Les
Roms/gens du voyage en Belgique
extrait
de "Garder la distance ou saisir les chances" édité par ENAR,
Bruxelles
http://www.enar-eu.org/de/publication/index.shtml
1.
Vue d’ensemble
1.1.
Les différents groupes
En
Belgique, on distingue quatre groupes de Roms/Sinti/gens du voyage.
Les
gens du voyage: les descendants des anciens gens du voyage de métier.
Ethniquement, ils ne peuvent être assimilés à des Roms/Sinti, mais ils
partagent la même culture. Ils vivent à présent dans des caravanes ou
des maisons. Leur première langue est le flamand (en Flandre) et le français
(en Wallonie). Ils continuent à utiliser beaucoup de mots de leur propre
langue, appelée le bargoens. Leur nombre est estimé à 7.000. Leur
religion est essentiellement la religion catholique.
Les
Manouches: les Sinti de Belgique (comme en France, en Suisse, et dans
certains endroits d’Allemagne) se décrivent comme des Manouches. Ils
sont probablement des descendants des “Egyptiens” qui sont arrivés en
Belgique dès 1421. Parfois, on parle également d’eux comme de “la
première migration”. Les Manouches vivent essentiellement dans des
caravanes. Leur première langue est le Sinti Romanes, leur seconde langue
est la langue de la région où ils vivent. Ils sont environ 1500.
Certains Manouches font partie de l’Eglise catholique, d’autres d’un
mouvement évangéliste.
Les
Roms: les Roms de Belgique se décrivent comme des Roms. Ils sont arrivés
au milieu du 19e siècle, et on les dit également “de la
deuxième migration”. Leur première langue est le Vlax Romanes, leur
seconde est le français. En Flandre, les enfants manouches ne commencent
à apprendre le néerlandais que s’ils vont à l’école. Les Roms
vivent de façon semi-nomade: ils voyagent pendant l’été et restent
sur des sites de campement privés ou publics pendant l’hiver. Il y en a
environ 750. Ils font tous partie d’un mouvement évangéliste.
Les
gens du voyage, les Manouches et les Roms ont la nationalité belge.
Les
Roms: une grande quantité de Roms d’Europe de l’Est arrivent en
Belgique, en particulier depuis la chute du Rideau de fer. On dit parfois
qu’ils constituent “la troisième migration». Leur nombre est estimé
à 20.000 personnes. La plupart de ces Roms ont la nationalité de leur
pays d’origine (s’il existe toujours!) et seuls quelques-uns disposent
d’un permis de séjour.
Les
estimations en Wallonie sont de 5.000 à 10.000 Roms/Sinti/gens du voyage
supplémentaires: belges et étrangers.
Par
ailleurs, il y a quelque 200 à 300 familles de Roms/Sinti/gens du voyage
de l’UE qui voyagent à travers ou aux alentours du pays et occupent des
aires de stationnement non-officielles.
1.2
Conditions de vie
Logement
En
Flandre et à Bruxelles, seuls 28 terrains de camping officiels sont
disponibles pour environ 400 familles. 400 autres ont leurs caravanes sur
des sites privés, pour la plupart
non conformes avec les règlements urbains, de sorte qu’elles vivent
dans la menace permanente d’être chassées. Les autres Roms/Sinti/gens
du voyage vivent dans des maisons, la majorité y étant contrainte par le
manque de terrains de camping.
Les
Roms vivent dans des maisons, principalement dans les villes, et se déplacent
beaucoup.
Études
Une
enquête de 1994 a montré que 94.6 % des enfants de gens du voyage étaient
inscrits à l’école mais que seuls 80,3 % y venaient plus de quatre
jours par semaine (20 % restent à la maison le mercredi, étant donné
qu’il n’y a pas de classe l’après-midi). L’absentéisme s’accroît
avec l’âge des enfants, ce qui cause d’énormes problèmes dans les
écoles secondaires.
Parmi
les enfants manouches, quelque 81 % sont inscrits dans une école, mais
seuls 67,8 % fréquentent l’école secondaire. Le même phénomène
s’observe ici: plus les enfants sont âgés, moins ils fréquentent l’école.
C’est
chez les Roms que le problème est le plus aigu: seuls 18,8 % des enfants
fréquentent l’école. Ce faible chiffre s’explique également par le
fait qu’aucun Rom ne fréquente l’école secondaire.
Parmi
les Roms/Sinti/gens du voyage belges en Flandre, pas un seul ne fréquente
l’enseignement supérieur. Quelques Roms qui ont immigré d’Europe de
l’Est entreprennent à présent des études à l’université ou dans
d’autres instituts d’enseignement supérieur.
Les
Roms ne sont pas un seul peuple, de sorte que nous constatons des différences
considérables entre eux. Toutefois,
dans toutes les écoles et autres institutions, les responsables se
plaignent du fait que les parents préfèrent ne pas envoyer leurs enfants
à l’école. Une estimation sommaire est que presque la moitié des
enfants de 6 à 18 ans vont à l’école, avec un absentéisme croissant
au fur et à mesure qu’ils grandissent.
Emploi
La
même enquête a révélé que 52.9% des Roms/Sinti/gens du voyage
vivaient d’allocations sociales, 26.7% étaient indépendants, 14.7% étaient
au chômage (pour la plupart dans des emplois non qualifiés ou
temporaires), 5.7% avaient d’autres sources de revenus.
Il
faut mentionner ici que les Roms/Sinti/gens du voyage en Belgique privilégient
le travail indépendant. Les personnes qui travaillent pour un patron ont
une faible estime de soi. Par ailleurs, les horaires de travail des employés
ne conviennent pas à leurs obligations sociales et familiales. Les 52,9 %
qui dépendent des allocations sociales essaient principalement de
combiner ce revenu avec des revenus informels.
Pour
les Roms qui vivent dans le pays sans permis de séjour, seul le marché
informel est possible.
Santé
Une
comparaison a été faite dans une province entre l’espérance de vie
des gens du voyage et celle de la population majoritaire. Pour les gens du
voyage hommes, l’espérance de vie était de 54,8 ans et pour les femmes
64,7 ans. C’est-à-dire 20 ans en dessous de la moyenne pour les hommes,
et 14 ans pour les femmes.
Pour
les Roms, aucun chiffre n’est disponible.
1.3.
Politiques
En
Belgique, seule la région flamande a adopté une politique à l’égard
des Roms/Sinti/gens du voyage.
Logement
Dans
28 communes, un terrain de camping a été installé, dans presque tous
les cas à l’issue d’une longue lutte. Cette politique a commencé
seulement en 1974. Jusqu’à présent, pas même la moitié des
Roms/Sinti/gens du voyage vivent sur un site légal. Depuis peu, le
gouvernement flamand stimule activement les provinces et les communes à
installer des aires de stationnement et de campement. Les frais sont
subsidiés jusqu’à 90 % par la communauté flamande. Pourtant,
presqu’aucun nouveau site n’a vu le jour. Le budget d’environ 1
million d’euro est utilisé pour la rénovation des sites existants. En
Wallonie, quelques sites illégaux sont tolérés. Un seul pourrait être
considéré comme plus ou moins officiel. La situation est identique à
Bruxelles.
Les
aires de stationnement ne sont pas officielles en Belgique, de sorte que
les Roms/Sinti/gens du voyage sont constamment chassés par les autorités
locales. Certains groupes parviennent cependant à négocier et à obtenir
des permis pour cinq à dix jours.
Services
sociaux
Depuis
1977, un centre est financé (comme ONG financée par le gouvernement
flamand): le “Vlaams Centrum Woonwagenwerk" (centre flamand pour le
travail social dans les caravanes). Depuis 1999, ce centre fait partie du
"Vlaams Minderheidencentrum" (Centre flamand des minorités), créé
conformément à une loi définissant les politiques flamandes à l’égard
des minorités. Dans ce centre, quelque 12 personnes travaillent spécifiquement
avec les Roms/Sinti/gens du voyage. Ce travail peut de manière générale
être défini comme une action sociale communautaire. La plupart des
efforts sont consacrés au travail de base et à la négociation
interculturelle avec et/ou au nom des groupes de Roms/Sinti/gens du voyage.
Les Roms/Sinti/gens du voyage en Wallonie et à Bruxelles n’ont pas à
leur disposition de service spécifique sauf deux personnes qui servent
d’intermédiaire entre les pouvoirs locaux et les Roms/Sinti/gens du
voyage itinérants qui se trouvent sur les aires de stationnement. Ils dépendent
des services normaux ou doivent faire appel aux médiateurs flamands.
Enseignement
Les
règles en vigueur pour les autres minorités ne s’appliquent pas aux
Roms/Sinti/gens du voyage, vu que le principal critère pour définir les
groupes-cibles dans l’enseignement est le lieu de naissance de la mère.
Etant donné que presque tous les Roms/Sinti/gens du voyage vivent en
Belgique depuis longtemps, ils n’ont pas été considérés comme un
groupe cible auquel appliquer des mesures spécifiques en matière
d’enseignement. Un nouveau décret en préparation et qui devrait entrer
en vigueur pour l’année scolaire 2002-2003 devrait changer la situation.
Pour
les enfants des Roms itinérants, on a fourni à trois écoles deux
professeurs et des frais de fonctionnement supplémentaires (par ex. pour
le transport). Ce projet a débuté en 1995 et a pour résultat que la
moitié des enfants Roms fréquentent l’école élémentaire, ne
serait-ce que de manière irrégulière. Ces projets s’arrêteront dès
que le nouveau décret entrera en vigueur. (septembre 2002). En Wallonie
et à Bruxelles également, seules quelques rares écoles montrent un intérêt
particulier pour les Roms/Sinti/gens du voyage.
Dans
les domaines de l’emploi, de la santé et de la culture, aucune
politique spécifique n’a été élaborée dans l’ensemble de la
Belgique.
Les
Roms
Les
Roms qui ont immigré récemment sont présumés être, soit des
demandeurs d’asile, soit des résidents illégaux.
Pour les demandeurs d’asile, les dispositions habituelles sont en
place. Après un certain temps, ces Roms deviennent des résidents illégaux
et il n’y a, pour ces personnes, aucune politique, sauf l’expulsion.
Étant donné que l’expulsion à grande échelle n’est pas courante,
des milliers de Roms survivent grâce à la charité et au commerce
informel. En droit belge, ils ont le droit à des soins médicaux
d’urgence et à l’enseignement.
2.
Les Roms/Sinti/gens du voyage et l’action sociale communautaire
Dans
le passé, le travail en faveur des Roms/Sinti/gens du voyage était
effectué par des organisations caritatives, principalement catholiques. Dès
le début des années 1970, ces organisations locales ont été invitées
à s’unir en vue de recevoir des subsides du gouvernement. C’est ainsi
qu’a été créé en 1977 le Vlaams Centrum Woonwagenwerk ("œuvre
de roulotte").
Cette
organisation est la seule organisation professionnelle en Belgique. Il
existe également une mission catholique avec trois prêtres flamands et
un prêtre francophone qui travaillent à temps partiel. Les missions évangélistes
ont seulement des pasteurs bénévoles.
Le
travail communautaire avec les Roms/Sinti/gens du voyage (dans ce texte,
nous parlerons du "Woonwagenwerk") a toujours pris en compte le
rôle de négociateur interculturel. Cela se base sur la manière
traditionnelle dont les Roms/Sinti/gens du voyage ont organisé leurs
relations non-commerciales dans la société dominante. À cette fin, ils
ont dû tout au long de l’histoire dépendre de personnes individuelles
(la noblesse, le clergé, les tenanciers d’auberges, les professeurs).
Ces personnes agissaient en tant qu’ambassadeurs de la société
dominante et se chargeaient de presque toutes les questions les concernant.
Cette méthode ancienne de médiation interculturelle recherchée
correspond parfaitement aux relations spécifiques qu’entretiennent les
Roms/Sinti/gens du voyage avec la société dominante.
3.-
Le "Woonwagenwerk" fonde ses activités sur quelques
observations importantes.
3.1.
Le respect de la culture typique des Roms/Sinti/gens du voyage
Ce
que l’on entend par “culture nomade” a été décrit ci-dessus. L’écart
fondamental existant entre les Roms/Sinti/gens du voyage et la société sédentaire,
la philosophie de “l’instant présent”, la flexibilité et la
structure sociale égalitaire, doivent rester à l’esprit lors des
contacts personnels, de l’analyse des problèmes et de l’élaboration
de solutions.
3.2.
La lutte contre la vulnérabilité sociale,
Le
"Woonwagenwerk" établit toujours ses contacts de manière
anticipative avec les Roms/Sinti/gens du voyage. L’expérience montre
que cela est extrêmement apprécié par les Roms/Sinti/gens du voyage et
que c’est une façon solide d’entamer des actions communes.
3.3.
Etablir des relations personnelles
Les
travailleurs de "Woonwagenwerk" passent une bonne partie de leur
temps à rendre visite au plus grand nombre de Roms/Sinti/gens du voyage
possible.
Ceci
sert simultanément plusieurs objectifs:
-
fournir
un service de médiation aux familles qui ont des problèmes avec l’une
ou l’autre institution sociale;
-
coordonner
les réseaux familiaux pour faciliter les actions en groupe.
3.4
Maintenir l’équilibre fragile de l’impartialité
Un
négociateur ne peut pas se permettre de prendre parti. Il se trouve
toujours entre des parties en conflit. La médiation professionnelle entre
les Roms/Sinti/gens du voyage et la société sédentaire remplit une
triple fonction, comparable à un pont: elle a un pilier de chaque côté
et constitue un lien entre les deux.
3.5.
Stimuler l’indépendance des Roms/Sinti/gens du voyage
L’affirmation
des positions des Roms/Sinti/gens du voyage ne peut se faire efficacement
que par eux-mêmes. Par conséquent, le "Woonwagenwerk" tente
toujours d’impliquer les porte-paroles des Roms/Sinti/gens du voyage
quand il est en contact avec les autorités, les assistants sociaux etc.
dans la société dominante. Ces porte-paroles ont le droit d’être formés
et préparés à rendre ces contacts aussi efficaces que possible, ce dont
se charge le "Woonwagenwerk". Principalement parce que les
besoins sont spécifiques dans chaque cas, il n’existe pas de formation
institutionnelle suffisamment flexible pour satisfaire aux besoins des
Roms/Sinti/gens du voyage.
Ceci
signifie aussi que le “Woonwagenwerk" organise des réunions de
groupe des Roms/Sinti/gens du voyage pour des discussions politiques spécifiques.
4
Quelques résultats
Cette
façon de travailler a montré quelques résultats (limités).
4.1
Dans le domaine des besoins élémentaires
Les
28 terrains de camping officiels sont tous le résultat d’une lutte
commune des Roms/Sinti/gens du voyage et de "Woonwagenwerk". Le
fait que le premier site ait été créé en 1974, et qu’une
cinquantaine de terrains de campings supplémentaires et ou d’aires de
stationnement restent nécessaires indique que le combat a été difficile
et n’est pas encore gagné.
4.2
Services de sécurité sociale
La
plupart des Roms/Sinti/gens du voyage en Belgique ont accès aux services
sociaux. Bon nombre de procédures juridiques ont été nécessaires pour
atteindre ce but. Même aujourd’hui, des services publics refusent de
servir correctement les Roms/Sinti/gens du voyage. Les arguments invoqués
varient du “manque de temps” au “parasitisme” prétendu des
Roms/Sinti/gens du voyage. Jusqu’à présent, les procédures juridiques
sont entamées par "Woonwagenwerk", afin de garantir les droits
des Roms/Sinti/gens du voyage.
4.3
Dans le domaine de la participation
En
remettant des projets spécifiques aux institutions officielles,
"Woonwagenwerk" est parvenu à:
-
doubler
la fréquentation scolaire des enfants roms belges. Il a fallu pour cela
trois ans de négociation avec le gouvernement et jusqu’à huit ans de
projets. Ces projets seront intégrés dans les services de soutien
normaux à mettre en place pendant l’année scolaire 2002-2003;
-
créer
des sessions de formation professionnelle totalement adaptées aux
Roms/Sinti/gens du voyage: en quatre ans, plus de 150 ont saisi cette
opportunité. Ce projet a eu un succès dans une seule région spécifique
où, grâce à un partenariat européen efficace, la possibilité a été
offerte. Il faudra encore quelques années de négociation pour intégrer
la méthode dans les autres régions du pays. Un des principaux obstacles
est que les instituts de formation dominants ne sont pas destinés aux
membres des groupes-cibles qui ont l’intention de travailler comme
employés. Jusqu’à présent, les Roms/Sinti/gens du voyage qui
souhaitent être indépendants ne peuvent être acceptés dans ces projets.
Ces
projets présentent des caractéristiques spécifiques, pour répondre aux
attentes des Roms/Sinti/gens du voyage:
-
la
participation est volontaire;
-
les
frais pour les Roms/Sinti/gens du voyage sont extrêmement réduits;
-
ils
offrent un programme d’accueil exclusivement pour les Roms/Sinti/gens du
voyage;
-
ils
sont organisés dans les locaux des institutions officielles;
-
ils
sont très flexibles.
5
Statistiques récentes
Emploi
des Roms/Sinti/gens du voyage en Belgique, 2001
Employés
de manière informelle
1.44 %
Employés
officiellement
10.05 %
Indépendants
informels
24.14 %
Indépendants
officiels
8.62 %
Sans
emploi
51.72 % (principalement les femmes)
Autre/inconnu
4.03 %
Formation
des Roms/Sinti/gens du voyage adultes (18+) en Belgique, 2001
Enseignement
secondaire
2.38
%
Ecole
technique
4.46 %
Formation
professionnelle
8.93 %
École
primaire
23.81 %
École
spéciale
1.49 % (pour handicapés mentaux)
Sans
formation
45.83 %
Inconnu
13.10 %
Scolarisation
des enfants (jusqu’à 18 ans) des Roms/Sinti/gens du voyage en Belgique,
2001
Enseignement
secondaire
0.69 %
École
technique
3.09 %
Formation
professionnelle
6.85 %
École
primaire
35.39
%
École
spéciale
6.18 % (pour
handicapés mentaux)
Pas
d’enseignement
45.36 % (dont 5% d’enfants entre 0 et 3ans)
Inconnu
2.41 %

Cette étude se base principalement sur les expériences à
Bruxelles et dans la partie Nord du pays (Flandre).