Chronique de vies
Joseph Ponta, une méchante gauche.......
mais un coeur d'or

Comment déceler une origine latine dans ce grand Virginalois à l'accent rocailleux, et au regard sévère?

Des yeux terribles, qu'il roule à la manière de Raimu et qui, certes, ont dû ébranler plus d'un adversaire sur le ring.

Cet authentique Transalpin, né le 10 août 1922 dans la province d'Udine, (nord de l' Italie), est arrivé en Belgique à l'âge de 8 ans.

La famille s'installe à Hennuyères où le père travaille comme ouvrier aux Tuileries. Entreprise prospère que ces Tuileries d'Hennuyères, qui emploie alors plus de mille ouvriers et exporte ses produits dans toute l'Europe.

Dès l'âge de 14 ans, Joseph Ponta y entre à son tour en qualité de manoeuvre. Les journées sont longues aux Tuileries: on commence à 5 h45 et on termine à 17 heures (samedi compris). Pas de congés payés...
Joseph gagne 1,95 Frs de l'heure (de quoi s'acheter 2 verres de bière).

C'est peut-être grâce à ces conditions difficiles que le jeune homme va se forger le caractère qui, plus tard, fera de lui un véritable champion.

Le dimanche, dans les bals populaires, dans les cinémas de Tubize où l'on joue les films de Tino Rossi , Rina Ketty, Maurice Chevalier , on tente d'oublier qu'une lourde menace plane sur l'Europe et que l'ombre inquiétante du fascisme s'étale sur l' Allemagne, l'Italie, l' Espagne……

Mille neuf cent quarante, en même temps que la guerre et son long cortège de misères, Joseph découvre la boxe.
C'est Bertoldi, son cousin, lui-rnême ancien boxeur, qui l'initie au "noble art". Toutes les semaines, à Braine-le-Comte, à la "Maison des Huit Heures" (emplacement de l'actuel Sarma), Joseph Ponta s'entraîne durement.
Cette même année, ce "poids léger" (62 kg) livre et gagne son premier combat à Ecaussinnes.

Sans jamais connaître le K.O., Ponta va se forger un impressionnant palmarès: 70 victoires sur 104 combats.
Le point culminant de cette brillante carrière se situe en novembre 45, quand le citoyen d'Hennuyères est opposé au terrible Cyrille Delannoy (futur champion d'Europe).
Beaucoup de gens de la région se souviennent encore de ce mémorable combat où, la mort dans l'âme, leur favori dut abandonner au septième round, l'arcade sourcilière ouverte.
Ce jour-là, Joseph ne se doutait pas que c'était la dernière fois qu'il montait sur un ring. En effet, des problèmes de santé mettaient fin prématurément à sa carrière sportive, une carrière qui l'avait vu boxer avec une fausse licence et sous un nom d'emprunt.

Il faut savoir que cet homme étonnant, pour échapper à l'enrôlement dans l'armée italienne (il en avait toujours la nationalité), était entré dans la résistance dès 1942.
 

Dans le sous-sol de la salle des sports à Braine-le--Comte était installée une presse clandestine et avec les distributions de tracts, sabotages.. Joseph mène alors une existence mouvementée.

Dénoncé, il est arrêté par la "Feld gendarmerie' qui vient le cueillir à son domicile d'Hennuyères.Notre concitoyen, qui doit être né sous une bonne étoile, ne connaîtra pourtant pas la déportation. Bénéficiant de la complicité d'un policier allemand, amateur de boxe (détail tout à fait authentique) il parvient à prendre le large.

Après la guerre, Joseph Ponta recevra la croix de la résistance et sera décoré de I'0rdre de Léopold II.
C'est après la guerre qu'il rencontre Maria Lazzari, d'origine italienne également. Le couple vient s'établir à Virginal, rue Bruyère Jonas, dans une petite maison qu'ils vont aménager coquettement

En 1951, nouveau coup dur; alors qu'il travaille depuis quelques années aux Forges de Clabecq, Joseph va, pour la première fois, au tapis. Un réservoir de mazout explose à quelques mètres de lui. Bilan: six côtes cassées, fracture du péroné et de la colonne vertébrale. Remis sur pied, Ponta, toujours atteint du " virus ", reprend le chemin des salles de boxe: Il a décidé de relancer les activités pugilistiques dans le Brabant Wallon.

En compagnie de son ami, Bernard Delbove, il met sur pied plusieurs importantes soirées de boxe dans la région.
Il est l'un des fondateurs du club: "L'Espérance Quenast", qui a vu le jour en 1979 et qui a produit plusieurs boxeurs de qualité.

Sa dernière soirée, Joseph Ponta la réalise à Ittre et au profit du home "La Maisonnée". .

Joseph, qui maintenant 63 ans; a acquis, depuis plusieurs années,la nationalité belge. Retraité, il a gardé une vitalité remarquable. Ses activités sont multiples: c'est le potager de 5 ares dont il parle avec fierté, ce sont les longues promenades dans Virginal qui se terminent inévitablement devant une bonne "pinte" ou encore les visites à l'équipe de football de Rebecq, dont il est devenu le masseur attitré.

Voilà notre entretien est terminé.. . Comme si un "gong" mystérieux avait retenti, Joseph s'est levé; en un instant, il a empoigné son manteau, sa canne et sa casquette.
Un peu comme il a vécu, à grandes enjambées, sans se soucier du sol verglacé, il descend vers le centre du village .Je marche un instant à ses côtés, puis je le regarde s'éloigner. Très vite, il ne reste plus de lui qu'une silhouette incertaine et des pas dans la neige.
Joseph Ponta poursuit sa destinée...

A.F.

Note du webmaster :
Cet article est paru dans la revue du P.A.C. de Virginal en 1985. Joseph Ponta est décédé le 30 mars 2003.