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Deux textes extraits des Contes créoles de Marlène Dorcena


 Tézen

Il était une fois une petite famille modeste qui vivait tranquillement dans un petit village pas très peuplé. Le papa était bûcheron, la maman travaillait dans les champs et les enfants s'occupaient des tâches ménagères. Tous les matins, leur fille Sarah allait chercher de l'eau à la source. L'après-midi, c'était le tour de son frère Nicolas. L'eau que rapportait Sarah était toujours claire tandis que celle que rapportait son frère était imbuvable et très boueuse. Les parents se fâchaient sur leur fils qui ne savait pas comment expliquer ce qui lui arrivait. Un jour, Nicolas décida de suivre sa sœur Sarah afin de découvrir son secret. Ce matin-là, comme d'habitude, Sarah se rendit à la source et Nicolas la suivit en se cachant derrière les grands flamboyants qui ornaient le chemin. Arrivée à la source, Sarah déposa sa calebasse
 puis chanta une douce mélodie qui la faisait danser la biguine :






Tézen nan dlo
Mon ami mwen
Tézen,Tézen
Mon ami mwen


 

Adélina

A côté d’un cimetière vivait en parfaite harmonie un couple fortuné dont la femme était un peu volage. Ils avaient un chien qui les suivait partout où ils allaient. Adélina, l’épouse, adorait danser, elle allait à tous les bals du village et elle aimait faire la fête. Son mari Oscar, lui, était plutôt casanier.

C’était la période carnavalesque. Comme d’habitude, des petits groupes de quartier défilaient très tard dans les rues. Ce jour-là, un groupe pas comme les autres défila. Il s’agissait des Loups-Garous qui voulaient coûte que coûte offrir quelqu’un en sacrifice. Il était tout juste passé minuit, lorsque Adélina, couchée dans le lit à côté de son mari, entendit une musique dont elle comprenait à peine les paroles.

Il faut dire que lorsque Adélina allait drivailler* et ne retrouvait plus le chemin du retour, grâce à sa voix puissante et forte, son mari arrivait toujours à la retrouver.

Cette nuit-là, Adélina se leva silencieusement à un point tel que son mari Oscar ne s’aperçut de rien. Elle parvint à atteindre le groupe quand soudain, elle se retrouva enchaînée, ligotée. Elle  comprit que les Loups-Garous voulaient la sacrifier. Adélina avait très peur, elle bougea dans tous les sens afin de se libérer mais elle n’avait plus de force. Pendant ce temps-là, Oscar, le mari, se réveilla  à cause des aboiements de leur chien qui était très énervé. Il  comprit vite qu'Adélina était en danger. Il courut dans tout le village dans l’espoir de la retrouver. Il était trois heures du matin, les rues étaient désertes ; pendant que les loups-garous préparaient les couteaux et le grand feu pour le sacrifice, Adélina, dans sa souffrance, chanta. Sa voix était tellement puissante, qu’ Oscar l’enten-dit de l’endroit où il se trouvait.

Oscar arriva avec son grand fusil et tua tous les loups-garous. Ainsi donc, il libéra sa femme et se fâcha. Rentré à la maison, il la secoua comme un pommier et lui interdit de recommencer. Mais deux jours plus tard, arriva un autre groupe et la musique se fit à nouveau entendre. Adélina n’y résista pas. Elle parvint à atteindre le groupe. C’étaient de nouveau des loups-garous. Ils la ligotèrent et s’apprêtèrent à la sacrifier.

Encore une fois, elle arriva à chanter et à crier si fort qu’ Oscar se précipita pour la sauver. Mais, cette fois-ci, le groupe était beaucoup plus nombreux que la fois précédente. Ainsi donc, après avoir libéré Adélina, Oscar se retrouva à son tour ligoté par les loups-garous qui ne tardèrent pas à lui brûler les mains et les fesses et l’expulsèrent vers un autre village inconnu.

Adélina se retrouva seule et jura qu’à l’avenir elle serait sage et moins légère.

 

* Vagabonder, vadrouiller