Marthe de Mozet de Grune.  Son fils, Philippe-Joseph de Pinchart épousa sa cousine, Louise-Françoise de Mozet de Grune et ils héritèrent du château-ferme en 1718.  Ses deux fils n'ayant pas d'héritier direct, c'est un neveu, Philippe-Antoine de Mozet de Grune qui hérita de la ferme et du château en 1779.

Le troisième fief, le fief de 9 bonniers fut longtemps la possession de la famille Le Gros qui avait acquis en 1595 le fief de la famille de "Wartet".  La famille Le Gros possédait déjà une ferme à Ville-en-Waret, village voisin de la commune.  En 1755, Alexandre-François, comte de Groesbeeck et seigneur de Franc-Waret l'acheta.

Marie-Françoise, comtesse de Grune et veuve de Philippe de Pinchart fit retrait de ce fief dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle.  Les trois fiefs appartenaient donc bien à la famille de Mozet de Grune à la fin du XVIIIème siècle

 

Description du château

Le château-ferme a été construit dans le style de la Renaissance mosane comme l'atteste le style des fenêtres et des portes. Il a été conçu avec les matériaux du pays à savoir les moellons, briques et pierres de taille.

Le corps des logis est le bâtiment le plus ancien. Il est protégé par quatre tours carrées et par une tourelle ronde. La cour est dix fois plus étendue que celle du château de Fernelmont et est mieux défendue. En cas d'attaque, la population s'y réfugiait avec son bétail.

L'ancien corps des logis (notre photo), construit au XVIIIème siècle, est l'actuelle demeure des fermiers tandis que l'ancienne habitation des exploitants, datant du XVIIème siècle, a été transformée en greniers et en remises (voir première photo en haut de cette page)

Ce dernier bâtiment est percé d'une porte monumentale qui est devancée par un petit pont à trois arches, anciens vestiges attestant la présence des douves. Une tradition rapporte que les seigneurs l'empruntaient pour se rendre à la chasse. Cette porte s'appelle d'ailleurs « li chess ». Tout porte à croire que le château était entouré d'eau car, de l'autre côté, une mare remblayée portait le nom de "li flot saint Roch" ou "Bideau".

Le seigneur possédait aussi deux puits profonds. L'un à l'intérieur de la ferme et l'autre dans la prairie derrière la grange.   Nul doute aussi que lie seigneur possédait sa brasserie, elle est située dans une longue pièce contiguë aux écuries actuelles.    Le seigneur rendait également la justice. Aussi, devant l'ancienne chapelle subsiste un chêne séculaire dont le tronc est complètement creux. La tradition veut qu'il s'appelle l'arbre de la justice et que les brigands et les traîtres y furent pendus.

Le château-ferme aujourd'hui

Aujourd'hui, le château-ferme a perdu sa vocation défensive et est utilisé exclusivement pour les activités agricoles. La ferme est exploitée par Gabriel SOHIER et son fils, Emmanuel.

 

La chapelle Sainte Apolline

Il me faut ici vous raconter une anecdote qui, actuellement, est d'une grande importance. En 1976, l'évêché de Namur organisa l'inventaire du patrimoine religieux de la commune. A cet effet, de nombreux objets, tableaux et épitaphes furent photographiés. En 1984, alors que je me trouvais en deuxième année de catéchisme, l'abbé Nicolas, voyant mon intérêt profond pour l'histoire de mon village, me fit cadeau d'un exemplaire de ces photos dont quelques unes sont reproduites ici.

Ces documents sont d'une grande importance car aujourd'hui, la chapelle étant dans un tel et regrettable état de délabrement qu'il est impossible de fournir ces clichés tant le mobilier et les tombes sont détériorées. Aussi, ceux-ci font partie de notre patrimoine local.

 

Le jubé (à gauche) et le choeur (à droite) en état de ruine.  Photos prises en 1976.

 

 

La chapelle est malgré tout assez petite 40 mètres de long pour 20 mètres de large environ. Les fenêtres n'ont pas un style uniforme : tantôt l'arc des ouvertures est en ogive (style gothique) tantôt en plein cintre (renaissance). Elles dateraient du XVIIème siècle Au centre de la façade sud, un blason rappelle l'ancienne famille propriétaire de l'endroit : la famille d'Aux Brebis. A l'intérieur, une série de pierres tombales les commémorent.

A gauche de la nef, se trouvait une dalle funéraire où reposent Jan de Pinchart (mort en 1659), sa femme, Marguerite de Soldier (morte en 1621) et sa seconde femme, Cécile de la Bauwette (décédée en 1668). Cette tombe fut transférée en 1921 à la chapelle de Wartet depuis l'église de Friset à la demande du comte Xavier de Grunne. Dans le chœur, du côté gauche, se dresse une autre pierre tombale montrant les effigies des défunts. Nous pouvons (ou plutôt nous pouvions) lire l'inscription suivante :

  •   D.O.M.

  •  

  • Yci reposent les corps de noble Seigneur

  • Guillaume Charles de Pinchart

  • escuyer, seigneur de Wartet, Viele en

  • Waret, Hynnaux Tréfoncier de

  • Friset sergent major au service de

  • Charles Il Roy dEspagne, Fils de

  • noble seigneur Philippe de Pinchart

  • escuyer, seigneur de Friset, Warthey,

  • Ville-en-Waret, Hynniaux et de noble

  • Dame Marie Marthe

  • de Mozet, son épouse, fille de

  • noble seigneur Georges de Mozet

  • escuyer seigneur de Grunne, Harcin

  • et de noble Dame Claude Florence

  • de Coppin de Beausin qui décéda

  • le 27 avril 1718.

  •  

  • Priez pour leurs âmes.

Nous pouvons encore trouver une autre tombe à la mémoire de Henry-Hubert de Pinchart de Wartet, une autre à l'intention de Guillaume d'Aux Brebis (mort en 1668) et de sa femme Françoise de Gaiffier (morte en 1619).

Le jubé était construit en chêne et soutenu par les murs. L'autel, également en chêne, a disparu et était décoré d'une toile représentant une vue de Dinant, berceau de la famille d'Aux Brebis. On peut encore observer le retable au fronton brisé, les deux portes latérales ainsi, qu'un vestige du banc de communion. Signalons également qu'une statue en bois polychrome de Ste Apolline, patronne de la paroisse se trouvait encore dans la chapelle au début du siècle. Aujourd’hui, elle est en lieu sûr sous la protection des fermiers du château-ferme.

A l'extérieur, au nord de la chapelle, se trouve un cimetière qui actuellement est ravagé par les ronces et impossible d'accès.   L'ancienne chapelle souffre aussi de l'abandon, un arbre pousse à l'intérieur, la toiture menace de rompre et comme si cela ne suffisait pas, la façade ouest se lézarde et devrait s'écrouler d'un jour à l'autre. Rappelons que ces bâtiments sont classés et font partie du patrimoine wallon, pour combien de temps encore ?

Entre 1892 et 1895, une nouvelle église sainte Apolline fut construite sur le sommet du plateau.  de style néo-gothique, les plans furent réalisés par l'architecte Van Asche.  Les pierres de grès proviennent de deux carrières du village (Ardenne et Bayet), les bois furent offerts par la famille d'Arenberg.  Les pierres de taille proviennent d'une carrière de Namèche.