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Les années 70 |
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Yvon Vandycke, quand il est poète, a le visage tout vert de l’ éclair de Rimbaud. |
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Le même quand il est peintre, s’ enferme à double tour dans sa maison mentale, et le cinéma des terreurs commence pour les autres. Plus courageux que le damné de la Sixtine, qui met ses doigts devant ses yeux pour ne plus voir, Vandycke regarde l’ apparente vérité formelle avec un regard qu’ il veut froid, mais qui bout des laves de la colère. L’ enfer qu’ il relate n’ est nullement d’ outre-monde. Il est, au contraire bien à nous : quotidien, recensé, industriel et historique. Peu importe que les crucifixions aient lieu dans le même décor que les apocalypses atomiques, que les charniers aient leur point fixe du côté du macabre médiéval. Le corps humain, digne de toutes les gloires et de toutes les souillures, ne se relève que pour mieux, et plus lourdement, retomber. Les massacres, les épidémies, les camps, les guerres, les machines, s’ arrangent pour baisser le caquet du bipède biodégradable que l’ on enfourne par générations dans les cimetières, sans que ceux-ci soient jamais remplis. Je lis le feu des planètes dans les prunelles hagardes. La férocité des bêtes à bon dieu dans les phalanges d’ une main grande ouverte. |
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« J’ Y SUIS. J’ Y SUIS TOUJOURS ! … » répète Yvon Vandycke après le petit frère Arthur qui – pour cause de grande mise en herbe additionnelle – n’ est pas là ! |
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Bien sûr, je pourrais parler de Jérôme Bosch, de Goya, d’ Ensor, de Rouault car Vandycke s’ inscrit lui aussi dans cette lignée violente. Côté littérature, Villon et Baudelaire ne lui sont pas non plus étrangers. Mais ce qu’ il tend à énoncer dans l’ univers de ce qu’ il peint, c’ est que le bourreau naît du supplicié, le crucifiant du crucifié, cela dans une chaîne éternelle et fatale qui condamne l’ homme à rester visqueux et rampant, souillé de sang, de sperme et d’ excréments dans les actes essentiels de sa vie : naissance, amour et mort. |
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Au-delà de cette interpellation, du grondement d’ une humanité condamnée dès l’ approche, je soupçonne Vandycke en colère de faire essentiellement acte d’ amour et de fraternité. Ce qu’ il dénonce, c’ est la condition du corps dans sa royauté menacée, le scandale énorme de la mort, auquel l’ habitude nous asservit, et qui ne suscite jamais aucune protestation collective. |
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Contre nos résignations hébétées, Vandycke répond à coups de fouet et d’ invectives. Sa révolte est contre la dégradation et la misère. Peuple, tu acceptes cela ! Les fœtus crevés, les usines, les fusillades, les dimanches à la campagne, l’ équilibre de la terreur, les oiseaux blessés, les jambes pleines de varices ? |
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Je crois Vandycke fait pour une vision de géants, alors qu’ il est parfois regardé par des nains. Je rapproche volontiers sa morale de celle d’ Oppenheimer : «On doit se regarder de l’ intérieur comme responsable, de l’ extérieur comme ridicule.» |
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Luc Bérimont |
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( Texte pour l’ exposition à Paris, 1977 ) |
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Ph Mathy, le chien Virgile, Y.Vandycke (1976) |



