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Comment, sans risquer de
le trahir, en parler objectivement, car il n'est pas réductible
à des normes critiques, variant au gré des modes
intellectuelles ?
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| Brève rencontre avec un homme des mers
et des ports Proposée par la rédaction et inspirée par la préface des "Poésies complètes" d'Olivier Frébourg |
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La mer, où tout devient possible. Les ports, où tout l'est. Le bruit, les odeurs, les langues qui se mélangent, les noms qui s'exotisent, les silences qui accompagnent les navires enfuis. Les ports d'attache, toujours semblables mais toujours différents : Alexandrie, Port-Saïd, Sydney, Nouméa, Saïgon, tous énumérés, racontés, vécus, au cours de sa carrière d'agent des Messageries Maritimes. Tous réinventés, ressentis, dans une poésie de mots simples, maritimes, sans emphase. Il vit non de pittoresque et d'exotisme, mais de connaissance et de rencontres profondes. Ses poèmes sont imprégnés d'aspects quotidiens, de murmures de vent, de paroles de marins et de dockers. |
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| L'amitié l'accompagne tout
au long de sa vie et de ses voyages. Gabriel Audisio, son
meilleur ami, à travers
unecorrespondance assidue qu'ils échangent pendant plus
de quarante ans, est le témoin, le miroir de la création
d'une oeuvre qui se sait hors du temps et des modes. A
tel point que lettres et poésies se rejoignent, par
exemple pour exprimer le désenchantement vécu loin de
la lumière de Marseille pendant les années qui suivent
la Première Guerre Mondiale - il est alors intégré à
l'armée, en Allemagne occupée. La peinture, qui prolonge la poésie, la met en forme et en couleur. Si la main se libère, c'est pour mieux exprimer la sensation des images qu'il veut garder, cette fois, pour lui et ses proches (il ne vendra aucune toile et il faudra attendre sa mort pour que certaines d'entre elles soient exposées au public). La vie, enfin, dont poésie et peinture ne sont que les reflets, toujours privilégiée, toujours pleinement vécue; la vie d'un homme dont les sillages font une des figures les plus marquantes du voyage littéraire. |
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| Homme de lettres | |||
Brauquier, le poète, mais aussi et
surtout Brauquier l'ami. Dans quelle mesure d'ailleurs, l'ami
n'est-il pas le poète ? Durant 40 ans, Louis Brauquier
entretiendra avec Gabriel Audisio, autre écrivain
Marseillais, une correspondance de tous les moments, de
toutes les circonstances. Qu'il soit heureux d'un départ,
triste d'un autre, inspiré par un lieu du monde, par une
aube ou un crépuscule, en proie au doute, qu'il se sente
prêt à peindre, Gabriel Audisio est toujours le
confident fidèle, à qui rien n'est caché. Ils s'écrivent
toujours avec ferveur, sans détour, sans retenue, ils s'écrivent
avec leur coeur, ils se soumettent des idées, des
passions, ils s'échangent des souvenirs - eux qui
unissent si bien les hommes...
Brauquier, le "correspondant" des Messageries Maritimes. A lire ces lettres, l'émotion est grande et forte, car elles dirigent tout droit vers les bords de mer, les ports lointains, les bruits et les douceurs du monde. Tout ce qui, en somme, fait de la poésie de Brauquier ce joyau de la littérature non pas marine mais maritime. "Courrier", qui propose le témoignage écrit de ces quarante années de belle et loyale amitié, est mis en page, éclairé, précisé et amplifié par Roger Duchêne. Cet ouvrage, malheureusement indisponible (voir bibliographie) est pourtant essentiel à la compréhension de l'homme qu'était Brauquier. Et l'homme étant indissociable du poète, tant par les sujets que par l'écriture de ses poèmes, on peut considérer "Courrier" comme un témoignage vif et vivifiant de la vie du poète. On lira ci-dessous quelques exemples de l'apport essentiel de Roger Duchêne dans l'explication et l'interprétation de l'oeuvre de Louis Brauquier. |
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Un vers de Brauquier
Le lui prendre
Lui laisser quelques vagues
Et surtout
Le lui rendre
Je connais des îles lointaines
Je connais des rades foraines
Et des passes non balisées,
Au fond desquelles lon découvre
Dans la pureté matinale
Que va massacrer le soleil
Le même drapeau que lon hisse
A la façade des mairies
Sur les belles places de France,
Et, sous ce pavillon, des hommes
Qui sont là, mais qui voudraient bien
Débarquer un jour à Marseille
Et qui ne savent pas pourquoi.
(extrait de "Liberté des mers", dans
"Je connais des îles lointaines : Poésies complètes",
p. 260)
| Je
connais des îles lointaines Au soleil couchant qui seffacent Les mots seuls, alors, les enchaînent Aux grands ports et aux marées basses Leau des cales et des horizons En une phrase, en un murmure Traverse mer, digue et saisons Comme un souffle enfle une voilure Au café, le soir, incertaines, Des rumeurs bravent tous les âges ; La rude vie des capitaines Donne voix aux plus grands voyages : " Je connais des îles lointaines " Tristan Alleman |
Je ne connais dîles
lointaines Je ne sais
des îles lointaines Marc Menu |
Extraits de "Feux d'épaves"
Saïgon
I. Saison des pluies
Soir de dimanche
Il pleut. La pelouse est dans l'eau.
La-bas, à quai, sous les tauds
luisants, ou les cales fermées, leurs ponts déserts, l'André-Lebon,
le Sagittaire, le Ville-d'Amiens, le Fir-Hill,
le Sontay,
les marchandises bâchées sur les appontements,
les collies réfugiés dans les camions aux toits convexes
pareils à d'énormes coléoptères bruns,
attendent que ça cesse ou que ça s'interrompe.
Et plus loin,
sur les bouées,
invisibles au milieu de la Rivière,
l'Espérance et le Beech-Hill, noyés de pluie et
comme abandonnés,
contemplent ce paysage de marécages et de désespoir où se lèveraient,
sans surprendre, les grands lémuriens.
Ces jours de mer et d'affrètement
perdus nous font mal au coeur.
Et pourtant, cette vie, nous l'avons choisie.
Quand elle nous fera défaut, nous en regretterons les sortilèges.
Heureux si nous en conservons la mémoire.
Nos souvenirs ne sont pas cors de
chasse, mais fracas de treuils et appels de sirènes, rauques ou
mélancoliques, de plus en plus faibles,
au fond de ports de plus en plus étrangers.
II
Sur la rivière de Shanghaï,
comme sur celle de Saïgon
longtemps
nous avons rêvé la mer inaccessible.
Diégo-Suarez
| I. La terrasse indienne [...] |
[...] Là,
dans un maigre décor d'épaves et de tôles rouillées
traversés de chèvres étiques, V. La carte chante Fénérive et Farafangana, |
Sources Je connais des îles
lointaines : Poésies complètes / Louis Brauquier ;
édition présentée par Olivier Frébourg. - Paris : La
Table Ronde, 1994 |