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Collection |
Un jardin au Borinage |
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Nicolas Antoniadis naît en Grèce, en 1934, dans la région de Kavala (Macédoine). Il connaît une enfance difficile pendant les années de guerre, quand son village, Kokkala, est entièrement détruit et brûlé par les militaires bulgares qui occupent la Grèce. Durant le régime militaire et dictatorial grec, alors qu'il est encore aux études, communiste et humaniste dans l'âme, il connaît la prison et la torture. Contraint de s'exiler pour survivre, il choisit la Belgique et vient travailler comme mineur à La Bouverie, au cœur du Borinage. Pendant 12 ans, il exerce le plus dur des métiers, avant d'en pratiquer une dizaine d'autres. Ses textes parlent des conditions de travail des mineurs, de leurs doutes, de leurs espoirs. Ecrits en grec ou directement en français, ils témoignent d'une lutte quotidienne menée pour les droits de l'homme, des travailleurs et des émigrés. Ils apportent la certitude qu'une vie ouverte sur le monde et les hommes qui le font, crée un homme nouveau. A 70 ans, père et grand-père comblé, Nicolas s'est reconverti en collectionneur de plantes, pour donner à son jardin et aux abords de l'autoroute du Borinage des allures de parc grec… Il peut ainsi laisser derrière lui une trace de toutes les couleurs : le bleu azur du ciel grec, le gris des guerres et des dictatures, le noir des mines de charbon et le jaune éclatant des pensées sauvages.
Aux entrailles de la terre (extrait)
relié - 80 pages
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Un matin de juin, il est six heures. Des hommes chargés d’outils : marteau, hache, pelle, marteau-pic, masque, commencent à entrer dans l’ascenseur. Le premier étage est plein et le mécanicien a porté l’énorme cage de fer plus haut pour remplir le deuxième. Le soleil était déjà levé et quelques-uns de ses rayons touchaient la cage humide et noire qui allait bientôt disparaître dans les entrailles de la terre.
« Regarde le soleil ! » dit un mineur à son camarade. Mais le camarade n’a pas eu le temps de tourner la tête, l’ascenseur disparut dans la gueule grande ouverte du puits qui semblait dire : « Laisse le soleil, jeune homme. Le soleil n’est pas fait pour toi. Toi, tu es un ouvrier mineur condamné à l’obscurité sous la terre. Pour toi, il y a les poussières, l’humidité, la fatigue, la silicose, les blessures, la mort prématurée. »
La cage s’arrête à une profondeur de 976 mètres. Les mineurs, les uns derrière les autres, marchent maintenant dans la galerie centrale. Ils parlent peu : « Ça va ? Moi, ça va, et toi ça va ? » Comment peuvent-ils parler ? Ils sont tous de nationalités différentes : Belges, Espagnols, Grecs, Italiens, Turcs, Marocains, Algériens, Polonais, Portugais…
Sous le casque lourd, on voit des visages amaigris par la maladie du mineur, par le travail dur. Ils marchent environ deux kilomètres ; là, des petites galeries les attendent. Ici, ils ne marchent plus debout mais à quatre pattes, ainsi pendant une demi-heure environ. Le visage mouillé de sueur, ils arrivent à l’entrée de la veine de charbon. La veine a une hauteur de soixante à septante centimètres et une longueur de cent quatre-vingt mètres. Ils vont entrer là-dedans, les uns après les autres, avec leur lourde panoplie ; ils vont entrer là-dedans, les uns après les autres, en rampant.
Durant huit heures, sur les roches, dans la poussière et le gaz empoisonnant, dans les dangers d’incendie, d’éboulements et de coups de grisou, ils travailleront très durement pour arracher le charbon, tantôt sur le dos, tantôt sur le ventre, tantôt à genoux. Quand l’heure viendra, ils prendront le chemin du retour, très fatigués, tout mouillés de sueur, noirs comme le charbon ; blessés par les chutes de pierre. Mais ils seront contents, contents parce qu’ils quittent l’enfer, contents parce qu’ils ont gagné, encore pour un jour, le pain de leurs enfants.
Ils viendront encore les jours suivants. Après dix ou quinze ans de travail au fond, ils seront malades, les poumons pleins de poussière. Ces hommes à l’âge de quarante ans seront invalides, silicosés.
Braves êtres humains ! Vous payez cher, très cher le pain que vous gagnez au fond de la mine ! Vous le payez de votre santé ! Vous le payez d’une partie de votre vie !