Rencontres : Marc Menu


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Au gré de nos découvertes, de nos "rencontres" (comme l'indique le titre), de nos retrouvailles, de nos visites, de nos surprises, se retrouveront ici ceux qui utilisent l'écriture, la forment, la transforment, la déforment, l'épousent, la défendent ou même la combattent. Ces gens d'aujourd'hui ou d'hier, venus à nous par le grand biais du hasard, viennent à vous pas à pas, au rythme de leur offre. Avec patience, réserve et surtout modestie, voici quelques lignes de ou à propos de...

Marc Menu (Ca, c'est un Pils !)








Il a toujours eu peur de l'orage

Il a toujours eu peur de l'orage.

Quand le ciel se déchire en trombes d'eau, de grondements de colère en éclats de feu... Alors, il sent monter en lui des bouffées d'angoisse éperdue.

Envie sauvage de s'enfuir, n'importe où, pour ne plus voir, ne plus entendre. Envie instinctive de trouver la paix.

Tout petit, il allait se blottir dans les bras de sa mère. Plus grand, il cherchait refuge sous un oreiller complice. Maintenant, il se sent trop vieux pour oser exprimer sa peur. Elle n'en est que plus obsédante.

Alors, il se bat contre lui-même, il se maîtrise jusqu'à sortir dans le jardin, jusqu'à braver les dieux.

Alors, la pluie le saisit, le détrempe en moins d'un nuage...

Alors, la flamme le parcourt, en un ralenti sublime, de la fine pointe des cheveux à la plante des pieds...

Alors, le roulement du tonnerre le prend, le désagrège comme un vieux mur emporté dans un séisme...

Alors, le prochain élcair n'illuminera qu'un petit tas de cendres.

Des cendres dont le vent s'empare en se souvenant, dans un murmure, qu'il a toujours eu peur de l'orage.




Enfant...

Enfant, il passait des heures à regarder les nuages. C’était son cinéma, ses livres, son univers à lui.

Dès les premiers beaux jours, on le trouvait là, couché sur le dos, à même le sable. A attendre que ça se passe. Et, le plus souvent, ça se passait.

Le ciel était une page blanche, un décor. Une scène, dont les nuages étaient les acteurs.

Il y en avait de toutes les formes, de toutes les nuances, du blanc le plus pur au gris le plus sale.

C’étaient, tour à tour, des châteaux féeriques, des animaux fabuleux, des bateaux au long cours. Il y voyait des paysages, des royaumes oubliés, à n’en plus finir. Ils glissaient, se défaisaient aussitôt, revenaient de plus belle.

Chaque nuage avait son histoire à raconter. Cela faisait des centaines d’histoires, toujours différentes, toujours recommencées.

Et ainsi de suite, jusqu’à l’obscurité, qui venait toujours trop tôt.

Alors, il rentrait, du ciel plein les yeux. De ce ciel que même la nuit la plus noire n’effacerait jamais.



Il me trotte en tête,
et ne me lâchera pas.
(et c'est moi, pourtant,
qui crois le tenir)

Il me trotte en tête,
au rythme de mes pas.
Je m'arrête pour l'écrire,
pour m'en délivrer.
(les mots se détachent, fluides,
et s'agrippent au papier)

Il s'éloigne.
Pas besoin de le rattraper.
Il tient tout entier dans ma poche.