Ah non !!!!
Ca, c'est Brauquier, hein !!!


Georges Lebouc (Marseille, 1938 - Bruxelles...)
Beeeeeeeeeeehhhhhhh... oui !


Retour

Comment, en voulant le trahir, en parler objectivement, car il est réductible à des normes critiques, variant au gré des modes intellectuelles ?
(Les Frèèèèèèèrrrrres Slipps, Copins)




 
Le Bruxellois en 70 leçons

Eh bien, parlons-en ! Parce que c'est sûrement la plus belle, la plus énorme zwanze de la fin du 20e siècle - une zwanze comme on n'avait pas osé en écrire depuis la grande époque ou le bon vieux temps. Bourré de bons mots, d'expressions typiques, d'insultes à la Hergé (qui n'en sont donc pas vraiment), de situations vécues (le tram bruxellois et son "controlleur"), l'ouvrage n'en est pas moins un véritable traité de linguistique. N'oublions pas le côté philologue rigoureux de l'amoureux du langage qu'est Georges Lebouc. Son humour transparaît à chaque page, son style à chaque leçon, et les élèves que nous étions y retrouveraient sans peine la couleur de la phrase et l'aisance du verbe de ses cours animés. Construit selon une méthode de type "Assimil", l'ouvrage répond donc bien aux exigences de l'apprentissage d'une langue. Il peut aussi se lire le soir, pour se distraire, ou mieux, entre amis, en choisissant une situation simple et amusante à mettre en scène. Et si certains mots sont incompréhensibles à d'aucun, qu'importe ! Le glossaire, les traductions pincées (style Alphonse Boudard) et les explications plus que complètes suffiront à nous transporter en un instant au cœur de la capitale. Alleï, circuleï, y a rien à vwâr.

Rencontre, reportage et propos
déformés par la rédaction

Né voici 64 ans d'un père tourneur en métaux et d'une mère maternelle, le petit Georges se passionna d'emblée pour la langue - surtout la sienne. Ou plutôt les siennes car il en parla bientôt d'innombrables : Français, Espagnol, Italien, Bruxellois, Marolliens, etc. etc. Bien qu'il ne foutit rien à l'Athénée, il obtint un diplôme humanitaire commun à 18 ans, au moins. Après cet exploit, comme tout garçon de bonne famille capiteuse (entendez "de la capitale"), il abandonna rapidement des études pourtant prometteuses pour étouffer dans l'œuf une toute aussi prometteuse carrière de pianiste de jazz. Revenu de loin, et de rien, il reprit le fambeau de la phileau et se fit licencié. Bref il devint prof. Notre prof !!!

"Aïe oh ! Ail O ! On rentre du bouleau ! "
(pasque "Prof", hein !)

Là il put enfin donner la pleine mesure de sa démesure dans d'épiques joutes de kicker qui l'opposèrent à ses propres étudiants. Veni, vidi, vici ! Farpaitement ! GL, entre autres tâtonnements, anima un ciné-club et se permit même une incursion dans la mise en scène (de mauvaises langues prétendent qu'il s'agissait en fait d'une… excursion). Philologu
e avant tout et retraité avant les lettres, GL se retrouve aujourd'hui au Seuil (il voudrait bien !!!) d'une carrière littéraire. Auteur de diverses méthodes d'apprentissage de langue (espagnol, italien, français), il se consacre aussi à la culture de ses racines (alors, ça mord ?). "Le Bruxellois en 70 leçons" (1) et "Le Belge dans tous ses états" (2) en sont une vivante illustration. Tel qu'en lui-même, ce vieux mais toujours jeune anarchiste convaincu ("Celui qui se croit au-dessus des autres est un con") a plus d'un tour (de France) dans son sac. Pour preuve, le guide de Paris pour les seniors (+ de 3x20 ans) vient de sortir de presse. Où donc s'arrêtera-t-il ?
Nul ne le sait, pas même nous qui l'avons ouï ronchonner durant nos (ses) plus belles années…
D'ailleurs, il ronchonne toujours !

(1) Bruxelles, Labor, 2000
(2) Paris, Bonneton, 1998



Les homards
par Georges Lebouc

Ce n'est pas sur son lit de mort qu'on doit découvrir la vanité des choses…
Montherlant, Le Cardinal d'Espagne

La vanité n'est que l'art de s'endimancher tous les jours
Balzac

Deux homards, une mère è sa fille
Nageaient comme des anguilles
Des poelings, si tu préfères,
Dans l'eau claire d'une rivière.

Un pêcheur les prit
Dans son filet
È les mit
Dans un baquet.

Elle avait les poepers, la fille,
Mo sa moema lui dit :
"A smoo !, potfermille !,
Regart une fois ski est écrit."

Sur une caisse on savait lire :
"Echte pladaais"
È en dessous
"Destination Paraais."

"Paraais ! " se dit la jeune mokke
"J'ai bien tort de me fâcher :
A notre époque
Faut beaucoup voyager,

Voir la Tour Eiffel,
La mode è ses défilés,
Boire du champagne à la boutelle
Sur les Champs Elysées… "

Après avoir traversé l'Atlantique
Voilà qu'on les amène,
Place de la Madeleine,
Chez un traiteur très chic.

Elles sont pas seules dans la boutique
Y a d'auts homards tout rouches
Mais pas un seul qui bouge
Voilà le hic !

"Nous on est bleues,
Nous on est moches, godferdieu !
Eux on dirait des cardinaux
Nom de doume, qu'ils sont beaux ! "

"Pas op !, dit la vieille
Ecoute bien, ma fille,
Méfie-toi de tout ce qui brille
E suis bien mes conseils :

Sois pas djoum-djoum :
Ces pèis sont spoum,
Leurs deux pattes
Sont rouge ècarlate

Mo s'ils sont jolis
C'est passqu'ils sont cuits !
Ils ont l'air tofs,
Mais sont jucht bons pour le kerkhof ! "

La jeune rigole è pertang,
C'était bien la voix du sang.
Ecoutez ske vot' mouma sait dire
Surtout si elle annonce le pire :

La veille de la nouvelle année,
En trois minutes un cuisinier
Les fit bouillir dans une marmite.
È les servit avec des frites.

Beaucoup des hommes
Ressemblent à ces homards
Ils admirent les riches castars
E leurs dames en opossum.

Ils savent même pas savoir
Tout ce qu'il faut faire pour avoir.

D'après Les homards de Franc-Nohain

L'exemple du maître
La dernière leçon du
"Bruxellois en 70 leçons"
(D'après Marcel Proust)

1. Ma moema m'avait une fois donné une mastelle cadeau.

2. Je l'ai mangé mè ne goeie jatte caféi,

3. è, in iene ki, je m'ai rappelé de ma matante, Leionie,

4. une boerine qui vivait sur le platteland.

5. Une ôt fois que je marchais dans une strotje de Meulebeek,

6. voilà que je triboule sur des pavès.

7. Ca ètait des snuls qui avaient ouvru la stroet

8. è qui avaient veroublié de la fermer !

9.Tu auras difficile à me croire mo

10. in iene ki, voilà que je me crois à Bruze.

11. J'ai jamais pu jeter ces kluuteraas dehors de ma tête

12. è loeter, quand je suis devenu un aave pei,

13. je m'ai dit en moi-même :

14. " toi, breuke, vous devez faire un tof boekske avec ça ! "

Extrait du "Bruxellois en septante leçons", Bruxelles, Labor, 2000.

Traduction disponible dans l'ouvrage, évidemment… Achetez-le.