Rencontres : Miriam Van hee


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Miriam Van hee, née à Gand en 1952 et professeur de russe, est une des plus belles voix poétiques de la Flandre d’aujourd’hui. Toute en douceur et en nuances, d’une écriture sobre et sans détours, elle suit depuis 1978, discrète mais toujours présente, des sentiers qui n’appartiennent qu’à elle.
Alors que les éditions du Castor Astral viennent de publier un choix de ses textes traduits par Etienne Reunis sous le titre  Le Lien entre les Jours, Miriam Van hee a eu la gentillesse de nous confier des inédits (traduits par Marc Menu).








avond in dun laoghaire

1.


de dame uit letland vertelde
hoe de volkeren terechtkwamen :
de finnen duwden de lappen
gestaag naar het noorden
en de pruisen waren zo strijdlustig,
moet je horen, dat ze allemaal
op hun veroveringstochten
gesneuveld zijn
waarom zijn er zo weinig
grappige gedichten, verzuchtte
de dame uit letland, ze wenkte de ober
en vroeg om meer whiskey, dan
keek ze naar buiten en zei
dat er niemand meer was
die nog pruisisch sprak

2.

de zee en de lucht waren in elkaar
overgevloeid, aan de vuurtorens
was nog te zien waar de horizon lag
ze wenkten, niet als een vader of als
een vriend, ze wenkten vanuit
het eeuwige leven, de vrijheid
van komen en gaan
ten slotte waren alleen nog
de palmen te zien in het licht
dat uit de hotelkamers kwam
en verder weg was het klappen
te horen van touwen tegen de masten
voor alles bestaat een decor
voor het weerzien, het afscheid
en voor het wachten

3.

de wereld is groot, zei
de dame uit letland,
europa, amerika, mijn vader
kwam om in siberïe
wij spreken de oudste taal
van europa, wij zijn met weinigen
daarom praten we veel,
men zou zich de mond
moeten wassen met zeep,
zei mijn moeder altijd, maar
zal het ons helpen ?
het leven is lang, zei de dame
uit letland en er is niemand
die met me wil ruilen

soirée à dun laoghaire*
*station balnéaire proche de dublin

1.

la dame de lettonie racontait
comment les peuples se disposaient :
les finnois repoussaient les lapons
toujours plus au nord
et les prussiens étaient si combatifs,
écoutez-moi bien, que tous
ils tombèrent
au cours de leurs conquêtes
pourquoi y a-t-il si peu
de poèmes drôles, soupirait
la dame de lettonie, elle appela le serveur
et demanda un autre whisky, puis
elle regarda au dehors et dit
que plus personne
ne parlait encore le prussien

2.

la mer et le ciel s’étaient
confondus, seuls les phares
indiquaient encore où se trouvait l’horizon
ils appelaient, pas comme un père ou
un ami, ils appelaient depuis
la vie éternelle, la liberté
d’aller et de venir
finalement il ne restait
à voir que les palmiers dans la lumière
qui venait des chambres d’hôtel
et plus loin on entendait le claquement
des câbles contre les mâts
il y a un décor pour tout
pour le retour, l’au revoir
et pour l’attente

3.

la terre est grande, disait
la dame de lettonie,
l’europe, l’amérique, mon père
est mort en sibérie
nous parlons la plus ancienne langue
d’europe, nous sommes peu nombreux
c’est pourquoi nous parlons beaucoup,
on devrait se laver la bouche
avec du savon,
disait toujours ma mère, mais
cela nous aidera-t-il ?
la vie est longue, disait la dame
de lettonie et il n’y a personne
qui veuille en changer avec moi




aan boord

je stond aan de reling en keek
naar de drijvende kust in de avond
je dacht aan je vader
je dacht aan je moeder
verte verwijdert niet want
overal zijn er wegen, zelfs op het water

je zocht in het schuim naar de tekens
beneden, je hoorde zeggen :
de diepte trekt en het leek inderdaad
alsof je kon springen, alsof het
geen pijn zo doen, een ogenblik
en je zou weg zijn, verloren zijn
in je gedichten, voorgoed

maar je dacht aan je vader
je dacht aan je moeder
met wie je een kind was
met wie je de storme trotseerde op zee,
de kettingen sloegen toen tegen de wanden
je wilde de andere landen zien

je wilde verloren zijn
om weer gevonden te worden
hier op het dek in de donkere nacht

à bord

tu te tenais au bastingage et tu regardais
le rivage qui dérivait dans le soir
tu pensais à ton père
tu pensais à ta mère
la distance n'éloigne pas car
il y a des chemins partout, même sur l'eau

tu cherchais des signes dans l'écume
en bas, tu entendais dire :
le vide attire et c'était en effet
comme si tu pouvais sauter, comme si
cela ne ferait pas mal, un instant
et tu serais partie, perdue
dans tes poèmes, pour de bon

mais tu pensais à ton père
tu pensais à ta mère
avec qui tu était une enfant
avec qui tu affrontais les tempêtes sur la mer,
les chaînes battaient alors contre les coques
tu voulais voir les autres pays

tu voulais être perdue
pour que l'on te retrouve
ici sur le pont dans la nuit sombre

 



Groen

van waar ik zat zag ik
een eiland liggen waar
de zon op scheen, af en toe
zoals op mij, beneden
maakten meeuwen hun geluiden
klagend, druk en zenuwachtig :
ze waren thuis

het eiland kleurde donker,
grijs en dan weer hevig groen
alsof het bloosde en ik begreep
dat ooit de zon aanbeden werd
het leek alsof je aandacht
van haar kreeg, ook
als je helemaal alleen was

Vert

d'où je me trouvais je voyais
une île sur laquelle
le soleil brillait, de temps à autre
comme sur moi, en contrebas
des mouettes émettait leurs cris
plaintifs, agités et nerveux :
elles étaient chez elles

l'île se teintait de sombre,
de gris et à nouveau de vert éclatant
comme si elle scintillait et je comprenais
qu'on eût pu adorer le soleil
c'était comme si on recevait
son attention, même si
on était tout à fait seul