Comme
les tenants du "NON" lors du référendum
français sur la "Constitution" europénne,
la candidature de Tomás Hirsch a été victime
du blocage systématique de la droite, des officiels et
de la grande presse chilienne
Malgré le fait que le pacte politique "Juntos
Podemos Más" ait obtenu plus de 9% des voix lors
des dernières élections municipales, la candidature
de Tomás Hirsch ainsi que celles de ses camarades à
la Chambre et au Sénat ont bénéficié
d'un espace infime dans les media et au niveau de l'ensemble
de la publicité électorale de cette campagne.
L'explication
est simple, et s'il fallait trouver un élément
de comparaison avec la réalité européenne,
on pourrait dire que "Juntos Podemos Más"
est victime d'un blocage analogue à celui subi par
les tenants du "NON" durant la campagne précédant
le référendum français sur la "Constitution"
européenne. En effet, le message de Tomás Hirsch
est aussi bloqué systématiquement par les officiels
ainsi que par les media qui, au Chili –mais cela n'est
pas une exception ailleurs au monde à l'heure de la
mondialisation–, sont contrôlés par les grands
groupes économiques.
Il y a
pire : par moments, ce blocage est devenu de la persécution
ouverte. Ainsi, par exemple, la présentatrice des quelques
spotss électoraux télévisés de
Tomás Hirsch –la journaliste Pamela Jiles, veuve du
journaliste José Carrasco Tapia, assassiné par
la dictature–, fut licenciée de la chaîne de
télévision TVO pour le seul fait d'avoir exprimé
publiquement son adhésion citoyenne, et ce en dehors
de toute référence à ces activités
professionnelles, à la candidature de Tomás
Hirsch?
Visionner
video
Par ailleurs,
il y a seulement quelques jours (le 7 décembre) la
police militarisée chilienne (carabiniers), par ordre
du gouverneur de Santiago (au Chili les gouverneurs sont désignés
directement par l'Exécutif) a démonté
l'un des deux panneaux publicitaires géants (oui, seulement
deux) dont dispose "Juntos Podemos Más" à
Santiago pour cette campagne. Déjà il y a trois
semaines les carabiniers de Santiago-Centre avaient tenté
d'enlever l'autre de ces "géanto-graphies"
de la campagne de Tomás Hirsch, mais cela a pu être
évité de justesse grâce à l'intervention
rapide des dirigents de "Juntos Podemos Más".
Comme l'a signalé le candidat à la Chambre Juan
Andrés Lagos, l'un des affectés directs par
cette agression à la liberté d'expression :
"Nous n'avons pas les moyens pour ce type de "géanto-graphies"
et s'ils nous en enlèvent seulement une, c'est presque
comme s'ils nous enlevaient toute notre publicité."
Lire
Cela nous
ramène à la deuxième explication du fait
que Tomás Hirsch apparaisse moins dans les media
durant cette campagne: la disproportion flagrante au niveau
des moyens dont disposent les candidats dans la course. Là
où, par exemple, Tomás Hirsch ne dispose que
de deux de ce type de panneaux, les trois autres candidats
ainsi que leurs candidats à la Chambre et au Sénat
disposent de centaines ce ceux-ci. Et la même situation
se répète à la TV, à la radio,
dans les media en général.
Là
aussi l'analogie avec le référendum français
est pertinente car ce qu'on ne peut pas dire à la TV,
dans les journaux, à travers des panneaux publicitaires
géants, dans des spots passées à répétition
tout au long de la journée à la TV et dans les
radios, on doit le dire à travers d'innombrables réunions
dans les viles, dans les villages, dans les quartiers; on
doit le dire à travers la contribution des artistes
qui, très nombreux, adhèrent au projet de Tomás
Hirsch; on doit le dire avec de la peinture, en dessinant
sur les murs, ou à travers des affiches, ou par par
l'utilisation d'Internet ou du courrier électronique,
utilisation dont les partisans de Tomás Hirsch ont
fait montre, avec des moyens dérisoires, de beaucoup
de créativité, beaucoup d'ingéniosité,
comme l'ont même recconu certains de leurs adversaires.
Lire
L'analogie
avec le référendum français est pertinente,
donc, jusque y compris le fait que, malgré tout cela,
malgré le blocage systématique par les officiels
et par les media, malgré la disproportion au
niveau des moyens, tout comme le "NON" en France,
la candidature de Tomás Hirsch grandit dans le cœur
des Chiliens passant, en quelques semaines dans les sondages,
d'environ 2%, à 7, 9, voire 10%.
Avec une
différence cépendant : là où le
"NON" français a pu continuer à progresser
jusqu'à la victoire, "Juntos Podemos Más"
et son candidat sont conscients que Tomás Hirsch ne
sera pas élu président du Chili en ces mois
de décembre ou en janvier et que cette "bataille"
n'est qu'une de plus parmi les nombreuses qu'il faudra continuer
à mener si l'on veut réellement que le Chili
romps entièrement et définitivement avec l'héritage
du passé dictatorial (la Constitution pinochettiste,
le système électoral "binominal",
les pouvoirs "de facto", les abus tels que celui
commis par les "carabiniers" à l'encontre
du candidat Hirsch, l'abîme séparant les plus
riches des plus pauvres (malgré les bons résultats
sur le plan "macroéconomique"), l'impunité
dont jouissent la plupart des violeurs des droits de l'Homme
de la dictature, etc.) et parvienne une fois pour toutes à
(re) construire une véritable démocratie.
Jorge
Palma
Liège,
le 9 décembre 2005