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Introduction à l'écriture chinoise.

WangWei

Un peu d'histoire.

Ecriture sur os et écailles.

Les premiers témoignages historiques de l'écriture chinoise remontent à 1600 ou 1500 av. J.-C. Il s'agissait d'inscriptions sur os ou écailles de tortue utilisées dans un but divinatoire. Une question était inscrite sur une écaille ou sur un os qui était ensuite porté sur le feu. Les craquelures qui apparaissaient étaient interprétées par un devin. Ces premiers témoignages ont permis de recenser environ 5000 caractères. Bien que leur forme diffère grandement des caractères actuels, le principe de l'écriture était déjà le même qu'à notre époque. L'écriture était déjà bien structurée, ce qui fait penser que son origine est probablement antérieure aux premiers témoignages historiques. La tradition fait remonter l'invention de l'écriture chinoise au XXVIe siècle av. J.-C. par un ministre de l'empereur Huang di nommé Cang Jie. Il est cependant fort peu probable que l'invention d'une écriture aussi complexe soit l'œuvre d'un seul homme.

La dynastie des Zhou (1027 - 256 av. J.-C.).

Les caractères décrits à l'époque précédente étaient de tailles inégales. Plusieurs versions d'un même caractère existaient. Vers 800 av. J.-C., une première tendance à la normalisation apparut. Cependant, le régime féodal sous les empereurs Zhou conduisit finalement à l'anarchie au niveau de l'écriture avec ses nombreuses variantes. Les témoignages de cette époque sont des inscriptions sur bronze. D'autres supports étaient en usage comme le bambou, le bois, la soie. L'écriture officielle à cette époque s'appelait da zhuan ("grand sceau").

Ecriture sur bronze représentant des animaux (d'après Léon Wieger).

Les dynasties des Qin : la grande normalisation (221 - 207 av. J.-C.).

L'unification de l'empire et un pouvoir central fort rendaient indispensable la normalisation de l'écriture. Les différentes variantes furent éliminées pour ne garder qu'une écriture officielle appelée xiao zhuan ("petit sceau"). Par la suite, l'usage du pinceau se généralisa, ce qui permit l'apparition de nouveaux styles comme le lishu (écriture de traits) et au début de notre ère le kaishu (écriture régulière), le xingshu (écriture cursive) et le caoshu réservé à la calligraphie. De nos jours, le kaishu et le xingshu sont toujours en usage.

Voici un exemple d'évolution du caractère yu signifiant "pluie" :

GUWEN écriture sur os ou écailles de tortue
DAZHUAN écriture "grand sceau"
XIAOZHUAN écriture "petit sceau"
LISHU écriture de traits
KAISHU écriture régulière
XINGSHU écriture cursive
CAOSHU écriture de brouillon aussi appelée écriture d'herbes (réservée à la calligraphie)

Au fil des siècles, les supports et instruments d'écriture ont changé, ce qui a contribué à modifier profondément la forme des caractères. Les principes de base de l'écriture ont cependant peu évolué. Nous allons à présent les étudier.

Les principes.

Les caractères chinois sont composés d'une ou plusieurs unités d'écriture qui à l'origine constituaient des pictogrammes. Ces pictogrammes ont progressivement évolués vers une représentation plus stylisée, mieux adaptée à l'utilisation d'un pinceau. Comme nous venons de le voir, l'écriture chinoise traditionnelle telle qu'elle est en usage de nos jours, existe depuis des siècles. Bien que leur forme ait considérablement changé depuis l'apparition de ce type d'écriture, il est toujours possible, pour certains caractères, de reconnaître le pictogramme originel. Voici quelques exemples de caractères chinois pour lesquels nous pouvons donner l'étymologie graphique :

· Le soleil sun le disque solaire image97
· L'arbre tree un tronc avec les branches et les racines image100
· Le chariot cart un essieu et deux roues image222
· Le bœuf ox la tête avec les cornes, deux pattes et la queue image123
· La montagne mountain une chaîne de montagne image57

L'étymologie graphique constitue un bon moyen pour mémoriser la signification des différentes unités composant les caractères chinois.

Les différentes unités d'écriture peuvent être combinées afin de produire de nouvelles significations. Reprenons à nouveau le caractère signifiant "arbre" image100. Si nous ajoutons une petite barre au bas du caractère, nous mettons en évidence la partie basse qui correspond à la racine de l'arbre. La nouvelle signification est donc "racine" root. Si l'unité "arbre" est répétée, nous obtenons forest signifiant "forêt". Si nous la répétons à nouveau, nous obtenons dark signifiant à l'origine "grande forêt" et par la suite avec l'évolution sémantique, "nombreux" et "obscure".
Si nous ajoutons ensemble les caractères signifiant "tête" head(écrit image142) et "cœur" image88, nous obtenons think signifiant "penser" .

Nous pouvons remarquer que chaque caractère est limité par un carré invisible d'une taille constante. Si un caractère est composé de plusieurs unités, celles-ci conservent leur forme mais sont comprimées de manière à ce que la taille du caractère ne dépasse pas celle de son carré idéal. Nous le constatons en reprenant l'exemple des caractères "arbre", "forêt" et "grande forêt".

Une autre façon d'obtenir une nouvelle signification et qui est de loin la plus courante, est de combiner deux types d'unités d'écriture : une unité "radical" et une unité phonétique. Prenons un petit exemple :
Le caractère suivant image257 signifie "cheval" et est prononcé "ma 3 " ma3 (le chiffre 3 correspond au type d'accent). Si nous y ajoutons l'unité "femme" image48, nous obtenons un nouveau mot motherS prononcé "ma 1" ma1 signifiant "mère". La prononciation est similaire à celle du mot signifiant cheval mais l'accent est différent. Si nous ajoutons deux bouches au cheval, nous obtenons insult signifiant "insulte" et prononcé cette fois "ma 4" ma4. Ainsi les trois caractères ont une prononciation similaire (ma), excepté pour leur accent. Nous voyons que pour "mère" et "insulte", le caractère image257 joue le rôle d'un élément phonétique. L'autre élément est appelé "radical" et donne certains indices au sujet de la signification du caractère. ( "femme" image48 pour "mère" et "bouche" image38pour "insulte").

Le radical est très important parce que c'est la base de la classification des caractères chinois. Bien qu'un Chinois (ou une Chinoise) puisse connaître plusieurs milliers de caractères, il y a seulement 214 radicaux différents. Pour les découvrir tous ainsi que leurs variantes, vous pouvez cliquez ici.
Pour apprendre les radicaux les plus fréquemment utilisés en étudiant leur étymologie, vous pouvez cliquez ici.

Un même radical peut parfois posséder plusieurs formes graphiques. Ainsi par exemple image88, image77 et heart signifient tous les trois "cœur" . En fait, ils correspondent au même radical mais les deux dernières versions représentent une forme comprimée. Nous pouvons remarquer que le nombre de traits des trois versions peut varier (respectivement 4, 3 et 4 traits).

Curiosités linguistiques.
Le mot chinois signifiant mère est "ma" comme la première syllabe du mot français ma-man, tandis que le mot chinois signifiant père s'écrit en pinyin "ba" mais en réalité se prononce "pa" comme pa-pa. Enfin le mot "ma" signifiant cheval est peut-être à rapprocher de l'anglais "mare" (jument). On retrouve ce mot en français sous la forme de ma-réchal qui à l'origine voulait dire "serviteur des chevaux".

Finalement, il est important de dire qu'un caractère chinois représente en lui-même un mot complet. Cependant en général, les mots chinois sont composés de plusieurs caractères. En fait pour un linguiste, un caractère chinois correspond à ce qu'on appelle un "morphème", c'est-à-dire la plus petite unité du langage possédant un sens.

Comment rechercher les caractères chinois dans un dictionnaire ?

La première étape consiste à identifier le radical. Dans à peu près 60 % des cas, celui-ci est localisé sur la gauche du caractère. Dans les autres cas, il peut être situé n'importe où, au-dessus, en dessous, à droite ou même à l'intérieur du caractère. Avec un peu d'entraînement, il devient plus facile de le repérer. Une fois localisé, il faut compter le nombre de traits qu'il comporte. Un trait est une ligne dessinée sans que le pinceau quitte la feuille de papier (voir ci-après : "comment compter le nombre de traits"). Par exemple dans le caractère precious, le radical est image129 situé à gauche. Son nombre de traits est 4. Les dictionnaires chinois contiennent en général un tableau reprenant les différents radicaux classés par nombre croissant de traits . Dans le cas présent la signification du radical est "jade", il s'agit d'une forme réduite de image135.

Les caractères contenus dans le dictionnaire sont repris dans un deuxième tableau. Ils sont d'abord classés par radicaux et pour un radical donné, ils sont classés par nombre de traits croissants (non-inclus ceux du radical). L'étape suivante consiste donc à compter le nombre de traits hormis ceux du radical. Pour notre caractère, ce nombre est 6. Mon dictionnaire propose 4 caractères possédant ce nombre de traits, parmi lesquels il est maintenant facile d'identifier celui que nous recherchons. Sa prononciation est "zhu" et sa signification est "perle".

Comment compter le nombre de traits ?

Savoir compter le nombre exact de traits est essentiel afin de retrouver un caractère. Comme dit précédemment, un trait est une ligne dessinée sans que le pinceau (ou le crayon) ne quitte la feuille de papier. Cela peut être une ligne droite ou une ligne plus complexe comme un crochet, une courbe, un angle… Il peut aussi se réduire à un simple point. Pour dessiner correctement un caractère chinois, certaines règles concernant la direction et l'ordre des traits doivent être respectées. Le non-respect de l'ordre et de la direction produit pour un Chinois l'équivalent d'une faute d'orthographe. Connaître ces règles aident à identifier les traits correctement et ainsi à compter leur nombre exact. Ces règles peuvent être résumée comme suit :

  1. On commence du côté gauche et on continue vers la droite; on va du dessus vers le bas.
  2. Les traits horizontaux sont dessinés avant les verticaux sauf si une des règles suivantes est violée.
  3. Quand l'extrémité d'un trait se termine sur un autre, on dessine d'abord le premier avant le second.
  4. Quand une unité est enfermée dans une autre, celle-ci doit être fermée seulement quand le dernier trait de l'unité intérieur est dessiné.

Le caractère suivant (signifiant "éternel") est souvent utilisé pour illustrer les différents types de traits :

eternal

Exemple de séquence valide:

order1 order2 order3 order4 order5 order6

Se souvenir du nombre de traits d'unités courantes aide aussi grandement :

image7 1, image39 3, image17 2, image6 1, image97 4.

Les caractères traditionnels et simplifiés.

La difficulté de mémoriser les caractères chinois et la volonté de permettre l'accès à l'écriture pour tous, a amené les autorités communistes chinoises à réaliser certaines simplifications en 1955. Globalement le nombre de traits pour certains caractères a été réduit. Par exemple le caractère "tortue" devient , réduisant le nombre de traits de 16 à 7.

L'écriture simplifiée est utilisée en Chine populaire mais l'écriture traditionnelle reste d'application dans certains pays comme Taiwan, Hong Kong et parmi la diaspora chinoise. Il est donc important de connaître l'origine d'un texte chinois afin de se servir du bon dictionnaire. Certains radicaux ont également été simplifiés.

Bibliographie sommaire.

  • "Histoire de l'écriture" de Louis-Jean Calvet (Hachette). Excellent livre sur l'histoire des différentes écritures comportant une très bonne introduction à l'écriture chinoise.
  • "L'écriture chinoise" de Viviane Alleton (collection "que sais-je ?", P.U.F.).
  • "Modern Chinese Characters" de Yin Binyong (Sinoligua). (En Anglais). Une des meilleures introductions que je connaisse sur le sujet.
  • "Caractères chinois, Etymologie, Graphies, Lexiques" de Léon Wieger (Kuangchi Press). Un grand classique (bien que un peu dépassé) pour celui qui s'intéresse à l'étymologie graphique des caractères chinois.
  • "Analysis of Chinese Characters" by G.D. Wilder & J.H. Ingram (Dover). (En Anglais). Le complément idéal du livre de Léon Wieger.
  • "What character is that ?" de Ping-gam Go (Simplex Publication). (En Anglais). Dictionnaire de caractères chinois pour débutants avec une méthode d'accès très simple.
  • "Dictionnaire concis, Français-Chinois, Chinois-Français" (La Presse Commerciale et Larousse). Très bon dictionnaire pour les débutants.
  • "Chinese Characters, A Genealogy and Dictionary" by Rick Harbaugh (zhongwen.com). (en Anglais). Pour ceux qui s'intéressent à l'étymologie des caractères chinois.
  • "Méthode d'initiation à la langue et à l'écriture chinoises" de Joël Bellassen. Une méthode d'initiation au Chinois bien conçue qui est basée sur l'apprentissage de l'écriture.

Si vous souhaitez identifier un caractère chinois particulier et que vous avez bien assimilé les principes exposés sur cette page, alors je vous recommande de télécharger le programme CharDic (en français) disponible sur ce site et qui est entièrement gratuit.



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