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Les vents
Tristan Alleman


Une histoire d'amour, la plus belle, de celles qui hantent les rêves avec ses caresses et ses espoirs fous, ses pas de lune, ses feux de camps où les identités se perdent dans l'ombre tremblotante de flammes agitées. L'histoire d'un amour qui dépasse les mesures du temps et de l'espace, quelque chose en soi, de fort, de très fort, de très important, qui décompose un être pour en composer un autre, avec des traits différents, des courbures de corps nouvelles, des allures et des élans d'un sang étrange, qu'on découvre comme un enfant. Avec les mains et les mots de l'autre, un monde se crée, l'ouverture toute entière sur le monde, qu'un seul regard suffit à tracer. Le regard de celui qui ne comprend plus mais ressent. Le côté féminin de l'homme qui seul vibre alors, l'essence même de ce qui fait l'être, l'intérieur de soi, sans retenue, la profondeur obscure d'une forêt ou d'un océan, révélée, soudain flamboyante.

Une histoire d'amour qui n'est qu'un long baiser.

Le baiser fait taire les mots, les avale, les immobilise, les réduit à un souffle, le souffle du vent. Tous, de terre et d'eau, d'air et de feu, les mots se taisent. Se vitrifient, se pétrifient, se figent à jamais dans l'étreinte - ce geste de vent qui nous façonne, comme des dunes et des vagues après la tempête.

L'épaule enfin, la douceur de la chevelure - empreinte sur la peau. L'épaule - cette eau solide où se couler, se ressourcer, se rafraîchir, et où, de pierre, infiniment, se laisser prendre comme dans les mains d'un sculpteur.