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Les Frères Pils étaient présents en force au merveilleux festival de Saint-Malo. En plus d'une ambiance toujours sympathique et agréable, les rencontres avec les auteurs, disponibles et très présents, offrent à chaque visiteur de véritables morceaux choisis de littérature et de voyage. |
Ce 2 juin, nous franchirons les portes du
festival "Etonnants Voyageurs" pour la huitième fois.
Depuis 1992, nous n'avons manqué que deux éditions : en 1995 et
1998, pour deux voyages qu'aucun livre ne pourra remplacer. Les
naissances toutes proches de Ninn et Nils empêchaient alors les
longs déplacements en voiture. Nous voici quatre maintenant,
tout ouverts aux grands vents frais de Saint-Malo. La ville est
belle, la location agréable, les environs nous sont connus.
Le programme, disponible sur le site du festival
est à nouveau alléchant. Cap au nord ! Avec des auteurs comme Jörn
Riel, Gunnar Ekelöf, Per Olov Enquist, Bjorn Larsson, Nicolas
Vannier, Jean Malaurie, James Welch, Bernard Giraudeau et bien d'autres.
Comme chaque année, le coeur de la ville toute entière va
battre au rythme du festival. Des hôtels aux terrasses de café,
des cinémas aux salles de concerts, les rues et ruelles de l'ancienne
ville de Saint-Malo - le "Muros", comme on dit là-bas
- seront ouvertes aux rencontres, aux débats, aux expositions,
à la bonne humeur et aux courants du large. Autour de ses tables,
le café littéraire (poumon du festival) recevra des dizaines d'auteurs
qui s'enrichiront de leur expérience et de leur écriture. Car
le festival de Saint-Malo est avant tout un lieu où la rencontre
est privilégiée. Les auteurs, les illustrateurs, les cinéastes
s'y sentent chez eux. Il n'est pas rare d'apercevoir, à travers
les baies vitrées de la Rotonde Surcouf, au Palais du Grand'Large,
quelque écrivain américain ou africain en promenade sur la
plage, pieds nus et sourire au lèvre. Nulle part ailleurs, une
ville ne se prête mieux au grand départ vers l'aventure - littéraire
ou autre.
Les souvenirs nous sont nombreux, qui animent notre mémoire et
nous émeuvent toujours, à l'heure de repartir là-bas. Nous
revoyons Alvaro Mutis et son sourire légendaire qui croise Hugo
Pratt et, en riant, échange avec lui sa casquette de marin. Hugo
Pratt, aujourd'hui disparu... Nous entendons encore Ella Maillart
- une des plus grandes voyageuses de ce siècle, elle aussi
disparue... -, installée à une minuscule table de bistrot,
solitaire, presque abandonnée, sirotant son café, abordée avec
toute la timidité d'un jeune premier. Ses réponses fusent à
travers moi comme des flèches de tout bois. Et Denis Richer,
aventurier quasiment aveugle, qui vécut plusieurs mois seuls
parmi les indiens d'Amazonie, que j'accompagne jusqu'au salon du
livre, ébloui par sa simplicité et sa disponibilité... Jörn
Riel enfin ! Ce merveilleux conteur de racontars qui nous arrache
des fous rires ou des larmes avec ses histoires de chasseurs du
Grand Nord, qui philosophent, dépriment, voyagent, chassent (évidemment),
cuisinent, boivent ou... tricotent. D'ici, je l'aperçois assis
et imperturbable, curant sa pipe, attendant - si peu ! - les
lecteurs du stand Gaïa (son éditeur en France) qu'il reçoit
avec plaisir. Je me souviens de quelques pas en sa compagnie dans
les rues de Saint-Malo, lui indiquant les chemins de la cité et
les artères du festival qu'il ne connaissait pas alors.
Grands moments, grands hommes, grandes lectures ! L'édition 2001
sera sans doute un grand cru, qui bonifie avec le temps, et s'étend
par ailleurs. Car "Etonnants Voyageurs"... voyage. A
Bamako (Mali), Missoula (Etats Unis), Dublin (Irlande), Sarajevo
(Bosnie), les auteurs qui veulent dire ou raconter le monde
trouveront aussi, sous la houlette de Michel Le Bris, ce pirate
de la littérature, un terrain d'expression sans limite.
Et nous n'apprécions guère les frontières...
Tristan Alleman
A propos de Louis Brauquier |
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| Pythéas Pythéas Le titre du livre, d'entrée, attire notre attention. S'agirait-il de ce même Pythéas dont parle Louis Brauquier dans sa courte pièce (dans Je connais des îles lointaines / Louis Brauquier, Paris, La Table Ronde) ? Oui, c'est bien lui, et - comble de chance - notre interlocuteur, Yvon Georgelin, connaît et apprécie Louis Brauquier. La conversation est engagée. Elle sera passionnante. C'est qu'il connaît bien son sujet, l'auteur, passionné d'histoire et d'astronomie - et tout aussi passionnant. Encore du temps qui passe trop vite Il nous en reste un livre, à découvrir sans hâte, comme ces navigateurs antiques allaient de cap en cap Au gré des courants et au fil des étoiles. (Pythéas / H. Journès, Y. Georgelin, J.-M. Gassend. - Ollioules : Les Editions de la Nerthe, 1999) |
Bernard Giraudeau Etrangement, dans ses lettres à son ami Roland (voir l'article), la voix de Bernard Giraudeau semble rendre écho à celle de Louis Brauquier : " Diego Suarez aux collines mauves où la misère s'écoule en cascades comme les bougainvilliers - Diego marine, cargo fantôme. A la frontière des docks, la longue sieste a commencé. Un oubli en uniforme gris sommeille sous la menace des grues, un vestige de la Royale, un dragueur à triste mine. Rien ne bouge. Une porte attend un souffle. Grandeur et décadence coloniale. " Et maintenant, Louis Brauquier : " Sur la terrasse indienne, au-dessus de la mer, le jour naît avant l'aube quand enténébré de sommeil et de la couleur du musicien, sonne, dans le camp proche, le réveil au clairon de l'Infanterie Coloniale Mixte. " Deux hommes, deux démarches, deux époques, et pourtant, la même sensation de douceur fiévreuse, la même perception d'un grand port, la même envie d'en faire partager les résonances. Etrangement, oui, un petit cercle se dessine, qui englobe le monde des hommes, leurs rêves, leurs évasions, pour en rendre toutes les émotions. La mer, inépuisable source de vie... |
Instantanés Malouins
Un sourire, une poignée de mains
Et, pour ne rien gâcher,
une brassée de bien beaux livres : "Monsieur Folle Avoine",
des éditions du même nom (nous n'avons su qu'après, qu'il se
nomme Yves Prié), avait tout pour attirer les Frères Pils
Nous nous sommes donc arrêtés à son stand, le temps de faire
connaissance
En sommes revenus avec les quelques volumes de l'Almanach Poétique
Japonais (on en reparlera plus longuement - le temps de tout lire
!) et un souvenir pour le moins cordial, de cette cordialité qui
prend le temps de faire attention à l'autre, le temps de l'échange.
On se reverra sans aucun doute !
Tout aussi cordial, tout aussi jovial, assis derrière sa
table à dédicaces, voici Jean-Claude Bourlès (Retours à
Conques, Le Grand Chemin de Compostelle, Passants de Compostelle,
tous publiés chez Payot, collection "Voyageurs")
Ce marcheur invétéré parle de ses livres comme un artisan de
ses vanneries : simplement, sans prétentions inutiles. Voici
donc l'homme qui a parcouru la Bretagne à pied, sans autre guide
que l'envie d'aller voir (Une Bretagne intérieure)
Il se
montre intéressé par ce petit journal venu de Belgique ("De
si loin ?" s'exclamera-t-il
lui, le voyageur !), et
gratuit, qui plus est ("Mais vous êtes des bons, vous
!!!"). Ici aussi, le courant passe, on ne se perdra pas de
vue.
"Goélettes". C'est le titre prometteur du documentaire
que l'on s'était promis de voir. Il raconte l'histoire de ces
deux goélettes de la Marine Française, la Belle Poule et l'Etoile,
parties pêcher la morue en mer d'Islande dans des conditions
similaires à celles de leurs devancières.
Entrecoupées de phrases recueillies dans "Pêcheur d'Islande"
de Pierre Loti, les images se succèdent, sauvages, évocatrices.
C'est un rêve qui prend forme sous nos yeux éblouis, replongés
d'un coup dans les lectures captivantes de l'enfance.
Elles donnent envie d'en voir plus, de voir les deux autres
documentaires que Patrice Roturier a consacrés à Paimpol et ses
traditions de pêche. Cette lacune sera bientôt comblée
Jacques Pasquet
Il vient tout droit du Grand Nord canadien - et s'avoue d'ailleurs
mal à l'aise parmi tous ces gens
Mais quand il parle, c'est
un autre monde qui nous rattrape et nous fait rêver. Ses "
Contes Inuit de la Banquise " (" Je ne sais plus
comment ça s'appelle
l'éditeur m'a arrangé le titre,
pour vendre ") commencent par cette savoureuse mise en garde
: " Alors que choisissez-vous ? L'aventure ou la routine ?
Vous avez choisi la routine ? C'est votre droit. Personne ne vous
en voudra et puis ça laisse de la place pour les autres qui
pourront vous raconter leurs aventures. Alors salut, bonjour, et
à la prochaine ! Ceux et celles qui ont pris le risque de l'aventure,
bienvenue ! suivez le guide, et rendez-vous au chapitre suivant.
J'allais oublier un détail. Bonne chance ! On ne sait jamais, ça
peut toujours servir. "
Le ton est donné, l'homme ressemble à son livre : d'une pièce.
Lors de notre rencontre, il nous fera cadeau de quelques
anecdotes. Celle de ce vieux sculpteur qui refuse obstinément de
vendre ses uvres aux blancs (" Ils n'y comprennent
rien ! ") Celle du jour où, nouveau-venu dans la communauté
et assistant à un curieux va et vient de femmes Inuit, il prend
un enfant dans ses bras, l'endort d'une berceuse et
gagne
le concours de la meilleure mère !!!
le va et vient en
question consistant à essayer d'être la première à endormir
son enfant
Inutile d'ajouter que, pendant une semaine, tout
le village se moquera de lui
On retrouve chez Jacques Pasquet le ton des racontars (voir ci-dessous)
de Jörn Riel - son ironie aussi. C'est qu'ils se ressemblent un
peu, le Canadien et le Danois, amoureux des mêmes traditions,
des mêmes terres - terres qu'un océan a malencontreusement coupées
en deux.
N.B. Par une de ces ironies linguistiques tant qu'inexplicables,
le mot " femme ", en Inuttitut (langue des Inuits) se
dit " arnaq "
Toute ressemblance
Marc Menu
(Contes Inuit de la Banquise : voyage dans l'Arctique canadien /
Jacques Pasquet ; ill. de Stéphan Daigle. - Editions d'Orbestier,
2000)
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Jorn Riel
La poignée de mains de Jorn Riel. Franche et massive. Le regard
- direct. Ne dévie pas d'un pouce. Au fond des yeux, au coin des
lèvres, l'ébauche d'un sourire, d'une ironie bien-veillante. On
se sent un peu plus homme dans ce regard-là. Et on s'en
souviendra, plus tard, en ouvrant le livre au-delà de la dédicace.
Quand ses racontars (" mensonges qui ont l'air de vérités
ou l'inverse ") nous prennent, et qu'on sait déjà qu'ils
ne nous lâcheront plus.
Jörn Riel répond aux questions - en danois. Tout en regardant
son interlocuteur comme s'il n'y avait aucun obstacle de langue,
comme s'il n'y avait pas besoin d'interprète. D'être humain à
être humain. Avec la force tranquille de l'homme qui sait où il
va.
Marc Menu
"Soré" (ci-contre) est le
troisième épisode du "Chant pour celui qui désire vivre",
sorte de grand roman ethnologique composé par Jorn Riel, qui
traverse plusieurs siècles d'histoire des Esquimaux de l'Ouest
du Groenland. Avec "La maison de mes pères" et "Le
jour avant le lendemain", c'est une toute autre facette du
talent de l'auteur qu'il nous est donné de découvrir ici. Les
aventures tragico-comiques des chasseurs européens, personnages
phares des "Racontars", s'effacent derrière une réalité
terrible : celle d'un peuple qui doit vivre et survivre dans des
conditions extrèmes. Mais avec son infinie tendresse pour ses
personnages, Jorn Riel peut tout conter : les pires famines, les
chasses les plus infructueuses, les gestes d'amour d'une grand-mère
pour son petit-fils ou encore les rêves des hommes appelés aux
grandes destinées.
Mais il est impossible de réduire cette oeuvre à quelques
lignes. D'autant plus que Jorn Riel nous a promis pour bientôt
quelques vers de textes inédits, lorsque nous l'avons rencontré
à Saint-Malo. Nous cheminerons donc plus longuement en sa
compagnie dans notre prochain numéro.
Les meilleurs récits de voyage sont ceux qui ne veulent pas en
être. "Le marin à l'ancre" est de cette trempe. Et d'ailleurs,
Bernard Giraudeau n'en a cure. Le succès cinématographique ne l'a
pas changé. Il est toujours ce jeune cadet de 17 ans qui part
sur la mer. Ses voyages se jouent des grandes escales de découverte
sur le monde, sans limite, sans véritable destination.
Après ses documentaires (Chili Norte,
la Transamazonienne), après ses deux longs métrages (L'Autre,
Les Caprices d'un fleuve), il touche à la littérature, par la
voie directe de la correspondance. Pendant près de 15 ans, par
ses lettres pleines d'émotion, de trouble et de sensualité, il
va voyager par procuration avec son ami Roland, handicapé voué
définitivement à la chaise roulante, qui rêve d'un périple
aux Marquises. Peu d'ouvrages peuvent ainsi receler l'essence même
d'un partage. Giraudeau offre sa propre perception des choses,
des gens, transcrit sa propre expérience à celui qui va le lire,
ou plutôt l'écouter. Plus encore que du récit, on est ici bien
proche de la confidence. "Je ne t'ai pas emmené en Italie,
à Perugia, en Ombrie. Le tournage était ennuyeux et le film ne
sera pas un chef-d'oeuvre. Si tu le souhaites, il y a une place
dans mon kayak." Ainsi, on n'oubliera jamais qu'il s'agit de
lettres. C'est là l'essence de ce livre.
Après quelques pages, je me demandais pourquoi Giraudeau avait décidé,
après la mort de Roland, de publier ces lettres... Peut-être un
hommage, plus certainement un besoin de ne pas laisser l'oubli
ensemencer l'écrit. Car tout écrit doit être lu, même par soi.
Peut-être un sentiment de solitude trop douloureux à vivre après
la disparition de l'ami. Et donc à partager pour le vivre moins
difficilement.
Je n'ai guère de réponse à proposer. Seulement un sentiment de
bien-être, me retrouvant dans ces eaux-là, où l'on se sent
proche du marin en partance, tout en restant à l'ancre devant -
ou derrière - ces horizons qui nous attirent.
Tristan Alleman
(Le marin à l'ancre / Bernard Giraudeau. - Paris : Editions Métailié,
2001)
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