Les patronymes en général

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Les Romains avaient déjà habitué nos contrées à l'usage des trois noms : le praenomen ou prénom, le nomen qui désignait le clan et le cognomen qui désignait la famille. Un agnomen pouvait encore compléter cette identité pour commémorer une action illustre ou autre événement remarquable.

Cette habitude se perdra avec le Moyen Age, et les gens reprirent l'habitude de s'appeler par un seul prénom, avec parfois un second nom qui venait le distinguer des autres individus. Ce pouvait être une particularité (lieu de naissance, handicap, trait de caractère, métier) ou le nom de son père. Tous ces sobriquets (car ce ne sont pas encore des noms au sens où l'on l'entend) étaient provisoires et locaux, et certainement pas héréditaires et universels.

Cette habitude latine semble avoir été à nouveau ramenée d'Italie à l'occasion des Croisades. Elle tombait à point, car il devenait de plus en plus intéressant de distinguer clairement les individus. Tous les gouvernements devenaient de plus en plus tributaires des documents écrits pour lever des taxes, instaurer un rôle de service militaire, et administrer leur patrimoine.

La succession héréditaire devenait bientôt la base de toute l'organisation féodale dans les campagnes. A partir de 1400-1450, on peut considérer que tout le monde a un nom de famille dans nos contrées. Il faudra attendre le XVIème siècle en Russie et le XIXème siècle pour les pays scandinaves, régions où l'usage de l'expression "fils de" est demeurée.

Les premiers noms permanents sont logiquement ceux des nobles et des riches propriétaires terriens : leurs terres se transmettaient de père en fils par un relief de leurs fiefs, et cela demeurait enregistré et codifié. Cette pratique du nom de famille redevenait ainsi intéressante pour tout qui désirait légitimer son statut et transmettre ainsi son avoir (ou l'usufruit de ce que les abbayes et les seigneurs mettaient à sa disposition moyennant rentes viagères et autres droits de succession) à ses héritiers (hoirs). Le seul moyen de remonter des généalogies plus loin que les registres paroissiaux reste la recherche parmi les différents comptes seigneuriaux et les archives scabinales (des eschevins).

Les variations de l'orthographe et de la prononciation ont tellement varié qu'il font même l'objet d'une science. En pratique, les noms de familles dépendaient de la compétence de celui qui l'écrivait dans les actes officiels ainsi que de l'aptitude de l'intéressé à pouvoir le prononcer, l'épeler ou signer. Si les noms propres se fixaient, l'orthographe restait mouvante et n'avait qu'une valeur phonétique. En fait, notre notion de l'orthographe est absente de tout l'Ancien Régime, les pouvoirs de la toute jeune Académie s'arrêtant aux noms communs.

Chaque clerc ou curé avait sa manière d'écrire, et les registres de paroisse - celle de Moustier n'échappe pas à cette règle - montrent sans complexe le nom du baptisé être orthographié différemment que celui du père et de la marraine, pourtant écrits sur une même ligne. Je viens de découvrir, au moment où j'écris ceci qu'une certaine Ghuca, mariée à Moustier, s'appelait en fait Geux dans son village de baptême et encore d'autres noms ailleurs. Que dire des Huguet, Huguez, Hughet, Hughez, Huc, Hucq, Hucque, Huqué, Hucquez

Outre cette difficulté, ceux-là même qui savaient écrire - et donc signer - adoptaient eux-mêmes des orthographes différentes. L'exemple historique de Malherbe († 1628), signant indifféremment Maleherbe, Malesherbe ou Malherbe, semble avoir été suivi par nos propres ancêtres, tels que Arnould "le clercq" ou Noël Connart, curé de Juvincourt. L'orthographe devient un geste de bonne éducation plus tard, en fin de XVIIIème - début XIXème. N'oublions pas que nos ancêtres signaient parfois de leur nom, appris par cœur, sans savoir pour autant écrire.

Le nom de famille Connart,
en Belgique et ailleurs

En France En Belgique En Irlande Blasons

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1. En France :

Paul Chappuis, Origine des noms patronymiques français, Dubois Ainé, Paris

Cet auteur avance que le nom de Conard ou Conart a été emprunté à une société de gais lurons de Rouen et d'Evreux (les Conards), qui se masquaient aux jours de carnaval et tombèrent bientôt dans les excès, au point de se faire interdire par l'Eglise parce qu'elle tournait ses cérémonies en ridicule. Il termine en disant "On les appelait également Cornards, mais le vrai nom est Conards dont on ignore le sens et l'origine."

D'une part, cet auteur ne devait probablement pas disposer d'une connaissance suffisante des langues germaniques ou s'est volontairement limité au sens latin. D'autre part, cette confrérie n'étant apparue qu'au début du XVe siècle, elle est donc postérieure à l'apparition du nom, ainsi que vous lirez plus loin. Il serait tout aussi logique de penser qu'un Connart/Counart/Conart ait donné son nom à cette association. Ces Conards étaient assez célèbres et sont décrits par au moins deux auteurs, dont nous vous livrons des extraits ci-dessous :

Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carolingienne à la renaissance, Tome II, Gründ, Paris pp. 460, 461

Les mascarades étaient aussi fort du goût de nos aïeux. C'était un des divertissements habituels lors de grandes réunions, banquets et bals. Souvent elles n'étaient qu'une satire des mœurs du temps, une occasion de se moquer des ridicules ou des travers de certains personnages. Les mascarades avaient même pris dans certaines villes les proportions d'une institution. En face de la féodalité, le travail, aussi bien que la manifestation de l'opinion, n'avaient d'autre recours que l'association. Il y avait donc des corporations de fous, qui, à certaines époques de l'année, usaient du privilège de se moquer de tout le monde, des grands aussi bien que des petits. A Paris, ce sont les Badins, les Turlupins, les Enfants sans soucis ; à Poitiers, la bande joyeuse de l'abbé de Maugouverne ; à Dijon, la Mère folle ; à Rouen, ce sont les Conards, qui, masqués, chevauchaient par la ville, ayant à leur tête un abbé mitré, crossé, monté sur un char et jetant aux passants des rébus, des satyres et des pasquils. Ces Conards, à l'approche des jours gras, se présentaient un matin à la grande chambre du parlement de Rouen, apportant une requête le plus souvent en vers. Les magistrats, toute affaire cessante, répondaient à la requête bouffonne en octroyant la mascarade, c'est-à-dire le droit aux Conards de se promener par la ville en masques, de dire ce que bon leur semblait, et d'accorder aux habitants, moyennant finance, la permission de se masquer. Ces Conards, en effet, sous le masque, se permettaient de jeter le ridicule sur tout et tous, suivant leur bon plaisir, parodiant faits et gestes du clergé, de la noblesse, et n'épargnant pas la bourgeoisie. Ils avaient parmi eux des enquêteurs chargés de s'informer de toutes les histoires scandaleuses de la cité, de tous les abus, de toutes les sottises. Ces enquêteurs faisaient leur rapport à l'abbé des Conards, aux cardinaux et patriarches réunis en conclave. Et l'on décidait ainsi quelles étaient les affaires dignes de figurer aux rôles. Alors se tenaient les audiences en plein air, où toutes les affaires étaient évoquées.

Cette confrérie, née paraîtrait-il vers le commencement du XVe siècle, persista jusqu'au XVIIe. La fête finissait par un grand banquet donné aux halles de la Vielle-Tour, transformées en palais de l'abbé des Conards ; après le banquet, danses, mascarades ; puis le prix à décerner au bourgeois de la ville qui, au dire des prud'hommes, se trouverait avoir fait la plus folle chose de l'année !

Beaucoup de grandes villes du royaume de France avaient ainsi, au moins une fois l'an, le moyen de manifester leur opinion sur les abus et les ridicules du temps, sur les misères du peuple et la tyrannie des seigneurs. Ces Conards, ces Badins, ces Turlupins, avaient grand soin, sous le masque, de ménager la personne du roi ; aussi le suzerain était-il le premier à rire des jugements portés par ces cours bouffonnes, et maintenait-il leurs privilèges malgré les réclamations du clergé, de la noblesse et des magistrats municipaux.

M. A. Floquet, Histoire des Conards de Rouen, Bibliothèque de l'Ecole de chartes, Tome Ier, p. 105

Trois jours durant, ce tribunal siégeait par les rues. Tambours, flûtes, trompettes, annonçaient de loin le cortège. Les Conards cheminaient ainsi à travers la foule, partagés en bandes, dont chacune avaient pour mission de ridiculiser une sottise, de flétrir un vice, de censurer un abus. Les marchands de mauvaise foi, les juges suspects, les prêtres simoniaques, les enfants prodigues, les pères avares, les gentilshommes glorieux, les parvenus qui s'oubliaient trop, les praticiens qui ne s'oubliaient pas assez, étaient tous malmenés en ces rencontres au-delà de ce qu'on ne saurait croire. Les sots mariages, les folles entreprises, les intrigues de toutes sortes, étaient encore un texte fécond, toujours exploité sans qu'on pût l'épuiser jamais. Les édits fiscaux n'avaient pas meilleure fortune, non plus que les hommes inventifs qui les avaient imaginés ; et la misère du peuple y fut décrite maintes fois avec plus de hardiesse que dans les cahiers des états de la Province…

2. En Belgique :

Dans le bassin de la Meuse

Le polyptique de l'abbaye de Villers de 1272 parle d'un Philippus, filius Conart, abolum album in festo S. Johannis pro terra apud Boure. (Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de Belgique édité par E. de Moreau S.J., 1906, page 416).

Le 17 mai 1323, dans le relief d'un fief dépendant de l'Eglise de Liège, il est question d'un Roger de Limet, fils du seigneur Nicolas Connard de Limet, chevalier : Hubertus de Marche opidanus Hoyensis relevavit in castro Hoyensi dimidium bonuarium terre arabilis situm apud Limci Rogeri de Limei, filie domini Nicolai Connard de Limei ruilitis. Presentibus…
Le 18 mars 1333, Godefrins filz Jadis Connart de Hucorgne relevat à Huy XVIII jours en March, XIIII boniers ou la entour, terre et preiz gisant au terroir de Hucorgne, de la succession de se pere - Présents : Willeams de Valz, Connars de Lonchins, Colart de Sainte Marie, … lit-on dans le "Livre des fiefs de l'Eglise de Liège sous Adolphe de la Marck", par M. Poncelet, Bruxelles 1898.
Un acte du 13 décembre 1343 parle d'un échevin liégeois Conardo de Loncins scabino Leodiensi, présenté dans le Cartulaire de l'Eglise St Lambert de Liège (tomes III et IV) sous le nom de Conrard de Lonchins ou Conars de Longins. On nomme même ce personnage Coune de Lonchin dans "Les Echevins de la souveraine justice de Liège" du chevalier de Borman (Tome I, page 132, Liège, 1892).

La Commission royale d'histoire publie en 1925 (tome II, page 73) les "Oeuvres de Jacques de Heuricourt", où nous lisons le testament d'un Sieur Jean de Ferme en date du 19 mars 1363 : Item à eaus dois, en ewele parchon, à savoir sont Robinet et Conart frères.

Le 1 juillet 1493 teste Innocent Connart, échevin de Huy qui succédait à son père dans cette fonction. Il avait épousé une Madeleine, fille de l'échevin liégeois Rinier de Mollin. De son mariage naquit Catherine, qui épousera le 29 septembre 1505 un Jean Hustin de Gerbehaie, seigneur de Saive en Hesbaye. (in "Les Echevins de la souveraine justice de Liège", chevalier de Borman, Tome II, page 68, Liège, 1892).

Un recueil d'épitaphes et d'armoiries du pays de Liège (Bibliothèque royale, section des manuscrit, page 216) de Théodore Smets reproduit une dalle funéraire de l'église de Haneffe, sur laquelle on lit : Hic jacet vénérabilis Dûs Jo aês Conart patr… hujs ecclesiae qui deceda… mensis oct. 20… in pace.

Voici ce que l'on peut lire dans "L'histoire de la paroisse de Saint Gilles à Saint-Hubert", Abbé L. Hector, Annales de l'institut d'archéologie du Luxembourg (Arlon), Tome LXXXVII, année 1956 :

  • Messire Jehan Counart, curé d'Offagne … afferme la dîme d'Offagne en 1530 ; il rachète 6 tiers de cette dîme, et décède le 7 juin 1539.
  • Un second Jehan Counart, curé de Jéhonville et factor abbatis de l'Abbé de Saint-Hubert, paraît en justice en 1544 et afferme la dîme de Jéhonville en fin 1557 ou 1558. Il est curé à Bure en 1558 (ex diveris) et y établit le registre de la matricule. En 1561, son frère messire Jehan Counart de Saint-Hubert y est maire.

    Le 14 juin 1678, le Duc de Bouillon, alors Godefroid Maurice de la Tour d'Auvergnes, fait recevoir le serment des autorités. Jean Conard, chanoine de Nassogne y est reçu. (Les communes luxembourgeoises, Tandel, Tome VI, page 451).

  • Dans le bassin de l'Escaut

    Dans la Table des Testaments des archives de Tournai, on trouve un Conart Hues, qui teste en 1443 et un autre du même nom en 1451. C'est la première trace hennuyère du patronyme que nous ayions relevé, les autres restant groupées dans les environs de Liège, Huy et Saint-Hubert.

    Le tome VIII des inventaires des Archives du Département - Lille (N° 3526) signale qu'en 1540-1542 il a été donné 5 livres, 5 sols à Jean Conart pour avoir conduit de Namur à Thionville plusieurs chariots de sels, vivres et autres choses.

    Les annales du cercle archéologique d'Enghien (tome III, page 472) citent dans une notice historique sur Braine-le-Comte que, le 11 août 1665, est décédé F. Conrardus Conart cerviensis conv. Actat. 52 prof. 29 des Frères prêcheurs de Valenciennes.

    Le registre des mariages de la paroisse St Julien d'Ath cite, en date du 25 novembre 1691, Antonius Connart ex Moustier et Catherine Petit Junxi sunt. Matrimonio testibus : J. Arnold Foucart et L. Toubeau.

    Pour ma branche, l'ancêtre le plus éloigné mentionné aux actes de mariage de Moustier (les actes de baptêmes et de mariages n'y sont tenus que depuis 1663, ceux de décès depuis 1720) est un Arnould Connart sans indication de ses père et mère, comme ayant épousé le 1 février 1682 Martine Destrebecq.
    Le plus ancien document de famille que nous ayons trouvé est un chirographe daté du 16 avril 1671, déposé aux archives de l'Etat à Tournai (cure de Moustier farde du XVII). C'est la constitution d'une rente de douze livres dix sols l'an et à nouvelle charge faite par un Jacques Conart au profit de la chapelle Notre Dame à Moustier : Sacent tous pns et advenir que pardevant jacques le noir mayeur de Moustier et les eschevins dudit lieu cidessoubt nomez en tel nombre de loy donné comparu en sa personne Jacques CONART accompagné de Jacquelline Duchasteau sa feme…
    Nous savons que le premier Arnould est le fils de Jacques grâce aux comptes seigneuriaux rendus annuellement à la cour de Leuze, dont le seigneur de Moustier est vassal : Arnould paie en 1689 le droit de mortemain sur la maison a luÿ demeurée par criée du premier daoust suite au décès de Jacques, son père.

    En Belgique, aujourd'hui

    On peut aller voir sur le site Géonome où se localisent - suivant les pages blanches du téléphone de 1997 - les différents Connart, Conart, Connard, Counart, Coune de Belgique.

    3. En Irlande :

    Le patronyme Connart est - avec Connard - un dérivé de Connacht. Le Connacht (ou Connaugh) est une des quatre provinces, celle du Nord-Ouest, constituant la verte Eirin, à côté des province de Munster, Leinster et Dublin. L'histoire de cette ancienne famille du Connacht montre des ancêtres ayant laissé des traces dans des archives antérieures à 1100. Il s'agit tout simplement d'une des très nombreuses variations orthographiques du patronyme Connor, O'Connor, Conner, Connair, Cawner, Connar, etc...

    4. Blasons reliés au nom de Connart :

    Une cote d'arme irlandaise existe : d'argent meublé d'un chêne. Le cimier est un bras plié en armure tenant une courte épée enroulée d'un serpent. La devise est "O Dhia gach an cabhair" (De Dieu vient toute l'aide).

    Lambert Counart, pêcheur de Meuse, échevin de Huy et Wanze vers 1587
    Ecartelé aux 1 et 4 un poisson posé en bande accompagné en chef et en pointe d'un étrier à l'antique, aux 2 et 3 un oiseau les ailes ouvertes (oie) sur une terrasse.

    Renier Counart † 1554 - pêcheur de Meuse
    Ecu parti : à dextre un poisson posé en pal, à senestre deux étoiles (un - un) au franc quartier à une rose.

    "Par ordonnance rendue le 16 juillet 1700, les armoiries de la famille Connart ont été déposées par Noël Connart, prêstre, curé de Juvincourt." Ces armoiries figurent dans l'Armorial général de Charles d'Hoziers, dans le registre cottè "Soissons". Elles sont d'argent à une fasce d'azur surmontée de trois molettes de sable rangées en chef et accompagnées en pointe de deux éperons de même les sous-pieds d'or.

    Il faut encore citer ce Connart/Conniart de Blois qui participa à ce banquet patriotique à Tournai, peu avant la révolution brabançonne de 1830. Son écu est montré à la planche 29 de l'armorial figuré de Tournai et du Tournaisis : d'argent à la croix de gueule, écartelé de quatre croix potencées de même.