DE
CAROLINE DU NORD:
RÉFLEXIONS DE L'ÉCRIVAIN CHILIEN ARIEL DORFMAN
Le dernier onze septembre
Par
Ariel
Dorfman
«El País», 17/09/2001
(Extraits
traduits et rediffusés par l'Association des Familles de
Détenus Disparus au Chili - Belgique)
«Depuis 28 ans que le mardi 11 septembre est devenu pour
moi et pour des millions d'autres êtres humains une date
de deuil: le jour où, en 1973, le Chili a perdu sa démocratie
dans un putsch militaire, le jour où la mort est entrée
d'une façon irrévocable dans nos vies les bouleversant
pour toujours. (...) Mais depuis le jour où, horrifié,
j'ai vu sur l'écran de mon téléviseur, ici,
en Caroline du Nord, ce deuxième avion en train d'impacter
avec son feu et sa furie calculée la tour Sud du World
Trade Center, la nécessité de comprendre taraude
mon esprit. (...) Et j'ai commencé à me rendre compte,
progressivement, qu'il y a quelque chose d'horriblement familier,
même reconnaissable, dans l'expérience douloureuse
qui vivent les Américains. La similitude que j'évoque
va au-delà d'une comparaison facile et superficielle comme,
par exemple, qu'aussi bien au Chili qu'aux États-Unis la
terreur est descendue du ciel pour détruire des symboles
des identités nationales.
«(...) Le destin aura-t-il décidé que la première
attaque contemporaine à l'essence même des États-Unis
ait eu lieu, ni plus ni moins, à la même date qui
rappelle le coup militaire que les États-Unis ont alimenté
et soutenu contre le Chili? (...) Il m'est difficile de croire
qu'il puisse être possible de voir des centaines de proches
en train de déambuler dans les rues de New York portant
les photos de leurs fils, parents, épouses, amants...,
demandant information à propos de leur destin, s'il sont
en vie ou s'il ont trouvé la mort..., de voir les États-Unis
expérimentant la mort en vie que signifie la disparition,
sans certitude ni sépulture, de l'homme, de la femme que
nous aimons.
(...)
Il reste à savoir si la compassion démontrée
à l'égard de la nation la plus tout-puissante de
la planète deviendra réciproque, il reste à
savoir si les États-Unis –un pays formé, pour une
grande partie, par des gens qui ont dû fuir d'énormes
catastrophes, famines, dictatures, persécutions–, si les
hommes et les femmes de cette nation (...) seront-ils capables
de sentir cette même compassion à l'égard
d'autres membres abandonnés de notre espèce, si
les nouveaux Nord-américains forgés dans la douleur
et la résurrection seront-ils disposés à
participer dans l'ardu processus de réparation de notre
humanité blessée; en créant ensemble un monde
dans lequel nous n'aurions jamais plus à regretter un nouveau
et terrifiant 11 septembre»(*).
(Lire
le texte complet).
Ariel Dorfman est écrivain chilien résident aux
États-Unis
_____________
(*)
Dégats collatéraux. Aux États-Unis,
une grande majorité a très vite répondu négativement
au vœux d'Ariel Dorfman: plus de deux État-uniens sur trois
se montraient favorables à des représailles militaires
contre les responsables des attentats, «même si plusieurs
milliers de civils innocents devaient être tués».
Enquête
CBS News/New-York Times
- 20-23 septembre 2001.
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