Lettre pastorale de Mgr Teky (octobre 2001)
 
Orientations Nouvelles pour notre Action Missionnaire
 
  baptême
  1. Propositions pour un nouvel élan de notre Foi
    a) entrée dans le sacrement de baptême
    b) temps de la vie chrétienne
    - la vie avec Dieu
    - les défis actuels de la Foi
    - le partage du bien commun
  2. Conclusion
 
  "...Maintenant, nous revivons, puisque vous autres, vous tenez bon dans le Seigneur..."
(1 Th 3,7).
S.Paul adresse cette parole à ses fidèles de Thessalonique après avoir appris que leur foi se maintient.
Et il ajoute plus loin : "Que Dieu nous fasse revoir votre visage pour compléter ce qui manque à votre foi... Vous avez appris comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous en prions, nous vous le demandons dans le Seigneur Jésus " (1 Th 3,10 et 4,8).

1° La Nouvelle Evangélisation

Notre Eglise diocésaine s'est, elle aussi, engagée dans la foi au Christ.
Et si nous sommes heureux de croire et de vivre cette foi, à l'exemple des fidèles de St.Paul, nous devons en cette période de nouveau départ jubilaire, chercher à compléter ce qui manque à une foi encore jeune et fragile. En d'autres termes, nous luttons contre la tiédeur et la routine en recherchant de nouveaux progrès de cette foi.

En effet l'adhésion au Christ comporte toujours deux aspects :

1/ Elle est tout d'abord un attachement global au Christ; c'est l'accueil de sa Personne en tant que Fils de Dieu révélé à l'homme, et avant toute démarche d'approfondissement.
C'est cela que les auditeurs de Pierre avaient eu comme réponse, après la présentation synthétique du message: "Frères, qu'est-ce que nous devons faire? Pierre leur répond: "Changer votre vie! Chacun de vous doit se faire baptiser au nom de Jésus-Christ" Ac 1,37-38.
L'adhésion de foi est une relation personnelle avec Jésus, et par Lui, avec les deux autres Personnes. C'est une relation qui embrasse les Personnes divines dans leur ensemble sans se préoccuper des caractéristiques particulières à chacune.

2/ Elle est ensuite une vie selon le Christ. Une vie! Il ne s'agit plus seulement de dire "Seigneur, Seigneur"! il faut aussi faire sa volonté, c'est-à-dire éduquer, développer, épanouir en nous ce qui est saisi globalement; car il faut du temps pour entendre, comprendre, assimiler et faire passer dans le comportement quotidien le message de vie reçu. Vivre selon le Christ, c'est déployer dans tous les domaines de notre existence les divers enseignements du Maître, dont nous avons, dans la foi, décidé d'être les disciples, c'est-à-dire les fidèles imitateurs!
Si la première démarche de foi existe, et c'est vrai que nous en témoignons, la seconde ne peut se contenter d'être superficielle. Or que constatons-nous?
Dans la plupart des cas, le "virus" du Baptême n'a pas vraiment pénétré au fond du croyant. Aux moindres difficultés ou épreuves, on abandonne Jésus, on choisit de suivre une autre voie que la sienne, on le trahit, on perd confiance en sa puissance libératrice.

La vie selon le Christ ne peut s'arrêter à la première démarche de foi. Elle appelle l'engagement de soi tout entier, et donc elle postule l'effort de conformer notre vie à la sienne. Comme dit S.Paul aux Colossiens : "Oui, vous êtes passés par la mort et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Le Christ est votre vie…, faites mourir ce qui, en vous, appartient à la terre (les mauvaises choses)" Col. 3,3-4a et 5).

Le Baptême que plusieurs ont reçu, reste en effet inopérant, il est même plus ou moins mort, parce que la foi sans les oeuvres, c'est du vent (cf. Jn 21,18). Beaucoup de comportements sont moins que chrétiens : sorcellerie, rancunes et vengeances, irrégularités morales répandues, mensonges sans scrupules, etc.

Il nous faut un sursaut communautaire, au moment où le Pape Jean-Paul II nous invite à avancer au large. Le temps est venu de nous engager dans une nouvelle évangélisation. Soyons plus attentifs à la manière dont nous appelons les "païens" à la foi, à la manière dont nous les préparons à découvrir et suivre effectivement le Christ, à la manière dont nous présentons le sacrement de Baptême. Ne faisons plus de "morts-nés", c'est-à-dire des gens qui se font baptiser sans savoir ce que c'est et les conséquences de ce sacrement. Et, pour cela, faisons d'abord revivre en nous les exigences de notre propre Baptême; car on ne donne que ce que l'on a.

2° Propositions pour un nouvel élan de notre foi chrétienne et missionnaire

Ce qui précède m'amène à formuler à l'attention de nos communautés, quelques consignes qui guideront nos efforts pour les années à venir.

Deux étapes surtout doivent retenir notre attention et stimuler notre action pastorale: l'entrée dans le Baptême, et la vie avec Dieu après le Baptême.

A/ ENTREE DANS LE SACREMENT DU BAPTEME

"Allez, dit le Seigneur, de toutes les nations faites des disciples; baptisez-les et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés" Mt 28,19-20.
Le Baptême, don de Dieu, et donc don de la foi et en même temps acte de foi, nous ouvre à une vie nouvelle (cf. Jn 4,3: "Je te le dis, c'est la vérité, personne ne peut voir le Royaume de Dieu s'il ne naît pas de nouveau"). Selon la volonté de Jésus, la vie nouvelle est commandée par le Baptême, puisqu'il dit: "Baptisez-les et apprenez-leur à garder tous les commandements...".
Le lien entre Baptême et vie nouvelle est capital, et souvent développé dans les conseils magistraux. Sans ce lien, notre foi est pratiquement morte, peu percutante, peu évangélisatrice, peu fructueuse. Et c'est le constat d'une foi si peu agissante, eu égard à la grande masse de baptisés qui remplissent nos églises, qui nous dicte le sursaut pour demain. Les acquis du jubilé pourraient vite disparaître dans nos routines si nous ne prenons pas la décision de les rendre vivants aujourd'hui et demain!
C'est pourquoi nous nous obligeons à donner de nouvelles approches à notre pastorale baptismale : établir des critères d'accueil, d'accompagnement de ceux qui viendront désormais frapper à la porte de l'Eglise. Concrètement, pour l'avenir, nous retenons ce qui suit.

ORIENTATIONS PRATIQUES
En vue de mieux organiser un certain contrôle à propos de la préparation au Baptême, il faudrait :
· Mettre en place la fiche complète de renseignements.
· Prendre une période de pré-catéchuménat, avec des thèmes qui invitent à la conversion de la situation réelle (polygamie, concubinage, fétiches...)
· Aider les catéchistes dans le sens de cette prise en charge par des rencontres de formation.
· A partir du 2è dimanche de l'Avent, mettre en route les catéchèses spéciales, à la place de l'homélie.

B /LE TEMPS DE LA VIE CHRÉTIENNE

1° LA VIE AVEC DIEU

Nous gagnons à méditer le chapitre 8 de la lettre de S. Paul aux Romains pour bien recentrer notre marche baptismale et corriger les déviations de plus en plus nombreuses constatées régulièrement dans nos communautés. Je vous propose un extrait de ce chapitre : " Maintenant ceux qui sont unis au Christ Jésus (et c'est ce qu'opère le Baptême) ne peuvent plus être condamnés. En effet, quand on est uni au Christ Jésus, c'est l'Esprit Saint qui donne la vie, et cette loi m'a libéré de la loi du péché et de la mort... (Dieu, par Jésus, a condamné la loi du péché) pour que nous soyons capables de vivre comme la loi le demande".
Ainsi, ce n'est plus une façon de voir humaine qui nous dirige, c'est l'Esprit Saint.
Quand on suit ses désirs humains, on va vers la mort; quand on suit l'Esprit Saint, on va vers la vie et vers la paix. cf. Rm 8,1 ss
Vivre de la vie de Dieu (cf. Jésus dans Jn 3,16) n'est pas, en effet, à notre portée. C'est ainsi que Jésus, avant de donner la mission à ses apôtres, a pris soin de transmettre à son Eglise tous les secours surnaturels dont elle peut avoir besoin : les sacrements qui donnent ou épanouissent la vie de Dieu en nous.
Il y a donc aussi un effort à faire pour redonner à ceux-ci leur véritable sens et leur raison d'être. Rappelons-nous que Jésus a recommandé "de ne pas jeter une perle au pourceau" (Mt 7,6). Reconstruire une démarche sacramentelle vraie et authentique dans nos fidèles : ce sera notre deuxième souci.
Les sacrements sont bien les "ramifications" par lesquelles la grâce de Dieu inonde la foi et lui permet d'éclairer notre engagement pratique et donner la vigueur qui contamine et entraîne une adhésion du fond du cœur.
Concrètement, faisons l'effort de promouvoir ces conclusions que l'Esprit Saint nous a aidés à faire surgir de nos échanges.


2° LES DEFIS ACTUELS DE LA FOI

II est quasi certain que les années à venir ne seront pas de tout repos pour la foi que nous professons. Les critiques qui nous sont faites, souvent à tort, les multiplications de mouvements religieux et assimilés, même les attaques intempestives, sont peut-être des signes qui doivent nous intéresser.

A juste titre, le Saint-Père nous a proposé un extrait de la Première lettre de Pierre comme thème de la semaine missionnaire 2001. Que dit l'apôtre ? "Si, un jour, vous souffrez parce que vous faites le bien, quel bonheur pour vous ! N'ayez pas peur des gens et ne vous laissez pas troubler ! Mais reconnaissez dans vos cœurs que le Christ seul est saint, il est votre Seigneur. Quand on vous demande pourquoi vous espérez, soyez toujours prêts à donner des explications " 1 P 3,13-15.
L'Epître de Pierre est de grande actualité. Nous sommes aujourd'hui confrontés à des "assaillants" nombreux et de taille , se manifestant avec des apparences bien attrayantes.
Quelle espérance devons-nous réveiller dans le cœur de nos fidèles à la foi fragile?
Pour faire face à ces nouveaux défis spirituels ou religieux, il nous est proposé ce programme d'action éducative pour informer, éclairer et armer les membres de nos communautés.

En effet, les événements successifs, survenus dans notre Côte-d'Ivoire, et qui nous amènent aujourd'hui à rechercher une réconciliation profonde, ne manquent pas non plus de mettre en évidence le paradoxe de la foi, dans un contexte qui lui devient plus ou moins hostile. On ne se prive pas de tourner l'Eglise en dérision, d'attaquer ses membres, ou de les accuser et de les charger de certains maux de la société.
Ce phénomène, qui peut s'amplifier avec le temps, ne peut qu'interpeller les chrétiens que nous sommes. Et la lettre de Pierre nous redit l'Evangile du Christ.
En somme, il devient de plus en plus urgent de témoigner de cette espérance que nous portons en nous.
Quelle est-elle ? Ecoutons l'apôtre Pierre : "Dans sa grande miséricorde, (Dieu) nous a fait renaître pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts" 1 P 1,3.

Dans notre société malade des maux que nous constatons, "Soyez toujours prêts à rendre compte de l'espérance qui est en vous" 1 P 3,15.
La question qui vient à l'esprit, c'est de nous demander pourquoi l'apôtre Pierre nous lance cet appel, lequel est repris pour la semaine de l'apostolat missionnaire mondial 2001 ? En regardant de près l'Epître, nous constatons que S.Pierre veut réveiller et activer la foi, l'espérance et l'action missionnaire de fidèles aux prises avec des épreuves de toutes sortes (1 P 4,14-16 ; 2,14 ; 3,14-16...). Ainsi donc se réalise ce que Jésus avait annoncé à ses disciples sur les épreuves qui attendent ceux qui s'attacheront à Lui. Et Pierre "rassure" ses fidèles en leur disant : "Vous le savez, dans le monde entier, vos frères et sœurs chrétiens souffrent comme vous" 1P 5,9.
Ce constat fait, à l'époque, par les apôtres, chacun dans son aire d'apostolat, est à prendre en compte, car il est plus qu'actuel dans notre pays.

ORIENTATIONS PRATIQUES

La vie après le Baptême est une longue marche ; elle doit se faire progressivement, en mettant en place les moyens d'une éducation au jour le jour.

  • La lecture de la Bible
    Pour qu'elle soit attrayante, nous devons encourager les sessions ; et même accentuer à notre niveau, les explications possibles à donner.
    Le C.R.E.D.O. organise déjà cela. En plus de cet exercice, favorisons les concours bibliques.
  • La formation permanente des fidèles (école de la foi).
    Faire l'effort de traiter des thèmes en relation avec les problèmes du milieu, ce que les homélies ou catéchèses habituelles ne prennent pas en compte.
  • Les sacrements
    Améliorer l'approfondissement des sacrements d'initiation et de la réconciliation (à ce propos, aider à faire la différence entre écoute et confession).
    Aider les gens à mieux assimiler les exigences du mariage chrétien. Faire mieux pour promouvoir la pastorale familiale.
  • Les vocations
    Redynamiser les équipes vocationnelles sur les véritables critères d'appel.
  • Les "Nouvelles Eglises"
    Avec le concours du C.R.E.D.O, des plaquettes seront faites pour en donner une idée plus instructive.
    Que ce soit l'occasion d'ouvrir un peu plus nos fidèles sur les mouvements et surtout sur leurs idéologies. Intéresser les fidèles aux causeries qui pourraient être organisées.

3°LE PARTAGE DU BIEN COMMUN

Les premiers chrétiens ne pouvaient pas laisser échapper cet aspect de la compréhension totale de leur foi, sans s'impliquer dans la recherche des ressources pour la croissance des communautés qu'ils avaient constituées. On se rappellera toujours l'appel adressé aux riches Corinthiens de venir en aide à la communauté de Jérusalem en difficulté.
Nous sommes pratiquement à un demi-siècle de notre vie diocésaine. Comment chacun voit-il la situation financière du Diocèse ? Quel réflexe chacun a-t-il spontanément face aux besoins réels qu'il connaît ? Que fait chacun pour le service commun ?

Comment chacun pense t-il apporter une contribution effective et efficace à l'effort commun ? Ce sont des questions très brûlantes que nous devons nous poser, auxquelles personne ne peut se dérober.

La richesse est une oeuvre à construire ensemble, en comptant d'abord sur nous, sur notre talent et notre savoir-faire. Les "refondateurs" nous lancent sur de nouvelles voies d'autogouvernement. Les "fils de la lumière" seraient-ils moins habiles pour réussir quelque chose d'original ? Là également, il est indispensable de nous mettre résolument à une recherche plus concluante de ressources pour la vie de nos paroisses.
Comment ? Voici quelques propositions.

ORIENTATIONS PRATIQUES

  • Les collaborateurs
    Il nous faut, non seulement les accepter de plus en plus dans la gestion des paroisses, mais aussi les aider à mieux maîtriser leur rôle, à partir des statuts auxquels nous avons tous travaillé. Des sessions de formation seront organiser pour les responsables des divers comités et des Curés, s'ils le veulent. Pour rendre effectif la collaboration, il faudrait:
    • nous décider à faire ensemble les budgets prévisionnels et de fin d'exercice,
    • accepter de réfléchir ensemble sur les projets de construction de tous genres dans la paroisse,
    • nous résoudre au contrôle des fonds de la paroisse, avec eux, en acceptant la cosignature dont les membres seront choisis en fonction de leur intégrité.
  • Les taxes diocésaines et leur utilisation
    • officiellement, chaque paroisse relativement à ses moyens, consentira à remettre les 20%, à partir de l'an 2002.
    • NB. Les paroisses, qui avaient donné l'an dernier, attendront l'année 2003 pour reprendre leur participation.
    • l'organisation de l'aide, qui pourrait partir du Diocèse sera désormais remise aux mains de la cellule du Conseil Economique, qui sera créée à cet effet, et qui ne réagira qu'à partir de projets ou demandes justifiés dans les budgets prévisionnels paroissiaux.
    • compte tenu de l'effort à faire ensemble, il convient de sensibiliser les catéchistes, afin qu'ils soient eux aussi formés à cette collaboration.

3° Conclusion
En concluant cette lettre, je n'ai qu'une pensée : celle de voir tous les agents pastoraux accepter le sacrifice qui nous mènera à une issue plus sérieuse. Bannissons l'individualisme égoïste, qui rampe encore dans nos rangs.
Et acceptons de croire que "Ceux qui sèment dans les larmes, moissonnent en chantant" Ps 125,5.

19 octobre 2001

+ Joseph TEKY NIANGORAN
Evêque de Man


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