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troisième attaque en moins de dix jours dans cette région
hostile. Le bilan est lourd, on dénombre 15 morts et … »
7 heures 30. Ma main droite frappe le réveil-radio. La gauche
gratouille mes yeux endormis. Je m’assieds sur mon lit. Je bâille,
mes paupières se décollent petit à petit. Mes sens
reviennent à eux, un à un. La tête encore baissée,
je remarque, entre mes pieds nus, un petit point brillant sur le plancher.
Tout rond. Tout mignon. Comme une tache de lumière. Je fixe intensément
puis suis lentement du regard le mince faisceau qui s’en échappe.
Le rayon mène jusqu’aux rideaux presque entièrement
clos de la fenêtre. Un pas suffit pour les ouvrir. Je les ouvre…
Il fait splendide ! C’est une de ces journées d’arrière
saison où le soleil joue à cache-cache avec tous les trouble-fêtes
météorologiques : nuages, crachin, averses. Le front
presque collé à la vitre, je balaye ma rue des yeux. Un
tourbillon de feuilles mortes part à droite, s’élève,
repart à gauche. La vieille dame d’en face et son petit
chien trottinent vers l’épicerie du coin. J’y aperçois
des cageots bleus remplis de vert, de rouge, de jaune. Un monsieur lève
la main pour stopper une grosse camionnette blanche et frayer le passage
à une ribambelle d’enfants qui poussent des petits cris
stridents. Ils traversent deux par deux, maladroits et patauds. La petite
farandole disparaît de mon champ de vision, les petits cris s’étouffent,
les feuilles mortes repartent de plus belle, vers le haut, puis retombent.
Un volet s’ouvre, laissant apparaître des fleurs brodées
dans le verre et le plomb, un magnifique vitrail au dessus duquel un
chat passe la tête, il scrute nonchalamment son territoire, regarde
passer un homme pressé. L’homme s’engouffre dans
une voiture. Cinq secondes plus tard, je vois disparaître le reflet
des clignotants oranges. Dans la rigole, à la place laissée
vide par la voiture, les pages d’un journal se tournent, en avant,
en arrière.
Il est 7 heures 32. Je vais me doucher. Je me réjouis d’être
dehors. Tant de belles choses m’attendent. Tant de petits détails,
ici et là. Mon petit quotidien, différent tous les
jours. Aujourd’hui, c’est décidé, j’ouvre
grand mes yeux ! Je ne veux rien rater de tout ce qu’il m’est
offert de voir, d’apercevoir, d’admirer. Oh, bien sûr,
je passerai à côté de mille merveilles mais je tenterai
d’en manquer moins qu’hier.
Voilà le photographe que je suis. Quelqu’un qui aime
la vie par-dessus tout. Un indécrottable optimiste qui voit le
côté « nature morte » d’une
décharge sauvage, qui décèle la lumière
d’espoir lors d’une manifestation contre une guerre en cours,
qui pense non pas que demain, il fera beau mais qu’il fait beau
aujourd’hui et qu’il suffit d’ouvrir les yeux !
BEN DECHAMPS - Photographe
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