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MONSIEUR
LEMMENS attachait beaucoup d'importance au volume
que nous publions aujourd'hui : c'était son oeuvre de
prédilection et comme la synthèse de ses aspirations
religieuses.
Malheureusement pour l'art catholique, la mort ne lui a pas
permis d'y mettre la dernière main; mais, si l'ouvrage
n'est point terminé dans tous ses détails, il suffit
cependant pour nous initier aux théories formulées
par l'auteur sur le chant de saint Grégoire et l'harmonisation
qui lui convient.
Nous avons suivis, dans cet ouvrage, la rédaction que
M. LEMMENS avait dictée et annotée lui-même,
avec le plus grand soin, deux mois avant sa mort. Nous avons
respecté scrupuleusement le style simple, souvent original
et toujours vigoureux du Maître. - Ce volume
didactique est donc "son œuvre"
dans toute la rigueur de l'expression.
M.LEMMENS n'abordait jamais une question musicale sans y imprimer
la marque de sa brillante individualité. On en trouvera
des preuves dans cet écrit.
L'art semblait n'avoir point de secrets pour le sagace musicien,
et, si quelque chose au monde pouvait passionner son cœur pieux,
c'était le chant, le vrai chant de saint Grégoire,
et les purs enthousiasmes de l'orgue catholique !
Ce livre fera certainement époque dans les annales
de la musique : on peut le considérer, à bon droit,
comme le testament d'un des plus grands artistes du XIXe siècle.
Il a semblé rationnel de joindre aux oeuvres posthumes
de M. LEMMENS une courte notice sur sa vie et ses travaux, et
de la placer en tête du présent ouvrage.
Nous eussions souhaité que la rédaction de cette
esquisse n'eût point été confié à
l'un de ses élèves. Nous eussions souhaité
surtout qu'une plume plus autorisée que la nôtre
eût été chargée d'accomplir une tâche
aussi délicate que difficile. Cependant, Madame Lemmens
a bien voulu s'adresser à notre humble personne, et le
désir d'exécuter les dernières volontés
de notre Maître et de mener à bonne fin la publication
de ses oeuvres, a fini par triompher de nos hésitations
et de nos craintes.
Certes, le droit de juger M. LEMMENS n'appartient point à
ses élèves : ce droit revient exclusivement aux
princes de la critique et à l'histoire. Ne voulant pas
départir de ce principe élémentaire des
vraies convenances, nous nous sommes donc complètement
abstenu de toute appréciation personnelle.
L'article que FÉTIS consacre à M. Lemmens, dans
sa Biographie universelle des Musiciens (2° édition),
a servi de base à notre travail. Fétis est, sans
conteste, l'un des musicologues les plus célèbres
et les plus compétents de notre époque, et nous
n'avions guère à hésiter sur le choix d'un
tel guide.
Il est à regretter, toutefois, que la notice écrite
par l'ancien Directeur du Conservatoire de Bruxelles s'arrête
à l'année 1862, et qu'elle ne retrace ainsi qu'une
partie de la carrière artistique de M. LEMMENS. Comme
article de Dictionnaire, elle est, elle devait être fort
siccité, et nous avons dû y ajouter la relation de certains
faits, sans laquelle l'intelligence complète de la vie
du Maître ne nous semblait guère possible. Quand
à ces additions, nous nous sommes exclusivement appuyé
sur le témoignage des musicographes contemporains les
plus autorisés. Tous ces musicographes, quelle que soit
du reste la divergence de leurs opinions sur d'autres points,
se réunissent pour acclamer le génie supérieur
de M. LEMMENS. Dans de pareilles conditions, nous croyons remplir
un pieux devoir envers la mémoire de notre vénéré
Maître en reproduisant les principaux hommages que la presse
musicale lui a rendus.
Il y a surtout une époque de la vie de l'illustre organiste,
- et, à notre avis, c'est la plus importantes de toutes,
- qui n'a pas été suffisamment décrite jusqu'ici
: nous voulons parler de ses dernières années,
consacrées tout entières à la diffusion
de ses idées artistiques et religieuses.
Notre monographie devra donc entrer dans des détails
circonstanciés sur l'origine, la fondation et le prodigieux
développement de l' École de Musique religieuse établie
à Malines. Elle devra suivre, pas à pas, les travaux
de son zélé Directeur, jusqu'au moment où
sa mort admirablement chrétienne est venue le ravir à
l'affection de ses élèves, à la vénération
réelle du monde musical et à la défense
de la noble cause de l'art catholique.
Ici encore, nous nous sommes contenté d'exposer simplement
les faits, de reproduire les documents authentiques que nous
avions entre les mains, et de citer quelques appréciations
de la presse.
Telle est également la règle que nous avons
rigoureusement suivie dans le récit de la mort et des
funérailles du grand artiste.
Nous espérons que, vu les motifs exposés plus
haut, - motifs d'une nature si délicate, - le lecteur
voudra bien nous excuser d'avoir recouru si fréquemment
aux citations.
Il nous reste à remercier ceux qui ont eu l'extrême
bienveillance de nous adresser, sur notre demande, des documents
relatifs à la rédaction de cette Notice.
Nous sommes heureux de pouvoir citer ici M.
ALPHONSE MAILLY, le savant et très sympathique
successeur du Maître comme professeur d'orgue au Conservatoire
royal de Bruxelles; M. ALEXANDRE GUILMANT, l'un des plus célèbres
virtuoses et compositeurs de notre époque; M. ARTHUR LOTH,
qui soutient vaillamment sur le terrain politique, la lutte que
le regretté Directeur de l'école de Malines avait entreprise
dans le domaine de l'art; enfin, M. ARISTIDE CAVAILLE-COL, que
nous n'hésitons pas à appeler le roi des facteurs
d'orgues de l'époque actuelle. C'est M. CAVAILLE-COLL
qui, le premier, à la demande de FETIS, a présenté
M. LEMMENS à Paris, en 1850; son nom restera associé
au nom de celui qu'on a appelé, à juste titre,
le premier des organistes de ce siècle.
Nous remercions également les anciens élèves
de M. LEMMENS, nos très chers condisciples,
qui se sont empressés de s'associer à notre travail,
en nous fournissant des communications importantes : tous ont
voulu contribuer, chacun pour sa part, à ce dernier hommage
offert à leur Maître vénéré
!
C'est vraiment un insigne honneur pour nous d'avoir été
chargé par M. LEMMENS lui même,
"la veille de sa mort", de surveiller la publication
de ses ouvrages inédits sous le contrôle d'une commission
de savants nommée ad hoc.
Nous croyons n'avoir rien omis pour remplir fidèlement
cette grande et sainte mission.
L'ABBÉ JOSEPH DUCLOS,
ancien élève de M. LEMMENS
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