CHAPITRE II. - DE LA CONSTITUTION RYTHMIQUE DU CHANT GREGORIEN.
Ouvrage Posthume de Jacques-Nicolas Lemmens publié par les soins de L'Abbé Joseph Duclos - 1886.

55-56

 La musique a pour éléments fondamentaux la mélodie et le rythme.

 Le rythme donne la vie à la mélodie par le mouvement, mais un bon rythme constitue l'ordre dans le mouvement, mais quand cet ordre fait défaut, le rythme est boiteux et cesse d'être musical.

 Plusieurs temps égaux forment la mesure arithmétique, matérielle, essentiellement antimusicale par sa rigueur même. La phrase, au contraire, grâce aux différents membres qui la composent, change la mesure en rythme par la respiration qu'elle a pour cadre et par l'accent qui en est le moteur. Après chaque membre de phrase ou distinction, il y a un petit arrêt (point d'orgue), pour permettre à la voix de respirer. La durée de ce point d'orgue ne peut être déterminée avec précision; mais si elle est trop longue ou trop courte, le rythme en souffrira, car il faut de la proportion entre les différentes distinctions d'un morceau, aussi bien qu'entre les différents membres d'une phrase.

 Mais cédons ici la parole à Guido d'Arezzo et reproduisons in extenso tout ce qu'il consacre au rythme musical dans l'important chapitre XV de son Micrologue, ouvrage dont on ne saurait trop recommander l'étude¹.

 Voici la traduction de ces précieuses lignes avec le texte latin placé en regard, afin que le lecteur puisse vérifier, au besoin, l'exactitude de notre interprétation :

  "Igitur quemadmodum in metris sunt littera et syllabus, partes et pedes, ac versus; ita et in harmonia sunt phthongi, id est, soni, quorum unus, duo vel tres aptantur in syllabus, ipsaeque solae vel duplicata neumam, id est, partem constituunt cantilenae; sed pars una vel plures distinctionem faciunt, id est, congruum respirationis locum.



"De quibus illud est notandum, quod tota pars compresse et notanda et exprimemda est; syllaba vero compressius. Tenor ver, id est, mora ultimae vocis, qui in syllaba quantuluscumque est, amplior in parte, diutissimus vero in distinctione, signum in his divisionibus existit; sicque opus est, ut quasi metricis pedibus cantilena plaudatur, et aliae voces ab aliis morulam duplo longoriem vel duplo breviorem aut tremulatum habeant, id est, varium tenorem, quem longum aliquotiens litterae virgula plana apposita significat.

    De même que, dans l'art métrique, il y a des lettres et des syllabes, des parties (de pieds) et des pieds, et (enfin) des vers; de même, dans le chant, il y a des phtongues, c'est à dire des sons, dont un, deux ou trois forment des syllabes (musicales), et celles-ci, seules ou doublées, engendrent (à leur tour) un neume, c'est à dire une partie de la cantilène; enfin, un ou plusieurs neumes font une distinction, c'est à dire (une période musicale, après laquelle vient) l'endroit propre à la respiration.


    A ce propos, il faut observer que les notes d'un neume doivent être étroitement réunies dans l'écriture et dans l'exécution, et, plus étroitement encore, (celles qui forment) une syllabe (musicale). La tenue, c'est à dire l'allongement de la dernière note, est très faible à la fin d'une syllabe, plus forte à la fin d'un neume, très longue à la fin d'une distinction, et c'est ce qui constitue le signe (caractéristique) de ces (trois) divisions. IL FAUT DONC QUE LA CANTILENE SOIT SCANDEE, COMME SI ELLE AVAIT DES PIEDS METRIQUES, ET QUE LES NOTES SE DISTIGUENT LES UNES DES AUTRES PAR UNE VALEUR DEUX FOIS PLUS LONGUE OU DEUX FOIS PLUS COURTE , à moins qu'il ne se rencontre un son trémulant d'une valeur (temporaire) qui varie et qui peut être longue, ce qu'on indique quelquefois (dans ce dernier cas) par un trait horizontal ajouté au caractère (neumatique). ²

   ¹ Le chapitre XV du Micrologue a pour titre : De commoda vel componenda modulatione, titre qui est peut être interpolé. - Cf. GERBERTI Scriptores, tome 2, pp. 14 et suivantes; 2° MIGNE, Patrol.lat., tome 141, coll. 394, etc.; 3° MICHEL HERMESDORFF, Micrologus Guidonus, Trèves, 1876, in-12, pp. 80 et suivantes; 4° ALOYS KUNC, Musica sacra, année 1879, N° de novembre, p. 114 etc.etc.
   ² Ms. 7211 de l'ancien f. lat. de la Bibliothèque nationale de Paris.
Mélodie et rythme, fondements de la musique.





Double notion du rythme. Quel est celui qui convient au chant grégorien ?








Doctrine rythmique de Guido d'Arezzo.









































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