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Idées, rencontres, découvertes______________________ |
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Nicolas Antoniadis : Mineur grec et borain
Le Monde est un voyage : Contes Yakoutes (traduits par des enfants russes, avec l'aide de J.-Cl. Wagner et M.-F. Dujeux, deux Belges en Yakoutie, pour... enseigner le français !)
Voix polonaises : Textes inédits en Français, traduits par Zofia Ladomirska
Pourrait-il exister un seul
langage, un langage universel, un langage compris, immédiatement
compris de tous et de chacun, d'où qu'il vienne, où qu'il aille
? Tous issus d'un même acte d'amour, de la rencontre de deux
infimes parties d'être, nous allons, avec nos racines, tentant
à chaque instant d'en briser l'importance, l'influence, pour
mieux respirer l'air du monde. Tous habités d'une confiance
limitée au-delà de certaines limites, propres à chacun. Pour
les briser, nous disposons de quelques essences : cet amour qui
vibre au coeur de notre coeur, et que chacun libère comme une
pluie bienfaisante - rançon de notre enfance ; la musique, cet
instrument cardiaque qui nous donne un rythme à partager, rapide
ou lent, régulier ou affolé, témoin de toutes nos émotions ;
et d'autres encore. Reste l'écriture, ce fait majeur de notre évolution,
qui ne peut se comprendre qu'en possession des secrets de son âme
: le vocabulaire. Mais bas les gestes qui peuvent en partie les
expliquer; bas les masques qui veulent les dissimuler : voici des
traductions pour permettre le voyage et l'échange de quelques
morceaux de notre âme. |
Textes Yacoutes La radio n'est
pas un astre mort. Elle continue à rayonner de ses
essences autour de nous. Une oreille distraite suffit
encore à nous surprendre. Taïga, toundra, Sibérie, des
mots qui nous rafraîchissent le corps et l'esprit. La
neige y est herbe, le gel y est air. Des Belges au bout
du nord du monde, Monsieur et Madame Wagner-Dujeux, sont,
pour quelques mois, professeurs en Yakoutie, au grand
nord de la Russie. Ils enseignent le Français à l'Ecole
Sakha-Belge de Kepteni, à de jeunes enfants, dans une
contrée où même l'idée de la Belgique n'existe pas. C'est
déjà un voyage. Un contact s'établit entre eux et nous,
par la voie des messages électroniques - qui
franchissent bien l'espace immense de la terre glacée.
Nous leur expédions des livres en Français. Notre démarche
les intéressent et ils traduisent avec les enfants des
contes Yakoutes (racontés en Russe). Ils relient ensuite
un petit recueil, illustré par eux-mêmes. Ce sont des
histoires souvent morales, fines et intelligentes,
mettant en scène des animaux ou des éléments de la
nature, pour raconter aux hommes leur propre... histoire.
Point de plus belle ouverture sur le monde que ce petit
recueil, témoin d'un échange de culture par la simple
transcription de quelques contes. L'écriture a la vertu
d'effacer les frontières, celles qui veulent disposer du
monde en le serrant de ses lignes droites. Les mots n'en
ont pas. Une petite traduction suffit à les bannir : c'est
une souris qui vous le dit...
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Pourquoi le corbeau est devenu noir
Un paysan vit un pope en train de se noyer dans
la rivière. Il courut sur la berge, tendit la main et s'écria :
" Père, donne-moi vite la main ! " Le père n'était
pas loin de la berge et pouvait tendre la main sans difficulté.
Cependant, en entendant cette voix, il nagea de toutes ses forces
vers le milieu de la rivière. A ce moment un autre paysan arriva
au bord de la rivière. Il connaissait bien les habitudes des
popes et cria au premier qui essayait de sauver le pope : "
Eh ! Ne dis jamais "Donne !" car le pope ne donne
jamais rien à personne. Il a seulement l'habitude de tout nous
prendre. Si tu ne veux pas qu'il s'en aille, dis-lui : "Tiens
!" " Le premier paysan fit ainsi. De nouveau, il tendit
la main au père en disant : " Tiens, père, prends vite !
" Ayant à peine entendu "Tiens !", le pope se mit
à nager vers le paysan et prit à deux mains sa main tendue.
Alors ce dernier pût enfin le tirer jusqu'à lui. |
Un certain soir, la souris et l'élan se
rencontrèrent sur la berge boisée d'une rivière. Ils discutèrent
à cette occasion pour savoir qui des deux apercevrait le premier
le lever du soleil.
" Toi, misérable créature terrestre, voir le soleil avant moi ! disait l'orgueilleux élan. C'est moi qui le verrai le premier. - Ne te vante pas trop, avec tes longues pattes et tes grands yeux, répondit la souris. Il pourrait bien arriver que je voie le soleil avant toi. " En discutant, ils s'installèrent pour attendre l'aube. Ouvrant ses grands yeux, l'élan s'installa face à la partie orientale du ciel. La souris, elle, regardait vers l'ouest. " Engeance obscure ! Elle ne sait même pas où se lève le soleil, mais cela ne l'empêche pas de m'importuner dans la discussion " se moquait l'élan dédaigneux, en jetant un coup d'oeil à la souris. Une heure passa, puis une deuxième. Et soudain la souricette s'écria joyeusement : " Le voilà, le petit soleil ! Je l'ai vu la première, la première !" L'élan ne voit encore aucun soleil, il ne croit donc pas la souris. mais se tournant de son côté, il regarde : les rayons du soleil dorent déjà la cime des arbres et leur reflet tremble sur les feuilles. " Te voilà bien avec tes longues pattes, te voilà bien avec tes grands yeux ! " La souris jubilait. L'élan était offensé et dépité d'avoir été ridiculisé par une si petite bête. Il voulut alors la submerger de sa fureur, mais, agile, elle était déjà dans son trou. Essaie toujours de l'attraper ! |
Mon amie à quatre
pattes
par Lana Litvinseva (14 ans)
Elle vivait chez nous. On l'aimait
bien, notre tortue. Elle venait du sable de la steppe. Elle
aimait beaucoup le sable, le sable chaud et les fleurs du
pissenlit, petits soleils, évidemment succulents à manger. Les enfants qui venaient chez nous étaient ravis, les adultes s'étonnaient : dans nos régions sévères, pas de tortues. On doit les faire venir. Un jour, je l'ai perdue, elle a disparu. Triste, je l'ai cherchée. J'espérais la revoir, un miracle car cet hiver, il y a eu très peu de neige et il a fait très froid. Mais j'ai encore un espoir, un très grand espoir : notre terre est sévère, mais sa chaleur intérieure est très grande. |
Le conte ci-dessus a été
écrit en Yacoute, traduit en Russe, puis enfin en Français par
une jeune élève de l'Ecole Sakha-Belge de Kepteni. C'est donc
un texte tout à fait original ! Qu'une jeune fille de 14 ans écrive maintenant sa propre histoire et la traduise est pour eux (et pour nous) la plus belle des récompenses. (Rappel : "Yacoute" ou "Yakoute", pour c'que ça coûte !) |
Nicolas Antoniadis :
Mineur grec et borain
Le voir, c'est l'entendre.
Quelques mots de Nicolas et on garde le son de sa voix au
fond de la mémoire pour longtemps. Le "r" se
roule en boule dans sa bouche à l'accent grec. Le Français
n'a rien altéré de la chaleur humaine qui se dégage de
chacune de ses paroles. Il y a du Socrate en lui, quelque
chose de fondamentalement philosophique. Il est
absolument impossible d'imaginer qu'il ait vécu dans l'obscurité
des galeries de mines plus d'un tiers de son existence.
Toujours prêt à combattre l'oppression (la Grèce n'a-t-elle
pas connu un des derniers régimes totalitaires en Europe
?), à défendre la condition sociale du travailleur,
mineur ou autre, à s'engager dans une lutte pacifique
pour une idée, Nicolas n'a cessé tout au long de sa vie
d'écrire de petits textes dans divers organes de
syndicat ou des journaux locaux à tendance sociale.
Annina l'a épousé en Belgique, dans les années 50, quand l'avenir des ouvriers italiens passaient par les mêmes mines belges. Au début, ils ont vécu dans les "hangars" qui étaient mis à la disposition des nouveaux émigrés. Puis, ils se sont installés dans une petite maison à Cuesmes, dans les environs de Mons. Ils ont eu trois enfants : Cosmas, Pietro et Lina, aujourd'hui tous installés en Belgique. Au pied des terrils, témoins étranges de ce passé industriel et minier définitivement mort, cette famille est l'exemple de la persévérance de parents qui, arrivés en Belgique, ne connaissaient pas un mot de français, l'ont appris en côtoyant les Belges du Borinage et l'ont restitué dans divers écrits. Des voix qu'il faut écouter en silence pour mieux comprendre l'homme qui s'interroge : où sont ses racines ? Où est son avenir ? Des voix douces uniquement liées entre elles par les émotions d'une vie dont les petits-enfants (aujourd'hui au nombre de cinq) sont la plus belle réussite. |
Avant mon émigration,
je voyais sur la carte de géographie, un petit pays, près
de la mer du nord. C'était la Belgique. Un jour, quand la Belgique nous a appelés pour travailler dans les charbonnages, je suis venu, avec les autres. Je trouvais une vieille petite maison au baraquement, car le logement pour les ouvriers émigrés n'était pas prévu, et je commençais mon nouveau métier de mineur de fond. Mais, ma pensée était souvent loin là-bas, tout près d'une côte bleue de la Méditerranée, là où je suis né. Si, dans un journal, je voyais quelque chose concernant la Grèce, je le lisais avec beaucoup d'attention. Si la TV consacrait une émission sur mon premier pays, j'aurais voulu qu'elle ne finisse pas. Quatorze ans passèrent, j'ai décidé d'aller passer les congés payés à l'endroit où j'ai vu le soleil pour la première fois. Là où une vieille mère m'attendait. J'y suis allé, j'ai revu ceux dont j'avais la nostalgie : ma famille, mes amis d'enfance... Après quatorze ans ! J'étais très heureux de me retrouver parmi les miens. Mais, je ne sais pas... je me sentais un peu comme un immigré à la mentalité que je trouvais différente, ou bien c'était moi qui étais changé après quatorze ans de vie parmi mes camarades borains. Un jour, j'appris qu'un belge se trouvait en vacances à environ 3 kilomètres. Je l'ai trouvé et j'étais content. Souvent, nous sommes sortis ensemble. Dans les journaux grecs, lorsqu'il y avait un article donnant des nouvelles de la Belgique, je le lisais avec attention. Quand à la radio j'entendais "Bruxelles" j'amplifiais le son. En revenant, je me disais : " C'est bizarre, quand je suis en Belgique, je pense à la Grèce, et quand je suis en Grèce, je pense à la Belgique. " Que se passe-t-il ? " Ai-je deux pays ? " Je suis né et j'ai grandi en Grèce. Mais la Belgique où je travaille, je vis et je vieillis, je ne pense pas que ce soit pour moi un pays étranger.
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Au village où je suis née, le soleil me réchauffait. J'allais à la plage, la mer me parlait d'autres paysages. Un jour je suis partie vers les horizons inconnus. Je suis passée à travers les boisages, je me retrouve au Borinage. Les terrils me racontent le passé. A leur commencement je n'étais pas encore née. Aujourd'hui les terrils, on les fait disparaître. Les hommes qui ont laissé la vie, par mon récit vont renaître. Cette terre, on l'emploie pour les routes. De loin mon esprit écoute. Les appels viennent de partout. Sans comprendre, je me retrouve à genoux. Les pierres de la mine que je vois Bien des hommes les ont vues avant moi. Ces pierres que je prends en passant C'est l'homme d'hier que je porte plus loin. En marchant, je revois la plage. Les vagues sont libres dans leur passage. Etre libre ou bien être sauvé C'est très important d'être hébergé. Le Borinage revit comme avant On retourne en arrière en marchant en avant. Annina |
Quelques poèmes venus de Pologne, traduits par Zofia Ladomirska, future comédienne, qui nous fait le cadeau de ces bribes de son pays |
" La langue
maternelle est la langue des émotions
J'avais
envie de partager mes émotions, en traduisant des poèmes
que j'aime, qui me parlent. Je sais que les traduire, c'est
en quelque sorte les limiter, car les poèmes, je les
raconte comme je les comprends. La pauvreté d'une
traduction donne parfois envie de pleurer, mais je suis
prête à sacrifier 80% d'un poème à cette envie de le
partager, les 20% qui restent valant la peine d'essayer.
J'ai dans l'idée que l'art devrait être quelque chose d'universel,
en tout cas dans ses émotions, mais l'expression de ces
émotions, leur mise en images sont différentes d'une
culture à l'autre. Les rendre accessibles est pour moi
une vraie richesse. " |
" La langue maternelle est la langue des émotions J'avais envie de part ren
| Elle est
avec nous Elle est avec nous Le soleil Elle soppose à nos mouvements Halina Poswiatowska |
Jeux denfants Les uns, les yeux vivants Edward Stachura |
Lhorizon trois petits points |
Horyzont Wielokropek |
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Czerwiec Przebudzeni |
Juin réveillés |
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La foi Imagine |
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Katarzyna Micholewska